13 novembre 2022

Miniatures du dedans – Hirsute

En dehors des différents projets du collectif Pince-oreilles et autres,
Anne Quillier se partage entre Suricate, en solo, Watchdog, un duo en compagnie du clarinettiste Pierre Horckmans, Blast, un trio avec Horckmans et Guillaume Bertrand à la batterie, et son quintet Hirsute, dans lequel le contrebassiste Michel Molines et le saxophoniste baryton Damien Sabatier se joignent aux musiciens de Blast.

Miniatures du dedans, premier opus d’Hirsute, sort le 13 mai 2022 sur le label de Pince-oreilles. Les onze morceaux sont signés Quillier. La pochette, un peu dans l’esprit onirique d’un Douanier Rousseau légèrement psychédélique, est une création de l’artiste Lola Roubert.

Unissons mélodieux (« Miniatures du dedans »), broderies dans une veine classique (« Irruption volcanique »), mélodies-riffs aux allures de comptines (« L’homme et l’arbre »), lignes mélancoliques (« Longue route »), minimalistes (« Mouche borgne »), contemporaines (« Des souris dans le ventre »), proche des airs du vingtième (« Serrures »), quasi-klezmer (« Objets muets ») ou rock prog (« Pyramide de plasma ») : Quillier élabore des thèmes sophistiqués (« Le serviteur ivre ») qui swinguent constamment (« Un mot venu du dehors »). Les développements du quintet, qui évoquent la musique de chambre (« Des souris dans le ventre ») avec des contre-chants délicats (« Serrures » ), des contrepoints relevés (« Longue route ») et une construction en plusieurs mouvements (« L’homme et l’arbre »), s’appuient sur des pédales (« Un mot venu du dehors »), walking (« Serrures »), poly-rythmes chaloupés (« Longue route »), motifs en chœur (« Pyramide de plasma »), couleurs moyen-orientales (« Le serviteur ivre ») ou sud-américaines (« Miniatures du dedans »), frappes serrées et puissantes (« Pyramide de plasma »), carrures robustes (« Miniatures du dedans »)… Les croisements de voix sont touffus (« Mouche borgne »), voire débridés (« Pyramide de plasma »), avec, parfois, un côté fanfare circassienne (« Longue route »). Le piano gère la tension (« Miniatures du dedans ») à coup de phrases legatos (« Serrures »), d’ostinatos (« Irruption volcanique »), et autres soutiens harmoniques entraînants (« Miniatures du dedans »). Quant à la rythmique, elle maintient une pression constante (« Irruption volcanique ») et volontiers dansante (« Le serviteur ivre »). Cet alliage d’architecture raffinée, d’ambiance de danse et de variété de timbres donne un caractère tout à fait personnel à la musique d’Hirsute.

Captivantes, recherchées et énergiques, les Miniatures du dedans sont une superbe réussite !

Le disque

Miniatures du dedans
Hirsute
Pierre Horckmans (cl), Damien Sabatier (bs), Anne Quillier (p), Michel Molines (b) et Guillaume Bertrand (d).
Label Pince-oreille
Sortie le 13 mai 2022

Liste des morceaux

01. « Un mot venu du dehors » (05:29).
02. « Le serviteur ivre » (06:27).
03. « Irruption volcanique » (04:45).
04. « L'homme et l'arbre » (03:42).
05. « Mouche borgne » (04:33).
06. « Des souris dans le ventre » (05:10).
07. « Serrures » (04:39).
08. « Longue route » (05:14).
09. « Miniatures du dedans » (05:15).
10. « Objets muets » (03:23).
11. « Pyramide de plasma » (02:59).

Tous les morceaux sont signés Quillier.

08 novembre 2022

Le désert rouge embrase L’Ermitage…

Le 20 octobre 2022, Eve Risser et son Red Desert Orchestra fêtent à l’Ermitage la sortie d’Eurythmia chez Clean Feed Records. Le studio affiche archi-complet ! Au programme : Julia Robert, sa viole d’amour et ses chants Mapuches en première partie, Eurythmia en deuxième partie, et, en conclusion-surprise, Wassa Kouyaté du Kaladjula Band.

Eve Risser (c) PLM

Chanteuse, altiste et violiste, membre du trio Saltarello, du quartet Impact, du duo Exit, de l’orchestre ONCEIM... Julia Robert a également composé le solo Alètheia (« l’être vrai » en mapudungun), inspiré de chansons de la communauté Mapuche. « La canción de la fuerza » repose sur des vocalises puissantes, souvent écorchées, soutenues par les brefs traits mélodiques et bruitages joués à la viole d’amour. Lhymne à la terre, chanté en espagnol et porté par un ostinato, revient en territoire mélodique. Quant au dernier morceau, très rythmique, il s’apparente à une danse rituelle. L’univers musical d’Alètheia trouve ses origines dans une World Music nuancée de Free et de musique contemporaine.

Red Desert Orchestra & Guests (c) PLM

Créé le 22 février 2019 dans le cadre de Sons d’hiver, Eurythmia met en musique le Red Desert Orchestra et un trio rythmique burkinabé. Les douze musiciens débordent de la scène de l’Ermitage ! Aux côtés d’Eve Risser, Sakina Abdou au saxophone ténor, Antonin-Tri Hoang au saxophone alto, clarinettes et clavier, Grégoire Tirtiaux au saxophone baryton, Nils Ostendorf à la trompette et clavier, Matthias Müller au trombone, Tatiana Paris à la guitare, Fanny Lasfargues à la guitare basse, Mélissa Hié et Ophélia Hié au balafon, Oumarou Bambara au djembé et n’goni, et Emmanuel Scarpa à la batterie. L’orchestre reprend cinq pièces tirées du disque. Avec son décor de soupirs, grondements, bourdonnements, frottements… digne d’un désert à la tombée de la nuit, « Harmattan », porte bien son titre ! Et le chorus nerveux du saxophone baryton a capela, qui égrène un chapelet de boucles en souffle continu, doublé d’effets vocaux, tournoie comme le vent du désert… Au Mali, « Le petit soir » est ce moment « entre chou et loup », lapsus de Risser qui provoque l’hilarité du public. Pour figurer cet instant crépusculaire, Tirtiaux déroule majestueusement une mélopée sur un tapis sonore grandiose. Très en verve, Risser disserte avec beaucoup d’humour sur l’épisode animalier du concert : « Gämse » – le chamois en allemand – lui rappelle les chameaux et les dromadaires… Piano préparé, batterie, balafons et djembé s’en donnent à cœur joie, superposent leurs ostinatos et rythmes dansants, pendant que Müller dialogue avec le reste du combo. Après les bovidés, les équidés : « So » signifie cheval en bambara. Trois djembés massifs, une batterie dense et une basse sourde imposent une ambiance touffue et d’autant plus entraînante que le chœur des soufflants n’est pas sans rappeler une descarga. Changement de climat avec « Désert rouge » qui commence par un lent mouvement solennel, écrin magistral pour les phrases sinueuses d’Hoang. Mais le naturel revient au galop : le Red Desert Orchestra repart dans un feu d’artifice rythmique. Tirtiaux abandonne même son baryton pour des karkabats et l’orchestre se lance dans un enchevêtrement de boucles évolutives, dans l’esprit de la musique minimaliste, juste troublé par les lignes aériennes de la trompette bouchée d’Ostendorf. Après avoir dédié le concert à Céline Grangey, ingénieure du son du big band, remercié les collaborateurs du projet et présenté les musiciens, Risser lance « Soyayya ». L’« amour », en haoussa, est un véritable brouet de bruitages, digne de la musique concrète ! Sur les riffs des balafons, de la batterie et de la basse, les solistes brodent leurs thèmes, à l’instar de Risser et son piano préparé, de Paris et ses effets électrisants, de Bambara et son djembé démonstratif ou d’Abdou et ses envolées free mystiques.

Wassa Kouyaté (c) PLM
Pour terminer le concert, Wassa Kouyaté monte sur scène avec sa magnifique kora. Membre du Kaladjula Band, un orchestre de sept musiciennes maliennes avec qui le Red Desert Orchestra a monté le projet Kogoba Basigui. Kouyaté chante d’abord « Futa » à la
mémoire de Bénin Coulibaly, consœur décédée en 2021. Après une introduction mélodique élégante à la kora, Kouyaté installe un riff hypnotique, sur lequel elle chante des airs intenses et mélodieux. Accompagnée de la basse de Lasfargues et du djembé de Bambara, elle enchaîne sur un hommage au Mali, puis, avec tout l’orchestre, un morceau groovy, aux saveurs afro-beat, qui conclut la soirée sur une touche dansante !

Avec Eurythmia, mariage heureux d’un jazz contemporain audacieux et de rythmes burkinabés. le Red Desert Orchestra a incontestablement trouvé son « beau mouvement »...



22 octobre 2022

La Dynamo aux anges…

Au beau milieu du quartier des Quatre-Chemins, à Pantin, en 2006 le Festival Banlieues Bleues crée la Dynamo. Ce lieu culturel, constitué d’une salle de concert et de trois studios de répétition, accueille des artistes en résidence et propose une programmation musicale éclectique tout au long de l’année. Le 11 octobre 2022, Sylvain Rifflet y présente son dernier projet en date : Aux anges.

Depuis Alphabet, publié en 2012, Rifflet poursuit son aventure avec Philippe Gordiani à la guitare et Benjamin Flament aux percussions. Jocelyn Mienniel accompagne encore le trio lors du deuxième opus, Mechanics, paru en 2015, mais pour Troubadours, édité en 2019, Rifflet change de couleurs : la trompette de Verneri Pohjola et l’harmonium de Sandrine Marchetti se substituent à la flûte et à la batterie. Dans Aux anges, son « disque le plus personnel », le saxophoniste retrouve Pohjola, Gordiani et Flament. L’album sort en février 2022 sur le label Magriff, qu’il a créé en compagnie de la danseuse et actrice Anne Marion-Gallois.

Verneri Pohjola, Philippe Gordiani, Benjamin Flament & Sylvain Rifflet - 11 octobre 2022 (c) PLM

Le public a boudé la ligue de champions, l’ancienne fabrique de sacs en toile de jute affiche quasiment complet et c’est tant mieux ! Au programme de la soirée, onze morceaux signés Rifflet : huit des dix d’Aux anges – « The Vicking’s Waltz », « Abbey », « Mésanges », « Déjà vu ? », «  Duo 2 », «  Ryuichi, Fennesz, Alva et les autres », « Ackward Commute » et « Baldwin » –, deux reprises de Troubadours – « Le murmure » et « Alberico (da Romano) » – et « To Z », tiré d’Alphabet. A chaque projet, son costume de scène : le sarong succède au manteau scorpion de Mechanics et au pardessus de ménestrel de Troubadours...

Aux anges -  11 octobre 2022 (c) PLM 

L’hommage à Moondog, « The Vicking Waltz », commence par une comptine qui sort d’une petite boîte à musique à rouleau actionnée par Rifflet. La ritournelle, l’ostinato du métallophone de Flament et les motifs minimalistes de la guitare de Gordiani accompagnent les longues phrases feutrées de la trompette de Pohjola, avant que le quartet ne se retrouve pour un mouvement majestueux. Tout au long du concert, Rifflet, Pohjola et Gordiani utilisent moult pédales pour modifier leur sonorité (la trompette sonne presque comme une flûte dans « Baldwin »), jouer des effets (la guitare grésille, fuse et vrombit dans «  Ryuichi, Fennesz, Alva et les autres ») ou faire du re-recording (le ténor converse avec lui-même dans « To Z »). Porté par une rythmique puissante, des accords épais et un élégant dialogue aérien, « Abbey » se pare d’une teinte rock progressif. Ce morceau dédié à Abbey Lincoln est également l’occasion d’un clin d’œil au disque You Gotta Pay The Band
Sylvain Rifflet - 11 octobre 2022 (c) PLM
, sorti en 1991, avec, en invité, Stan Getz – autre référence de Rifflet. Même esprit pour le démarrage de « To Z », renforcé par le solo aux couleurs punk de Gordiani. Cet air, inspiré par le film éponyme de Costa-Gavras, voit ensuite Rifflet aux prises avec lui-même a capella, avant que le groupe ne s’envole pour un voyage free… Si « Le murmure » commence comme un gamelan, suivi d’une belle mélodie sinueuse, il ne tarde pas à s’amplifier avec des percussions intenses, une guitare agressive, des soufflants en contre-chants tendus et une accélération finale imposante. L’ostinato de la guitare, les ponctuations du métallophone et les lignes legato du saxophone donnent à « Mésanges » un caractère subtil et léger, comme une étude et ses variations. Le thème-riff rapide de « Déjà vu ? » exposé à l’unisson par la trompette et le saxophone, a des allures hard-bop, mais la rythmique binaire, touffue et sourde tient davantage du rock. Le morceau est mené tambour battant ! Dans « Duo 2 », le shruti-box – instrument indien à anches libres et à soufflet dont le son rappelle l’harmonium – installe un bourdon, la guitare plaque ses accords, la clarinette pose un ostinato, les percussions enlacent des boucles et la trompette brode dans le lointain, bientôt rejointe par le saxophone ténor, qui enchaîne les ondulations véloces en souffle continu… Une ambiance de musique de chambre quasi-médiévale. «  Ryuichi, Fennesz, Alva et les autres » renvoie évidemment à Ryûichi Sakamoto, Christian Fennesz, Alva Noto et autres compositeurs de musique électronique. D’où cette atmosphère de jeu vidéo, soulignée par les bruitages de Gordiani, mais qui débouche sur un mouvement ample et solennel, juste troublé par les phrases décalées de Pohjola. Lors d’un séjour à New York, Rifflet voulait se rendre en métro de Brooklyn au Queens et Jon Irabagon lui fit remarquer que le trajet était un tantinet compliqué ! Avec ses trucages sonores, ses échanges heurtés, ses croisements de voix, sa rythmique mate et sourde... « Ackward Commute » reflète ces pérégrinations souterraines ! Rifflet évoque également le célèbre écrivain américain James Baldwin avec un morceau éponyme foisonnant, dans lequel le bourdon sert de décor, la guitare joue un riff incantatoire, les percussions écument les poly-rythmes, la trompette et le saxophone ténor alternent unissons, contrepoints et envolées rapides ! Le concert se conclut sur « Alberico (da Romano) », aventurier et ménestrel italien du douzième siècle… et beau générique de fin, mélancolique et profond.


Aux anges confirme que Rifflet a réussi à créer un univers musical tout à fait personnel, bâti autour de mélodies séduisantes, de développements entre tradition et free saupoudrés de zestes de world, d’une rythmique aux penchants rocks et d’articulations héritées de la musique de chambre. De quoi être heureux…


09 octobre 2022

Le 24 septembre, Pharoah Sanders s'en est allé...

Pharoah Sanders (c) PLM

Photo prise le 17 février 2012 à la Maison des Arts de Créteil, pendant le festival Sons d'hiver, lors d'un concert en compagnie du São Paulo – Chicago Underground, avec Rob Mazurek au cornet, Matthew Lux à la basse,  Chad Taylor à la batterie, Mauricio Takara aux percussions et Guilherme Granado aux claviers.

28 septembre 2022

Dernier Tango – Monniot / Ducret

Christophe Monniot
et Marc Ducret secouent la scène du jazz depuis moult années et les deux musiciens ont déjà croisé leurs notes à maintes reprises dans leurs projets respectifs, que ce soit Ozone et Une nouvelle terre, ou Ici et Métatonal. Mais c’est la première fois qu’ils enregistrent en duo : Dernier Tango sort le 14 octobre 2022 chez Jazzdor Series, l’indispensable label de la SMAC (Scène de Musiques ACtuelles) éponyme, fondé en 2014 sous la houlette de Philippe Ochem et revitalisé en 2020… par le Covid, avec plus de quinze disques édités en trois ans !

Au programme de Dernier Tango, trois morceaux de Monniot tirés de son répertoire : « Yes Igor » qui figure dans Princesse Fragile de son ensemble MonioMania, « Back Train », repris de Station Mir avec Dider Ithursarry, Guillaume Roy et Atsushi Sakaï, et « A Sign of The Mood » qu’il a enregistré en quartet avec Sophia Domancich, Felipe Cabrera et Denis Charolles. Ducret propose quatre inédits et « La Lettre du Caire », créé en 2002 pour le court métrage éponyme de Frédéric Jolfre. Le duo interprète également « Bishapour », œuvre du compositeur de musique contemporaine Michel Petrossian.

Le graphisme sympathique du disque a été réalisé par Helmo, cabinet fondé par Thomas Couderc et Clément Vauchez, partenaire de Jazzdor depuis une bonne vingtaine d’années. Quant au texte enthousiaste de la pochette, il est signé Stéphane Berland, directeur du label Ayler Records.

« Yes Igor » donne le ton : des unissons puissants, des déflagrations saturées et des envolées déchaînées dans un esprit rock progressif, côtoient des échanges vifs, des questions-réponses à la volée et des interactions en pointillés... Les phrases innocentes et touchantes du sopranino du « Dernier Tango » dialoguent avec les contre-chants inventifs de la guitare, dans une ambiance de musique contemporaine. C’est la musique de chambre qui s’invite dans « L’histoire », avec d’élégants contrepoints legato, mais aussi des volutes de l’alto, sur des motifs paisibles de la guitare. « Chant/son » est un patchwork musical, entre rock progressif, free jazz et musique contemporaine : accords saturés de la guitare, traits véloces, unissons nerveux, discussions déstructurées… Retour au vingtième avec « Interrompu », qui alterne atmosphères pastorales et fulgurances torturées. Le triptyque « Pré Back » / « Back Train » / « Post Back » laisse d’abord la guitare et le baryton broyer les sons dans un déluge de stridences, déchirures, riffs puissants… qui frisent le metal, puis tempérer ces déchaînements, par des discussions plus tranquilles ou des débats virtuoses. Les deux parties de « La Lettre du Caire » s’appuient sur une mélodie impressionniste aux accents nostalgiques, qui donne lieu à une conversation chambriste brillante, entre les gazouillis du sopranino et les lignes délicates de la guitare. Même climat contemporain raffiné pour « Bishapour », avec des contre-chants astucieux et des contrastes de timbres subtils. « A Sign of The Mood » s’inscrit dans une veine free de chambre aux couleurs baroques (sic) : un air tournoyant, des boucles débridées, des passages solennels quasiment élisabéthains, des développements échevelés, des têtes-à-têtes acérés…

Dernier Tango n’est certes pas rioplatense ! Mais il n’en est pas moins dense, incisif et entraînant, à sa manière… Une musique au bon sens sophistiqué.

Le disque

Dernier Tango
Monniot / Ducret
Christophe Monniot (ss, as, bs) et Marc Ducret (g)
Jazzdor Series 13
Sortie le 14 octobre 2022

Liste des morceaux

01. « Yes Igor », Monniot (07:35).
02. « Dernier Tango », Ducret (05:40).
03. « L'histoire », Ducret (03:11).
04. « Chant/son », Ducret (05:23).
05. « Interrompu », Ducret (04:13).
06. « Pré Back », Monniot & Ducret (01:41).
07. « Back Train », Monniot (05:11).
08. « Post Back », Monniot (00:29).
09. « La Lettre du Caire 1 », Ducret (02:34).
10. « Bishapour », Petrossian (04:33).
11. « A Sign of The Mood », Monniot (08:28).
12. « La Lettre du Caire 2 », Ducret (02:40).


25 septembre 2022

Mycélium – Thierry Girault

Après le conservatoire de Genève, Thierry Girault s’oriente vers la musique de film, qu’il étudie aux Etats-Unis. En 1998, Girault monte le collectif Lebocal, big bang à géométrie variable autour d’une quinzaine de musiciens. Après vingt-cinq ans de carrière, Mycélium est le premier disque que le pianiste enregistre sous son nom. Il sort le 23 septembre 2022 chez Single Bel.

Les six morceaux de Mycélium sont signés Girault, qui s’est entouré du saxophoniste Laurent Desbiolles et du batteur Thibaud Pontet, tous les deux membres du Bocal, mais aussi du contrebassiste Simon Desbiolles, élève du Centre des Musiques Didier Lockwood.

Girault conçoit des airs plutôt doux (« Free DOM »), teintés de couleurs moyen-orientales (« Trans Siberian View ») ou aux allures de slow (« Chat »). Toute en souplesse (« Amour, Amore ») et dotée d’une sonorité acoustique chaleureuse (« Amour, Amore »), la rythmique est dansante (« Tran Siberian View ») et souligne les mélodies avec à propos (« I Like Mycellium »). Souvent réverbérées (« Free DOM ») et aériennes (« «Tonas Weg »), les phrases du saxophone tournent autour des lignes mélodiques (« Chat »). Quant au piano, il chante (« Amour, Amore ») et déroule tranquillement (« I Like Mycelium ») des discours harmonieux (« Trans Siberian View »), avec des accents enjôleurs quand il passe à l’électrique (« Chat »).

Mycélium dégage des ambiances placides et entraînantes, très cohérentes d'un morceau à l'autre.

Le disque

Mycélium
Thierry Girault
Laurent Desbiolles (sax), Thierry Girault (p, voc), Simon Desbiolles (b) et Thibaud Pontet (d)
Single Bel
Sortie le 23 septembre 2022

Liste des morceaux

01. « Free DOM » (4:38).
02. « Amour, Amore » (6:33).
03. « Trans Siberian View » (4:09).
04. « Chat » (3:57).
05. « Tonas Weg » (7:44).
06. « I Like Mycelium » (5:35).

Tous les morceaux sont signés Girault.

19 septembre 2022

A la découverte de Thibault Florent

Le 11 octobre 2022, dans le cadre de son projet So-Lo-Lo, Thibault Florent sort son troisième opus, Basa-basi. Avec sa guitare à douze cordes et divers instruments, la plupart de sa fabrication, qu’il manipule avec ses pieds et ses mains, le musicien s’inspire du gamelan. Un artiste original qui mérite d’être découvert...


La musique

Enfant, dans mon village, j'ai pris des cours de piano et de solfège avec une professeure très sympa. Ensuite, au collège, je me suis tourné peu à peu vers la guitare électrique en autodidacte, car elle me permettait de jouer les musiques que j'avais dans les oreilles. En effet, pendant l’adolescence, j’écoutais plutôt du rock : les groupes des années quatre-vingt dix qui passaient à la radio. Puis, de fil en aiguille, je suis passé au rock progressif, à la fusion, aux guitariste de jazz… pour finir par arriver au jazz tout court !

Par la suite, j’intègre l'Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne, d'où je sors quelques années après, avec un Diplôme d’Etudes Musicales Jazz en poche. Je me lance alors dans une carrière de musicien dans la région Lyonnaise et participe à plusieurs groupes de musique. Ce n’est que plus tard que j'ai déménagé à Tours, où j'ai rencontré de nombreux artistes, dont les musiciens de ce qui deviendra le Capsul Collectif.


Mon passage à Lyon a laissé quelques traces ! Notamment la rencontre avec Jean Cohen, les musicien.ne.s de l'Arfi, le Grolektif, les membres du Very Big Experimental Toubifri Orchestra... Plein d’aventures déterminantes ! Aujourd'hui, beaucoup de musicien.ne.s m'influencent encore, qu'ils soient proches ou très éloigné.e.s... Dans le temps et dans l'espace !... la Nòvia, Dewa Alit, Rosetta Tharpe, Thomas Bonvalet, Eliane Radigue, Eric Chenaux, Albert Ayler...


Quelques clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Il me paraît risqué de définir les contours de ce mot... Son sens varie fortement en fonction du contexte. Pour ma banque, cela signifie « jeunes actifs un peu chics » ! Pour certains, cela renvoie à la communauté Afro-américaine, sa culture et ses luttes sociales. Pour d'autres, c'est ce vaste domaine musical qui implique souvent des instruments à vent et des parties improvisées. Et c'est encore autre chose pour les danseur.ses. Bref, ce que je constate, c'est que se revendiquent aujourd'hui du mot « Jazz » une multitude d'artistes et de passionnés aux aspirations esthétiques et politiques très diverses.

Où écouter du jazz ? Dans des lieux que j'espère aussi divers que possible : en ville, à la campagne, en banlieue... Dans des cafés, des clubs, des jardins, des champs, des centres sociaux... Un maximum en live en tout cas !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Conference of the Birds de Dave Holland, Instrumental de The Meters, L'art du Gamelan Degung...

Quels livres ? You Can't Win de Jack Black.

Quels films ? Jean de Florette de Claude Berri.

Quelles peintures ? The Arnolfini Marriage de Jan van Eyck.

Quels loisirs ? Ma corde à sauter…

Enfin, en réalité, sur une île déserte, je prendrais plutôt avec moi un ouvreur de coco et un gourde filtrante !…


Les projets

Au mois de novembre, je pars jouer mon solo en Indonésie... Et je m’en réjouis !




18 septembre 2022

Basa-basi – So-Lo-Lo

De la région Lyonnaise aux pays de la Loire, rien ne prédisposait
Thibault Florent à s’intéresser au gamelan… Mais voilà, un passage dans The Very Big Experimental Toubifri Orchesta (Basa-basi est d’ailleurs dédié à Grégoire Gensse) avec le Kecak balinais conduit le guitariste à se passionner pour le gamelan. A partir de 2011, Florent monte un solo avec sa guitare à douze corde, plus ou moins préparée, sur un répertoire inspiré de la musique javanaise : So-Lo-Lo.

Basa-basi, troisième volet de So-Lo-Lo, sort le 11 octobre 2022 chez Ormo Records. Ce « brin de causette » (traduction approximative du mot bahasa indonésien basa-basi, qui évoque également des échanges bienveillants, ou ces cordialités qui s’échangent au quotidien, au grès des rencontres) s’articule autour de cinq compositions du guitariste, et de « Lagu », tiré d’un air traditionnel de 1928. Sur « Granges » et « Foins », Florent est accompagné par quatre musiciens du gamelan Puspawarna : outre Hsiao-Yun Tseng, fondateur de ce gamelan basé à Nanterre, Théo Merigeau, Krishna Sutedja et Jérémie Abt participent aussi à l’aventure. L’élégante pochette du disque, signée Marilou Turmeau, rappelle des motifs de batik...

Entre autres particularités, le gamelan est probablement le seul instrument véritablement communautaire : chacune de ses composantes n’a d’existence que par les autres composantes, qui ne peuvent pas être jouées par un musicien tout seul (certains gamelans peuvent compter jusqu’à cinquante éléments différents). Autrement dit, dans un gamelan, et contrairement à ce qui se passe dans la plupart des orchestres, travailler son instrument à la maison n’a aucun sens... Tout cela pour montrer que le défi relevé par Florent est tout sauf une sinécure ! La douze cordes et les « bricolages sonores » dont s'entourent le guitariste lui  permettent de recréer cette atmosphère si singulière et propre au gamelan, ce subtil mélange de boucles rythmiques entrelacées et d’enchevêtrements de sonorités méditatives : des cellules rythmiques ondulent à leur vitesse (« Degung ») ; des lignes de percussion se croisent et se décroisent sur des bourdons et des esquisses mélodiques aux couleurs moyen-orientales (« Granges ») ; ostinatos, pédales, riffs et crépitements cristallins s’entremêlent dans des rondes hypnotiques (« Lagu ») ; des ambiances répétitives (« Ceng2 ») et incantatoires (« Paons ») côtoient un foisonnement poly-rythmique sensuel (« Foins »).

Comment ne pas être fasciné par le gamelan et ces farandoles circulaires que Florent réussit si bien à retranscrire dans Basa-basi ? Pour paraphraser les musicologues de l’académie d’Orléans et de Tours : écouter cette musique jouée pour être entendue vous dépaysera une fois pour toute !

Le disque

Basa-basi
So-Lo-Lo
Thibault Florent (g), avec Théo Merigeau, Hsiao-Yun Tseng, Krishna Sutedja et Jérémie Abt.
Ormo Records – ORMOCD009
Sortie le 11 octobre 2022

Liste des morceaux

01. « Degung » (15:38).
02. « Granges » (5:18).
03. « Lagu » (6:25).
04. « Ceng2 » (8:57).
05. « Paons » (5:20).
06. « Foins » (3:50).

Tous les morceaux sont signés Florent.


17 septembre 2022

A Piece of Yesterday – Obradović - Tixier Duo

La batteuse-percussioniste Lada Obradović et le pianiste-claviériste David Tixier ont monté leur duo en 2016. Leur premier disque, EP 2017, est suivi de Professor Seek & Mister Hide et The Boiling Stories of A Smoking Kettle, tous les deux sortis en 2018. Il aura fallu attendre quatre ans pour que, le 17 juin 2022, Obradović et Tixier publient un nouvel opus chez Cristal Records : A Piece of Yesterday.

A Piece of Yesterday est la bande son d’un conte coécrit par le duo : le voyage onirique d’Erhmo qui découvre les dures réalités de la vie… grâce à son ombre. Les neuf morceaux, composés alternativement par Obradović et Tixier, correspondent aux neuf chapitres du récit, consigné dans un livret de vingt-sept pages, élégamment illustré – comme la pochette du disque – par Manuel Šumberac.

Conte oblige, certains thèmes évoquent des comptines (« A Golden Cage in a Cold Winter ») ou des couplets aux contours enfantins (« As If It Weren’t Enough »), d’autres sont des airs mélodieux aux accents pop (« It’s Not About Now »), mystérieux (« Unchained Hope ») ou moyen-orientaux (« Here Comes Nothing »). Dansants (« As If It Weren’t Enough »), hypnotiques (« 12h19 ») ou tendus (« A Golden Cage in a Cold Winter »), les morceaux s’apparentent souvent à une succession de tableaux (« 12h19 »), portés par les dialogues bondissants d’Obradović et Tixier (« Next Time, You Think of Me »), mais aussi des unissons solennels (« Unchained Hope »), des lignes de basse (« Next Time, You Think of Me ») et des riffs joués aux claviers (« A Piece of Yesterday »). Le duo étoffe sa palette sonore en jouant d’une part sur les timbres – orgue de barbarie et carillon (« Here Comes Nothing »), alternance claviers et piano (« A Piece of Yesterday ») – mais aussi sur des effets : électro-futuristes (« A Golden Cage in a Cold Winter »), voix off (« Eternal Thoughts »), aboiements et chaîne (« Unchained Hope »), orage (« A Piece of Yesterday »)… Obradović est une batteuse percussionniste réactive (« Next Time, You Think of Me ») et dynamique (« Here Comes Nothing »), qui maintient une pression constante (« It’s Not About Now ») par des frappes courtes, mates et nerveuses (« Eternal Thoughts »), des poly-rythmes touffus (« It’s Not About Now ») et des crépitements puissants (« Unchained Hope »). Tixier alterne passages rythmiques et mélodiques (« Next Time, You Think of Me »), jongle avec l’électro et l’acoustique (« Here Comes Nothing ») et gère habilement les tensions (« A Golden Cage in a Cold Winter »).

Connivence, sens de l’urgence et personnalité : Obradović et Tixier forment un duo original et leurs dialogues dans Piece of Yesterday valent le détour !

Le disque

A Piece of Yesterday
Obradović – Tixier Duo
David Tixier (p, kbd) et Lada Obradović (d, perc)
Sortie le 17 juin 2022
Cristal Records – CR 352

Liste des morceaux

01. « Next Time, You Think of Me », Obradović (06:18).
02. « A Golden Cage in a Cold Winter », Tixier (04:16).
03. « Eternal Thoughts », Tixier (04:26).
04. « 12h19 », Obradović (05:40).
05. « It’s Not About Now », Tixier (05:55).
06. « Here Comes Nothing », Tixier (03:26).
07. « Unchained Hope », Obradović (05:46).
08. « As If It Weren’t Enough », Tixier (06:06).
09. « A Piece of Yesterday », Obradović (06:17).


30 juin 2022

Rôles – Synestet

Les usures
, premier opus de Synestet, est sorti en 2019. La clarinettiste Hélène Duret a formé ce quintet avec Sylvain Debaisieux au saxophone ténor, Benjamin Sauzereau à la guitare, Fil Caporali à la contrebasse et Maxime Rouayroux à la batterie. Synestet poursuit son aventure et publie Rôles chez Igloo Records, le 24 juin 2022.

Duret a composé huit des onze morceaux, Sauzereau en propose deux et « Mouillette », qui conclut l’album, est une improvisation du guitariste et de Rouayroux. Les jolies compositions florales qui ornent la pochette du disque sont signées Pauline Chassain, et évoquent la synesthésie, qui associe des sens entre eux : couleurs, fragrances, sons...

Ce qui est frappant dans Rôles, c’est la diversité cohérente de l’album. Diversité, parce que les morceaux passent d’une ode funèbre (« Reine sous terre », « Expliquer l’inexplicable »), d’un thème délicat (« L’envers ») aux accents bluesy (« Pas de signal »), ou d’une mélodie dissonante style début XXe (« La mesure du possible »), à une farandole moderne (« Salopette »), un thème-riff (« Pas de signal ») ou une mélodie claironnante (« Flying Low »). Et côté rythmes, le quintet montre également de multiple facettes. Les lignes rapides de la contrebasse et les frappes sourdes de la batterie sont entraînantes (« Hier »), voire funky (« Flying Low »), mais le duo rythmique sait aussi se faire grave et mélodieux (« Reine sous terre »). La puissance (« L’envers »), la tension (« Mouillette ») et les roulements serrés (« Expliquer l’inexplicable ») n’empêchent pas non plus les moments de tranquillité (« La mesure du possible ») ou de légèreté et de souplesse (« Salopette »)…

Cohérente, parce que les constructions et les interactions restent dans le même esprit du début à la fin : contrepoints malins (« Le Bonnet »), chœurs (« Expliquer l’inexplicable »), articulations sophistiquées (« Hier »), contre-chants habiles (« La mesure du possible »), changements d’ambiance au sein d’un même morceau (« Pas de signal », « Flying Low »), échanges croisés (« Hier »)… Mais il y a aussi la pâte sonore du quintet. Avec ses bruitages stridents et foisonnants (« Hier ») ou pétaradants (« Mouillette »), nappes de sons raffinées (« Pas de nom »), techniques étendues contemporaines (« Pas de signal »), effets guitaristiques, en slide (« Expliquer l’inexplicable ») ou en accords tranchants (« Flying Low »), délires free (« Flying Low »)… Synestet a trouvé sa sonorité, singulière et personnelle.

Musique de chambre aux dialogues subtils et bigarrés, Rôles surprend à chaque instant… Et des surprises comme celles-là, nous n’en voulons pas qu’à Noël !

Le disque

Rôles
Synestet
Hélène Duret (Cla, bCl), Sylvain Debaisieux (ts), Benjamin Sauzereau (g), Fil Caporali (b) et Maxime Rouayroux (d).
Igloo Records – IGL334
Sortie le 24 juin 2022

Liste des morceaux

01. « Le Bonnet » (1:38).
02. « Hier » (3:34).
03. « Reine sous terre » (5:23).
04. « La mesure du possible », Sauzereau (3:38).
05. « Pas de nom » (4:33).
06. « Pas de signal » (5:52).
07. « Expliquer l'inexplicable » (5:50).
08. « Flying low » (4:56).
09. « Salopette » (1:34).
10. « L'envers », Sauzereau (4:31).
11. « Mouillette », Sauzereau & Rouayroux (2:44).

Tous les morceaux sont signés Duret, sauf indication contraire.