07 avril 2018

2e biennale de jazz du CDBM


Les 16 et 17 mars 2018, à l’initiative de son directeur, Michel Lefeivre, le Centre des bords de Marne organise la deuxième édition de sa biennale de jazz. Compositeur associé au CDBM depuis 2010, Jean-Marie Machado en assure la programmation.

Entre la soirée du vendredi et le samedi à partir de quatorze heures, onze concerts se succèdent dans le Petit Théâtre, la salle de cinéma, le Grand Théâtre et le Hall. Le vendredi, les Rugissants, tentet du pianiste Grégoire Letouvet, Richard Galliano en solo et The Ellipse, orchestre de quinze musiciens dirigé par Régis Huby, ouvrent la biennale. Le samedi, Ozma propose un ciné-concert autour du Monde perdu d’Harry O Hoyt, suivent le quintet de Pol Belardi, le duo de Léo et Jules Jassef, et le sextet de Renan Richard. La soirée débute avec le solo de Stracho Temelkovski, le quartet de Lionel Suarez prend la suite, avant celui d’Henri Texier. La biennale s’achève avec le big band du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, emmené par Pierre Bertrand.


Vendredi 16 mars
Richard Galliano solo

Compagnon de route de Claude Nougaro pendant une dizaine d’années, adoubé par Astor Piazzolla, inventeur du New Musette, aussi à l’aise avec Johann Sebastian Bach que Duke Ellington et fort d’une cinquantaine de disques sous son nom, Galliano n’est plus à présenter…

Pour le concert de la biennale, Galliano se présente seul avec son Victoria et un accordina. Généreux, le musicien joue quatorze morceaux d’origines diverses, dont deux en rappels.


La soirée commence par une danse d’Enrique Granados, entre mélancolie et exaltation, portée par des ostinatos et des motifs mélodiques sur toute la tessiture de l’accordéon. Galliano enchaîne avec « Des voiliers », composé en 1980 pour l’album Assez ! de Nougaro. Il dédie se morceau aux victimes des attentats terroristes. Les tableaux se succèdent, comme autant de scènes cinématographiques : une introduction vive, un thème légèrement nostalgique, un tango jazz, un final cérémonieux… L’accordéoniste alterne les dialogues entre main droite et main gauche et des lignes solennelles qui sonnent comme un orgue. « Fou rire », tiré de New York Tango (1996), est une valse musette qui virevolte et swingue sur un tempo vif et un rythme entraînant. Galliano connaît son instrument sur le bout des doigts : sa virtuosité très naturelle reste constamment au service de l’expression sans chercher la moindre démonstration. Les soufflets imitent le vent, des accords lents et dissonants distillent un chant de marins et, sur un riff de tango, « Habanerando » se développe avec majesté. Le morceau, écrit pour bandonéon et orchestre à cordes, figure sur Passatori (1999). L’interprétation dynamique et entraînante de « Eu Nao Existo Sem Voce », que Galliano joue habituellement avec Paolo Fresu, contraste avec la version originale de cette bossa nova, composée par Tom Jobim et Vinicius de Moraes, enregistrée par Elizete Cardoso en 1958. Une valse mélancolique, l’« Allée des brouillards » de Montmartre, enchaînée à un « Tango pour Claude » (ou « Vie violence ») crépusculaire évoquent Nougaro. Au public qui lui réclame « La danse du sabre » d’Aram Khachaturian, Galliano répond par une boutade de Nougaro : « ce n’est pas à la carte, c’est au menu »… Il troque donc son accordéon – treize kilos, soit quarante violons… s’amuse-t-il – pour son accordina et joue « Soleil de Paris », un air touchant, composé sur un poème de Jacques Prévert et chantée par Magali Noël dans le disque Soleil blanc (1996). Un intermède mélodique plus tard, Galliano enflamme « Odeon », le tango brésilien célébrissime d’Ernesto Nazareth. Sur une demande d’un auditeur, le musicien se lance dans « Chat Pître », en précisant que ce morceau a connu un destin particulier : écrit sur un texte de Valentine Petit pour Les bons petits diables, un spectacle de Roland Petit, « Chat Pître » a servi ensuite d’indicatif pour l’émission culinaire de Jean-Luc Petitrenaud, avant d’illustrer une publicité de Gervais… Dansantes et légères, les lignes de l’accordéon s’aventurent en terres slaves avec un crochet plein d’humour par Les temps modernes… Galliano demande ensuite à Rafael Mejias de le rejoindre. « Le Paganini des maracas », comme l’appelle l’accordéoniste, est membre de son Tangaria Quartet et son dialogue avec l’accordéon, sur « Indifférence », apporte une touche rythmique vive et dansante. Après une introduction majestueuse, patchwork d’airs de Bach joué avec une sonorité d’orgue, Galliano part en puissance et lyrisme dans l’incontournable « Libertango », de Piazzola. Pour le premier rappel, c’est « La Javanaise » que le public est appelé à chanter, en douceur… et le set s’achève sur « La valse à Margaux », entraînante à souhait.

Galliano réconcilie les musiques populaires du monde et les musiques savantes avec un savoir-faire indéniable : le jazz et la java font bon ménage et entraînent l’auditeur dans leurs farandoles endiablées !


The Ellipse, music for large ensemble

Huby crée The Ellipse en décembre 2017 au Théâtre 71 de Malakoff. L’orchestre est constitué de musiciens du quatuor Ixi – Guillaume Roy au violon alto et Atsushi Sakaï au violoncelle – d’Equal Crossing – Marc Ducret à la guitare électrique, Bruno Angelini aux claviers et Michele Rabbia aux percussions – et d’artistes qui évoluent dans les sphères d’Abalone (le label fondé par Huby), des projets d’Yves Rousseau et de l’Acoustic Lousadzak : Jean-Marc Larché au saxophone soprano, Catherine Delaunay à la clarinette, Pierre-François Roussillon à la clarinette basse (et également directeur du Théâtre 71), Pierrick Hardy à la guitare acoustique et Claude Tchamitchian à la contrebasse. Matthias Mahler au trombone, Joce Mienniel à la flûte, Illya Amar au vibraphone et Guillaume Séguron à la contrebasse complètent le groupe. C’est évidemment à Sylvain Thévenard, ingénieur du son d’Abalone, qu’est confiée la régie.


The Ellipse se présente comme une suite en trois mouvements. Huby décrit son œuvre comme des parcours qui se croisent dans le passé, le présent et « les lieux visés ». La suite commence avec une ambiance de gamelan, accentuée par l’ostinato du marimba et une construction rythmique subtile. Les sections démarrent ensuite en parallèle et déroulent leurs boucles sur différents plans, comme de la musique répétitive, avant d’aboutir à un foisonnement complexe de voix qui laisse bientôt la place à un duo entre la flûte et le piano, dans une veine musique du vingtième – avec un côté Sergueï Prokofiev. Cette alternance de mouvements d’ensemble et de dialogues en petit comité se retrouve tout au long de la pièce : la guitare électrique et le saxophone soprano, le trio des cordes, la guitare acoustique et le marimba, ou encore les monologues des clarinettes, du trombone et de la batterie sur des effets électroniques… D’ailleurs, avec son instrumentation de big band éclectique et non conventionnelle – trio de cordes, deux contrebasses, deux guitares, aucune trompette, ni saxophone alto et ténor… – The Ellipse joue subtilement avec les textures sonores. Le thème principal qui apparaît ça-et-là, mais surtout dans le troisième mouvement, est une jolie ritournelle aux accents folkloriques. Si les développements lorgnent souvent du côté de la musique contemporaine, avec une touche de lyrisme, le rock progressif n’est jamais très loin non plus… Les deux contrebasses maintiennent une carrure solide et la batterie assure une pulsation robuste : dans le deuxième et (ou) le début du troisième mouvement, la section rythmique vrombit et plante un décor puissant et dense qui rappelle le duo Pheeroan AkLaff – John Lindberg du Spirtual Dimensions de Wadada Leo Smith.

Touffue, ingénieuse et bigarrée, The Ellipse pourrait être illustrée par Le Combat de Carnaval et Carême de Pieter Brueghel l’Ancien : il se passe toujours quelque chose dans un coin…



Samedi 17 mars
Stracho Temelkovski solo

D’origine macédonienne, Temelkovksi est un multi-instrumentiste formé à l’école de la scène. Il joue de la basse, de la guitare, de la viole et des percussions… en même temps ! Les instruments sont placés autour de lui : une grosse caisse et une cymbale devant, la basse ou la guitare sur les genoux et la viole sur un stand, à ses côtés. La technique du tapping lui permet de jouer de la basse et de la viole ensemble.


Temelkovski interprète trois morceaux de son cru, inspirés par la musique des Balkans, avec des mélodies orientalisante et des rythmes composés. Scat et « human beatbox » permettent au musicien d’installer des motifs entêtants, appuyés par des lignes de basse sourdes, qui contrastent avec les phrases mélodiques staccato de la viole. Temelkovski conclut son set par un « Tango des Balkans », signé Antonio Placer et qui s’inscrit dans la continuité des autres pièces.

La musique évolue dans l’esprit des musiques du monde, assaisonnée d’une performance multi-instrumentiste spectaculaire, certes, mais sans doute un peu frustrante : en trio avec un contrebassiste et un percussionniste, il est sûr que Temelkovski aurait davantage d’espace pour improviser à la viole ou à la guitare.


Lionel Suarez quarteto Gardel

Passé par le conservatoire de Marseille, Suarez se produit dans des contextes particulièrement éclectiques : il accompagne aussi bien des vedettes de variété – Nougaro, Zebda, Bernard Lavilliers, Véronique Sanson… –  que Jean Rochefort au théâtre, Roberto Alagna pour une reprise de chansons siciliennes ou le chanteur occitan Claudi Marti… Suarez forme également un duo avec André Minvielle, participe à La tectonique des nuages de Laurent Cugny… et, en 2013, enregistre un premier disque sous son nom, Cocanha !, en trio avec Kevin Seddiki aux guitares et Pierre-François Dufour au violoncelle et à la batterie.

C’est en 2009, à l’occasion d’une carte blanche au festival Jazz sur son 31, que Suarez crée le Quarteto Gardel avec Airelle Besson à la trompette, Vincent Ségal au violoncelle et Minino Garay aux percussions. Le quartet sort un disque éponyme chez Bretelles Prod le 30 mars 2018.


La musique de Suarez est évidemment inspirée par celle de Carlos Gardel, mais pendant le concert (et dans le disque) le quartet ne joue que deux chansons du Roi du Tango : « Silencio » et « Sus ojos se cerraron ». S’ajoutent « Caminito » de Juan de Dios Filiberto, autre star du tango argentin, « Désert », une composition signée Besson et « Chorinho para Toninho » de Suarez. « Air Elle » de Ségal, « Cambiada » du compositeur de tangos contemporain Gerardo Di Giusto, « Speaking Tango » de Nury Taborda, Garay et Suarez et « Feuillet d’album » d’Emmanuel Chabrier complètent la liste des morceaux du disque. Tandis que, pendant la soirée, le quartet interprète trois autres morceaux, non identifiés.

Comme le matériau de base reste le tango, la musique du Quarteto Gardel est avant tout mélodico-rythmique : des thèmes soignés (« Désert »), au parfum nostalgique (« Sus ojos se cerraron »), voire mélancolique (« Silencio »), portés par des rythmes syncopés (« Cambiada ») entraînants (« Chorinho para Toninho »). La connivence entre les quatre musiciens est visible et ils ont trouvé un bel équilibre. Ségal et Garay s’amusent  constamment : ils se chamaillent sur les origines de Gardel (né à Toulouse ou en Uruguay ?), se répondent rythmiquement du tac au tac, dansent ensemble, essaient de faire taper le public en rythme… Côté rôles, la trompette de Besson, toute en douceur et velours, sert à merveille le répertoire du quartet, d’autant que son jeu limpide et ses développements sinueux évoquent quasiment la musique classique. L’accordéon tient son rôle d’instrument harmonique pour souligner les phrases de la trompette et navigue entre la section rythmique et des solos mélodieux. Ségal joue souvent en pizzicato des riffs dansants et autres ostinatos excitants pour répondre aux percussions, mais également des lignes majestueuses à l’archet. Quant à Garay, son foisonnement percussif, léger et pétillant, est tout à fait dans l’esprit de la musique sud-américaine.

Le disque est fidèle au concert et réciproquement. Elégante et vive, la musique du Quarteto Gardel nous emmène dans l’univers sensuel du Rio de la Plata…


Le disque

Quarteto Gardel
Lionel Suarez (acc), Airelle Besson (tp), Vincent Segal (cello) et Minino Garay (perc)
Bretelles Prod – BP06190101
Sortie en mars 2018






Liste des morceaux

01. « Silencio », Gardel & Horacio Pettorossi (7:47).
02. « Chorinho Para Toninho », Suarez (3:18).
03. « Caminito », Juan Filiberto (6:21).
04. « Air Elle », Ségal (2:56).
05. « Désert », Besson (8:07).
06. « Cambiada », Gerardo Di Giusto (3:21).
07. « Sus Ojos Se Cerraron », Gardel (5:04).
08. « Speaking Tango », Garay, Suarez & Nury Taborda (3:42).
09. « Feuillet D'album », Emmanuel Chabrier (2:13).


Henri Texier Hope Quartet

Depuis les années quatre-vingt-dix, avec des musiciens qui évoluent dans son univers, Texier multiplie les formations et leurs noms : Azur Quintet (1993 – 1998), Strada Sextet (2004 – 2007), Red Route Quartet (2009), Nord-Sud Quintet (2011), Sky Dancers (2016), Sand Woman (2017)…

En 2013, le contrebassiste sort Live At « L’Improviste » avec le Hope Quartet, constitué de Sébastien Texier au saxophone alto et aux clarinettes, François Corneloup au saxophone baryton et Louis Moutin à la batterie.

C’est avec cette formation que Texier se produit au CDBM, mais Gautier Garrigue – Sand Woman – remplace Moutin derrière les fûts et les cymbales. Le répertoire de la soirée reprend des morceaux interprétés récemment dans Sand Woman, Live at « l’Improviste » et Sky Dancers.


Une introduction particulièrement émouvante (« Quand tout s’arrête »), des walking impétueuses (« Mic Mac »), des chorus qui grondent (dans le très Colemanien « Sacrifice »), un sens du blues affûté (« Hungry Man »), Texier a joué comme d’habitude : à fond ! Mais c’est également la marque de fabrique de tous ses groupes... Toujours à l’écoute, Corneloup expose les thèmes à l’unisson, dialogue (« Quand tout s’arrête ») ou assure les chœurs avec Texier-fils (« Sand Woman »), prend des chorus chargé de swing (« Mic Mac »), joue a capella avec beaucoup de sentiment (« Sacrifice ») et le son grave et rond de son saxophone baryton diversifie la palette du quartet. Sébastien Texier est parfaitement à l’aise dans l’univers musical de son père. Il passe d’un discours néo-bop puissant (« Mic Mac ») à un free débridé (l’introduction de « Sacrifice », jouée par Corneloup sur disque), glisse des citations de Charlie Parker, avec une sonorité au saxophone alto qui rappelle Art Pepper (« Mic Mac »),  une clarinette lumineuse et aérienne (« Sand Woman »)… Succéder à Jacques Mahieux, Tony Rabeson, Christophe Marguet, Louis Moutin... n’est pas une mince affaire, mais Garrigue tire merveilleusement son épingle du jeu : un drumming à la fois touffu (« Mic Mac ») et régulier (chabada dans « Sand Woman »), capable d’un morceau de bravoure (« Sacrifice »), tout en sachant rester subtil et proche des peaux (« Quand tout s’arrête »).

Des thèmes-riffs intenses, des rythmes charnels, des développements néo-bop-free et un son organique, il n’y a pas d’erreur possible : nous avons bien à faire à Texier… Et c’est tant mieux !


La soirée s’achève avec le Big Band du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris qui interprète quelques morceaux dans le hall du CDBM tandis que le public se disperse… Bertrand dirige l’orchestre sur « Caravan », « Night in Tunisia »… morceaux qu’il a arrangés pour une tournée. Le Big Band swingue joyeusement et les jeunes solistes montrent un savoir-faire indéniable : c’est un plaisir de se dire que la relève est assurée et c’est une belle conclusion pour cette biennale….

05 avril 2018

A la découverte de Luise Isabel Volkmann


Multi-instrumentiste allemande installée en France depuis 2015, Luise Isabel Volkmann a suivi les cours de Johannes Enders, Richie Beirach et Ricardo Del Fra. Chercheuse infatigable, elle anime un nombre impressionnant de formations tant en Allemagne que de ce côté du Rhin. Une artiste qu’il faut découvrir d’urgence…


La musique

A cinq ans j’ai commencé la guitare et, à partir de sept ans, j’ai pris également des cours de piano, avant de passer au saxophone, à onze ans… En fait, j’ai essayé plusieurs instruments : le violoncelle, le violon, le chant, la flûte… Dans mon école, il était obligatoire de faire partie de l’orchestre ou du Big Band. Comme je pouvais jouer du saxophone, du piano ou de la guitare, mais qu’il y avait besoin d’un saxophone, c’est devenu mon instrument de prédilection…

Adolescente, j’écrivais des chansons que je chantais. Ensuite, je suis passée au punk, puis à la musique brésilienne et, autour de dix-sept ans, je me suis tournée vers le jazz. J’ai découvert le jazz assez tôt grâce aux disques de ma mère : Frank Sinatra, Ella Fitzgerald, etc. Mais c’est à seize ans qu’un professeur de saxophone m’a initiée au free Jazz…

Mes influences vont de John Hollenbeck à Patti Smith en passant par Albert Ayler, Julius Hemphill, Meredith Monk, l’Art Ensemble of Chicago, Colin Stetson, Björk, Jimi Hendrix, Ornette Coleman…

 Luise Isabel Volkmann (c) Jürgen Volkmann


Quelques clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Une manière de vivre en connexion avec la politique actuelle et la société… La recherche d’une musique personnelle et contemporaine, dans un esprit de liberté et de respect.

Comment découvrir le jazz ? Il faut venir aux concerts ! Et ne pas avoir peur du bruit, mais s’imaginer des histoires…


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat,
Si j’étais une fleur, je serais… Oh ! Mais toutes les fleurs du printemps…
Si j’étais un fruit, je serais une pomme,
Si j’étais une boisson, je serais du matcha,
Si j’étais une lettre, je serais L,
Si j’étais un mot, je serais Liberté,
Si j’étais un chiffre, je serais 23,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais un bruit.


Les bonheurs et regrets musicaux

Chaque nouveau projet est un bonheur et me touche sur le moment parce que c’est présent… Et je ne regrette rien car j’ai toujours été moi-même, mais juste avec des approches différentes…


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Astral Weeks de Van Morrison et The Shape of Jazz To Come de Coleman.

Quels livres ? Invisible de Paul Auster, Schande de John M. Coetzee et Heart of Darkness de Joseph Conrad.

Quels films ? Elephant Man de David Lynch, Le tout nouveau Testament de Jaco Van Dormael et Das siebente Segel d’Ingmar Bergmann.

Quelles peintures ? Des œuvres de Cy Twombly, Jean-Michel Basquiat et Anselm Kiefer.

Quels loisirs ? Découvrir…


 LEONE sauvage (c) Luise Isabel Volkmann


Les projets

Aujourd’hui : Eté large, une grande formation en Allemagne, Lavanda, un quartet à Pari), LEONE sauvage et LEONE surprise, deux orchestres en France, Coi(te) Quartuor, un trio à cordes et un piano, le trio Autochrom… Et plein de projets à venir… J’espère !


Trois vœux…

Devenir une rock star !
Avoir un grand jardin…
Pouvoir me téléporter.


18 mars 2018

Murmures – Yves Rousseau quintet


Fin 2015, Yves Rousseau forme un quintet pour jouer une musique inspirée par des poèmes de François Cheng. Il réunit la chanteuse Anne Le Goff, le clarinettiste basse Thomas Savy, le guitariste Pierrick Hardy et le percussionniste Keyvan Chemirani.

Le quintet étrenne son programme au Triton en mai 2017, puis sort un disque sur le label Abalone en mars 2018. Pour Murmures Rousseau s’entoure de deux ingénieurs du son incontournables : l’album est enregistré par Gérard de Haro au Studio La Buissonne et mixé par Philippe Teissier du Cros au Studio Boxson…

Les textes poétiques chantés (« Jusqu'à la fin ») ou déclamés (« Un jour, les pierres ») avec solennité (« Nous n'y pouvons plus rien »), les mélodies élégantes (« Pierre à encre »), les phrases veloutées (« Caresses ») et tout en maitrise de la clarinette, les boucles subtiles de la guitare (« Chaque jour de toute vie »), la pulsation discrète et entrainante (« Ce sera par un jour d'automne ») de la contrebasse et le foisonnement léger des percussions (« Un jour si je me perds en toi ») : sur disque comme en concert, la musique de Murmures, dégage une impression de raffinement. Avec ses constructions plutôt concises, ses jeux de voix sophistiqués (« Enigme »), ses dissonances délicates (« Caresses ») et son côté musique de chambre (« Chaque jour de toute vie »), pour l’instrumentation et la sonorité acoustique du quintet, Murmures évoque parfois les mélodies des compositeurs français de la fin du dix-neuvième et début du vingtième, comme « Il pleure dans mon cœur » de Gabriel Fauré, « Les chemins de l’amour » de Francis Poulenc… en moins lyrique et davantage rythmique, percussions et lignes de basse obligent. Certaines compositions se rapprochent également les chansons d’amour courtois, comme « Où rivière et fleuve ».

Rousseau met en musique les poèmes de Cheng avec délicatesse pour en révéler la substantifique moelle car «  le centre est là d’où viennent les murmures »…

Le disque

Murmures
Yves Rousseau quintet
Anne Le Goff (voc), Thomas Savy (cl b), Pierrick Hardy (g), Yves Rousseau (b) et Keyvan Chemirani (perc).
Abalone – AB032
Sortie en mars 2018

Liste des morceaux

01. « Un jour, les pierres » (6:06).
02. « Ce sera par un jour d'automne » (3:51).
03. « Nous n'y pouvons plus rien » (3:32).
04. « Caresses » (2:35).
05. « Jusqu'à la fin » (3:04).
06. « Murmures » (0:25).
07. « Où rivière et fleuve » (2:19).
08. « Un jour si je me perds en toi » (3:40).
09. « Enigme » (5:44).
10. « Chaque jour de toute vie » (5:34).
11. « Chaque jour de toute vie » (8:34).
12. « Pierre à encre » (5:18).

Tous les morceaux sont signés Rousseau sur des poèmes de Cheng.

16 mars 2018

Triopolycordes 3

Créé en 1995, le Triopolycordes est unique en son genre : harpe, mandoline et guitare, trois instruments à cordes pincées… Florentin Calvo et Jean-Marc Zvellenreuther ont d’abord été associés à Isabelle Daups, remplacée en 2008 par Sandrine Chatron.

Le Triopolycordes publie son premier disque – Volume 1 – en 2000, puis un Volume 2 en 2003, suivi, en 2017, d’In Memoriam Frédérick Martin, hommage au compositeur disparu l’année d’avant. Le quatrième opus, Volume 3, sort en janvier 2018, toujours chez La Follia Madrigal. Le trio invite la mezzo-soprano Mareike Schelenberger sur deux morceaux.

Le répertoire du disque comprend cinq pièces composées spécialement pour le trio : « Une pincée de ciel » par le compositeur grec Alexandros Markeas, « TCP 17 » de Bruno Giner, « Sixty-One Ropes Shibari » de Sylvain Kassap, et deux œuvres autour de textes écrits par José Tono Martinez : « Tres cantos a Pandora » du compositeur argentin Luis Naón et « La caja de Pandora » de Michèle Reverdy.

Avec ses ostinatos et ses motifs qui s’imbriquent et se développent en boucle, « Une pincée de ciel » rappelle ça-et-là la musique minimaliste répétitive. Les tableaux se succèdent, tantôt sautillants, tantôt sombres, sous forme de questions – réponses ou de superposition des différentes parties. Dans les « Tres cantos a Pandora », la voix typiquement lyrique et puissante de Schellenberger se mêle aux cordes. Tandis que dans les chants numérotés trois et neuf les lignes évoluent plutôt en parallèle, dans le numéro cinq, elles dialoguent pendant que Naón déclame un poème de Martinez. Avec sa pédale, ses échanges rythmiques, ses jeux de bruitages, proches de la musique concrète, et ses fulgurances, « TCP 17 » pétille. Le « Sixty-One Ropes Shibari » de Kassap, qui pourrait se traduire par « soixante et une cordes attachées », rend hommage aux instruments du Triopolycordes. D’abord minimaliste, le morceau assemble ensuite des motifs mélodiques et rythmiques. Schellenberger retrouve le trio pour « La caja de Pandora », une pièce mélodieuse qui évoque un lied, avec quelques digressions rythmiques.

Le troisième opus du Triopolycordes est résolument ancré dans la musique contemporaine, avec des différences flagrantes par rapport au jazz, même d’avant-garde : les sonorités semblent plus polies, les intonations sont généralement très droites, les développements paraissent davantage contrôlés, avec moins d’aspérités, l’architecture des morceaux prime sur l’expressivité et l’approche du rythme est souvent rectiligne, sans cette pulsation si caractéristique du jazz. Une expérience intéressante qui ouvre les oreilles à d’autres mondes sonores.

Le disque

Triopolycordes 3
Sandrine Chatron (harpe), Florentino Calvo (mandoline) et Jean-Marc Zvellenreuther (g), avec Mareike Schellenberger (voc)
La Follia Madrigal – LFM 17091
Sortie en janvier 2018

Liste des morceaux

01.  « Une pincée de ciel », Markeas (10:38).
02.  « Tres cantos a Pandora, III », Naón (3:56).                  
03.  « Tres cantos a Pandora, V », Naón (9:36).                   
04. « Tres cantos a Pandora, IX », Naón (3:47).                  
05. « TCP 17 », Giner (9:33).            
06. « Sixty-One Ropes Shibari », Kassap (10:09).
07. « La caja de Pandora », Reverdy & Martínez (10:55).

12 mars 2018

Communion – Park Jiha


D’abord formée à la flûte classique, Park Jiha s’oriente ensuite vers des instruments coréens traditionnels : le piri (hautbois) et le saenghwang (orgue à bouche). En 2007 elle forme le groupe Sum avec Jungmin Seo. Elles enregistrent deux disques : Rhythmic Space: A Pause For Breath en 2010 et Sum 2nd en 2014. Premier disque sous son nom, Communion sort en mars 2018 chez Glitterbeat Records.

Outre ses deux instruments de prédilection, Park joue également du yanggeum (tympanon). L’artiste coréenne a également fait appel à John Bell au vibraphone, Kim Oki à la clarinette basse et aux saxophones et Kang Tekhyun aux percussions. Elle signe les sept compositions.

Les trois instruments ont des sonorités complètement différentes : aigu et nasillard, le piri se rapproche du son d’un chalumeau (« Communion »), tandis que le saenghwang évoquer l’orgue de barbarie (« Throughout The Night ») et que le yanggeum, aigu et sec, fait parfois penser à un banjo (« Accumulation Of Time »). Le son cristallin du vibraphone et le timbre velouté de la clarinette basse viennent étoffer la palette sonore (« Communion »). Les mélodies de Park, le plus souvent des motifs simples joués en pointillés (« The First Time I Sat Across From You »), passent d’une atmosphère nostalgique (« The Longing Of The Yawning Divide »), voire mélancolique (« Accumulation Of Time »), à des climats méditatifs (« The Longing Of The Yawning Divide »). Des pédales (« All Souls’ Day ») et des ostinatos (« Communion ») appuient des développements en boucles qui rappellent la musique minimaliste répétitive (« Accumulation Of Time »). Après un démarrage tranquille, les morceaux montent en tension avec un foisonnement rythmique (« Sounds Heard From The Moon»), des jeux de contrastes entre les timbres (yanggeum et saxophone dans « The First Time I Sat Across From You ») et des envolées presque free (« All Souls’ Day »).

Communion, c’est une bonne dose de musique traditionnelle coréenne, une mesure de musique répétitive et un zeste d’avant-garde jazz…

Le disque

Communion
Park Jiha
Park Jiha (piri, saenghwang, yanggeum), avec John Bell (vibraphone), Kim Oki (bcl, sax) et Kang Tekhyun (perc).
Glitterbeat Records – GBCD 057
Sortie en mars 2018

Liste des morceaux

01.  « Throughout The Night » (04:56).         
02. « Accumulation Of Time » (06:38).        
03. « Communion » (06:52).
04. « Sounds Heard From The Moon» (09:05).
05. « The Longing Of The Yawning Divide » (03:15).          
06. « All Souls' Day » (09:03).           
07. « The First Time I Sat Across From You » (08:28).

Toutes les compositions sont signées Jiha.

05 mars 2018

The Path Up – Joran Cariou


Passé par les conservatoires d’Annecy et de Chambéry, puis le Centre des Musiques Didier Lockwood, Joran Cariou s’installe à Paris en 2011. The Path Up est le premier disque sous son nom, publié chez Unit Records en novembre 2017.

Le pianiste et claviériste (il joue également du Fender Rhodes, du Pianet et du Prophet), est entouré de Damien Varaillon à la contrebasse et Stéphane Adsuar à la batterie. Il invite également le guitariste Pierre Perchaud – directeur artistique du projet – sur trois morceaux. Les neuf compositions sont signées Cariou.

Des mélodies soignées (« La fin justifie les moyens »), une articulation main droite – main gauche souple (« Voyage onirique »), une mise en place précise (« Catharsis ») et des discours tendus (« Ambivalence ») : Cariou s’approprie Bojan Z, Brad Mehldau, Esbjörn Svensson… voire Bill Evans, pour développer un langage personnel. Varaillon est un contrebassiste mélodieux (« Mala Rueda » ) qui accompagne volontiers le piano à l’unisson (« A Hint of Casualness »), joue des motifs minimalistes (« Ambivalence »), mais aussi des lignes vives (« A Hint of Casualness »), des riffs entraînants (« Share ») et des chorus dansants (« La fin justifie les moyens »). Toujours attentif à ses comparses, Adsuar joue avec légèreté sur ses cymbales (« Way-Out »), mais sait aussi faire cliqueter ses fûts (« A Hint of Casualness ») et alterne avec subtilité luxuriance (« Share ») et sobriété (« Spirit of Our Masters »). La guitare électrique de Perchaud met une touche de rock (« Voyage onirique »), se montre volontiers lyrique (« Ambivalence ») et aérienne (« Mala Rueda » ).

Avec The Path Up, Cariou s’inscrit dans une ligne musicale moderne, marquée par le bop, à la fois mélodieuse et entraînante.

Le disque

The Path Up
Joran Cariou
Joran Cariou (p), Damien Varaillon (b) et Stéphane Adsuar (d), avec Pierre Perchaud (g).
Unit Records – UTR 4798
Sortie en novembre 2017

Liste des morceaux

01.  « Way-Out » (6:28).                    
02.  « Voyage onirique » (5:45).                    
03. « La fin justifie les moyens » (7:13).                  
04. « Catharsis » (5:42).                   
05. « Spirit of Our Masters » (4:03).            
06. « A Hint of Casualness » (6:39).             
07. « Share » (3:59).             
08. « Ambivalence » (8:16).             
09. « Mala Rueda » (6:23).               

Toutes les compositions sont signées Cariou.

Peemaï


Le saxophoniste Hugues Mayot, le guitariste David Vilayleck, son frère, le bassiste Alfred Vilayleck et le batteur Franck Vaillant ont formé le quartet Peemaï en 2016 au sein du Collectif Koa. La musique Peemaï (« bonne année » en thaïlandais…) puise son inspiration dans les musiques traditionnelles de l’Asie du sud-est et le premier disque éponyme sort en décembre 2017 chez Shreds Records.

Côté instrumentation, le quartet invite des musiciens asiatiques pour enrichir la palette sonore : orgue à bouche (khêne), hautbois (pi phouthaiy), vièle (sor), xylophone (lanat), gongs (khong vong)… sans oublier les chants. Les dix morceaux de Peemaï, composés, improvisés et arrangés par le quartet, combinent donc les approches musicales occidentales tonales et les traditions asiatiques pantonales.

Peemaï table sur des mélodies séduisantes (« Piyo Piyo »), aux accents nostalgiques (« Chin Sae »), solennels (« Anthape Inthip, Pt. 1 »), folkloriques (« Fou Thaï ») voire pop (« Peemaï Laï Laï »). Les timbres des instruments traditionnels (« Anthape Inthip, Pt. 1 ») et des voix – souvent aigües et légèrement nasillardes (« Piyo Piyo ») – alliées aux ritournelles jouées par la guitare électrique et le saxophone ténor assurent l’ambiance asiatique (« Pao Bong »), tout comme les collages sonores qui parsèment les morceaux : brouhahas d’une rue (« Pao Bong »), grésillements d’un poste TSF (« Chin Sae »), bruits d’insectes et discours lointain (« Lam Louang Namtha »)… Le quartet met également une bonne dose d’humour dans sa musique : le chœur final enfantin de « Piyo Piyo », la citation de « Stolen Moments » dans « Lam Louang Namtha », l’incursion punk dans « Anthape Inthip 2 »… La caractéristique la plus marquante de Peemaï, c’est sans doute le traitement du rythme. Evidemment, les gongs, clochettes, xylophones, tambours et autres percussions diverses foisonnent du début à la fin dans des structures complexes (« Fou Thaï »), mais les riffs sourds de la basse (« Lam Louang Namtha »), les lignes heurtées du ténor (« Quatre mille îles »), les boucles de la guitare (« Quatre mille îles ») et, bien entendu, le jeu touffu (« Saravan »), puissant (« Pao Bong »), voire violent (« Anthape Inthip, Pt. 2 ») de la batterie mettent quasiment les mélodies au second plan.

Tour à tour jazz, funky, punk, rock, pop asiatique, folklorique… Peemaï met en musique des ambiances d’aujourd’hui dans des décors d’hier, avec un parfum asiatique, une sorte d’ethno-jazz qui appelle aux voyages…

Le disque

Peemaï
Hugues Mayot [ts, kbd), David Vilayleck (g), Alfred Vilayleck (b) et Franck Vaillant (perc), avec Odai Sengdavong (khêne, vode, sor, pi phouthaiy), Sisengchan « Seng » Thipphavong (voc), Vilasay Laisoulivong (sor, lanade, khongvong) et Vongdeuan Soundala (voc).
Shreds Records – 0300027
Sortie en décembre 2017

Liste des morceaux

01. « Piyo Piyo » (4:54).
02. « Peemaï Laï Laï » (3:14).
03. « Fou Thaï » (4:42).
04. « Pao Bong » (5:13).
05. « Anthape Inthip, Pt. 1 » (3:00).
06. « Anthape Inthip, Pt. 2 » (2:52).
07. « Saravan » (6:52).
08.   « Chin Sae » (2:32).
09. « Quatre mille îles » (6:22).
10. « Lam Louang Namtha » (7:26).

Tous les arrangements et compositions sont signés Peemaï