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20 janvier 2024

Migration d’instruments au Comptoir

Depuis septembre 2023, l'équipe du Comptoir donne carte blanche à Joce Mienniel pour un rendez-vous mensuel : Joce Mienniel et les instruments migrateurs. Le flûtiste réunit des musiciens venus de tous les coins du monde pour des concerts uniques. Trois trios se sont déjà produits avec Mienniel sous la Halle Roublot : d'abord Senny Camara à la kora et Clément Petit au violoncelle, ensuite Amrat Hussain aux tablas et Mieko Miyazaki au koto, puis, en décembre, Atea avec Pierre Durand à la guitare et Didier Ithursarry à l'accordéon. Le 11 janvier 2024, Mienniel invite Aïda Nosrat au violon et au chant, Landy Andriamboavonjy à la harpe et au chant, et Abdallah Abozekry au saz.

 

Abdallah Abouzekry - Joce Mienniel © PLM

 

Comme d'habitude, le public est averti, l'ambiance bon enfant, le dîner délicieux et la maîtresse des lieux, Sophie Gastine, présente le concert du jour en précisant que la musique est complètement improvisée et que les musiciens se sont retrouvés pour répéter à quinze heures, avant de jouer devant le public à vingt-et-une heure… Au programme : cinq morceaux en quartet et quatre solos.

 

Aïda Nosrat - Landy Andriamboavonjy © PLM
 
 
La soirée commence par « Stéréométrie », une composition de Mienniel qui sert de fil rouge à tous les concerts des instruments migrateurs. Après une introduction de la flûte parsemées d'accents moyen-orientaux, le quartet s'empare du thème-riff, qui s'intercale entre les chorus a capella de chaque artiste, manière de les présenter au public : des vagues de notes déferlent de la harpe d'Andriamboavonjy, les modulations puissantes de Nosrat évoquent l'Orient, tout comme les glissandos et autres quarts de ton d’Abozekry. Juste accompagnée par un ostinato du saz, Nosrat expose « Dance of Soul », un air traditionnel perse. Après une première partie solennelle, la chanson prend une tournure joyeuse et entraînante, soutenue par les riffs de la harpe, les battements du saz, les frappes de mains et les jeux rythmiques ou les volutes en contrepoints de la flûte. C’est Abozekry qui prend le premier solo a capela. « Sept et neuf » est un morceau basé sur ces rythmes impairs, qui démarre avec une pédale grave, en alternance avec des variations virtuoses. « Sept et neuf » part ensuite dans une ambiance folk véloce et enjouée. Le poème de Saadi que chante Nosrat s’appuie sur des vocalises redoutables, des trémolos, glissatos et sauts d’intervalles impressionnants, toujours dans une veine orientale. « Julia », la berceuse que le quartet interprète a été composée par Andriamboavonjy en hommage à sa grand-mère Malgache, qui chantait des mélopées à ses dix enfants pendant l’insurrection de 1947... Portée par les motifs de la harpe, les aller-retours rythmiques du saz, les boucles du violon, les vocalises en contre-chant et les envolées de la flûte, la ritournelle se développe dans un esprit « jazz du monde ». Pour son solo, Mienniel combine habilement des séquences mélodico-rythmiques grâce à des boucleurs – loopers, pour les initiés. Les développements naviguent entre jazz, world music, voire rock progressif, et restent tendus du début à la fin. Pour sa part, Andriamboavonjy rappelle qu’elle est aussi une chanteuse lyrique et sa belle voix de soprano s’élève au-dessus d’un bourdon murmuré par le public. Le dernier morceau du concert n’a pas encore de titre, et pour cause, Abozekry vient de l’écrire ! Composé dans le maqâm Rast, sans doute le mode le plus populaire dans la musique arabe, il évolue entre six et huit temps et a été inspiré par le désert… Pourquoi ne pas le nommer « Siwa » comme la splendide oasis éponyme située à l’extrême ouest égyptien ? Après l’introduction en solo – pédale de basse et broderies entre majeur et mineur, saupoudrées de quarts de tons – le thème-riff lancé par le saz est particulièrement dansant. Il forme un écrin parfait pour les vocalises aux intonations arabo-andalouses de Nosrat ou celles, teintées d’expressionnisme, d’Andriamboavonjy. En bis, le quartet joue « Azib », un morceau inédit de Mienniel. Le flûtiste se lance dans un préambule pendant que la harpe et le saz s’accordent – ce qui ne semble pas être une mince affaire ! Finalement, il s’arrête, hilare, pour présenter le morceau... Ecrit il y a une dizaine d’année à Figuig, ville-palmeraie mystérieuse du Maroc, « Azib » fait référence aux tribus nomades du sud marocain... et au seul cauchemar que Mienniel n’ait jamais fait dans sa vie ! Le violon et la flûte exposent à l’unisson une mélodie élégante. Pendant que le saz maintient une carrure dansante, la harpe et le violon égrènent leur ostinato et la flûte virevolte, avant que les vocalises ne se mêlent à la partie pour un final tout en douceur et subtilité.
 

Abdallah Abozekry, Aïda Nosrat, Joce Mienniel et Landy Andriamboavonjy © PLM


Ouverture d’esprit, écoute de l’autre et intelligence musicale : Joce Mienniel et les instruments migrateurs portent un message salutaire par les temps qui courent...

18 novembre 2017

In Between – Isabelle Olivier

Neuvième opus de la harpiste Isabelle Olivier depuis Océan – 1997, RDC Records –, In Between sort en novembre 2017 chez ENJA.

Quand le néophyte pense à la harpe, il a davantage Lily Laskine ou Alan Stivell en tête que Dorothy Ashby… Et pourtant, cette dernière peut être considérée comme la première musicienne à avoir réellement émancipé la harpe dans le jazz. Même si cet instrument n’est pas courant, il compte des représentantes notoires, à l’instar, entre autres, d’Alice Coltrane, Zeena Parkins (notamment ses travaux avec John Zorn)… outre Atlantique, ou Hélène Breschand, Laura Perrudin et, bien sûr, Isabelle Olivier en France.

Pour In Between, Olivier a changé de fond en comble son groupe et constitué un septet avec Julie Koldin à la flûte, Hugo Proy à la clarinette, Fraser Campbell au saxophone ténor, Raphael Olivier à la guitare, Thomas Olivier au piano et Devin Gray, Ernie Adams ou Dre Pallmaerts à la batterie.

Les titres des morceaux invitent au voyage : du Pérou (« Peruvian Lullaby ») à la Finlande (« Rengas », anneau, en finnois), avec des escales dans le Mississippi (« Patawatomi », du nom du peuple amérindien), Brooklyn (« Barbes », bar à spectacles de New York), la Malaisie (« Pantoum », un format de poème), voire le Mexique (« Monarque »… s’il s’agit du papillon !) et, bien entendu, l’océan (« Skylark », la mouette). La harpiste signe treize compositions originales, reprends « Skylark » d’Hoagy Carmichael et Johnny Mercer. Quant à « Barbes », c’est un mouvement collectif.

Influencée par les paysages et sa résidence à la Villa Le Nôtre à Versailles en 2015, Olivier développe son œuvre dans une direction chambriste. In Between mise sur la variété des ambiances – cinématographique (« Monarque »), andine (« Peruvian Lullaby »), extrême-orientale (« Impressions »), rock progressif (« Glose »), africaine (« Fête de la musique »), « vingtièmiste » (« In Between »), folklorique (« Lisière »)…  –, des sonorités subtiles, des mélodies soignées (« Lisière »), une rythmique délicate et des interactions raffinées à base de contrepoints entraînants (harpe et guitare dans « Skylark »), de questions-réponses efficaces (« Comment ça va ? »), de superpositions de plans (« A New World »), de boucles imbriquées (« Rengas »)…

Dans In Between, Olivier construit des paysages sonores intimistes et séduisants qui empruntent autant aux jazz qu’aux musiques du monde, rock alternatif et musique contemporaine. 

Le disque

In Between
Isabelle Olivier
Isabelle Olivier (harpe), Julie Koldin (fl), Hugo Proy (cl), Fraser Campbell (ts), Raphael Olivier (g), Thomas Olivier (p) et Devin Gray, Ernie Adams ou Dre Pallmaerts (d).
ENJA – ENJ-9757
Sortie en novembre 2017

Liste des morceaux

01.  « Intro » (1:33).
02.  « Peruvian Lullaby » (2:11).
03.  « Potawatomi » (5:15).
04.  « A new world » (4:02).
05.  « Comment ça va ? » (4:04).
06.  « Glose » (10:29).
07.  « Skylark », Carmichael (2:41).
08.  « Barbes » Olivier, Campbell, Thomas Olivier et Gray (3:38).
09.  « Monarque » (2:07).
10.  « Fête de la musique » (2:45).
11.  « Impressions » (2:38).
12.  « Lisière » (3:40).
13.  « Pantoum » (2:28).
14.  « Rengas » (2:46).
15.  « In Between » (7:27).

Toutes les compositions sont signées Olivier sauf indication contraire

24 avril 2026

Broderies - Javotte

En 2023 la flûtiste Lucie Jahier monte Javotte - sœur aînée d'Anastasie et demi-sœur de Cendrillon - en compagnie de Laëtitia Bonnin au piano, Gonzalo Alfaro Ugaz à la basse et Fabien Dechaumont à la batterie. Le quartet sort son premier disque, Broderies, le 17 avril 2026.

Dix des treize morceaux sont de Jahier, Bonnin propose « Broderie n°2 », « Termosifón » est une composition d'Eduardo García Salueña, musicien et musicologue espagnol contemporain, spécialiste du rock progressif, et « Valsa para Juliana » du musicien brésilien Dudu Maia. Le quartet dédie « Forró cremoso » à Hermeto Pascoal, décédé le 13 septembre 2025.

Jahier a invité Rayra Maciel à joindre ses percussions sur deux morceaux, Camille Heim pour ajouter sa harpe également sur deux pistes, et la tromboniste Rozann Béziers, la trompettiste Lucille Moussalli et la saxophoniste ténor Alejandra Borzyk pour étoffer « Magic 15/8 ».

Les Broderies de Javotte sont, pour les unes, mystérieuses (« Songe ») charmantes (« Colette Is Dancing »), poétiques (« Broderie n°2 »), lyriques (« Josette ») ou nostalgiques (« Magic 15/8 ») et, pour les autres, gaies (« Baião cremoso »), pétillantes (« Valsa para Juliana ») ou entrainantes avec des accents latinos (« Forró cremoso »). En dehors de l'influence des musiques latino-américaines, Javotte s'inspire également de la musique classique avec, par exemple, les boucles à l'unisson de la flûte et du piano qui donnent à « Cumulus » l'allure d'une étude, ou le jeu du piano a capela qui évoque une sonate dans « La virevoltation ». Deux morceaux sont à part : avec les effets de souffles et de succions, le jeu dans les cordes, les sifflets, les roulements serrés... « Termosifón » est descriptif, et dans la « Broderie n°1 », une voix de vieille dame avec un fort accent méditerranéen raconte l'histoire de Javotte sur une ligne délicate déroulée par la harpe, le piano et la basse.

Tour à tour aérienne et sinueuse (« Colette Is Dancing »), minimaliste (« Cumulus »), quasi-folk (« La virevoltation »), véloce (« Valsa para Juliana ») et dansante (« Baião cremoso »), Jahier étoffe son discours avec des effet étendus de voix et de souffles (« Songe »). Bonnin répond avec élégance aux questions de la flûte dans une ambiance musique de film (« Josette »), place des contrepoints distingués (« La virevoltation »), intercale en contre-chant des motifs enlevées (« Cumulus ») et fait swinguer ses chorus (« La virevoltation »). Elle joue aussi avec la sonorité cristalline du Fender Rhodes (« Colette Is Dancing »), le fait chanter dans ses solos (« Baião cremoso »), dialogue en tension avec la flûte (« Forró cremoso »), et soutient la harpe et le chœur des soufflants pour corser encore davantage la texture sonore de « Magic 15/8 ». La basse d'Alfaro Ugaz est un mélange de décontraction et de vigueur. Ses lignes sourdes et souples (« Colette Is Dancing ») peuvent gronder (« La virevoltation »), avec des shuffle irrésistibles (« La virevoltation »), tout en restant mélodieuses (« Magic 15/8 »), et ses riffs excitants (« Baião cremoso ») se teintent parfois de touches funky (« Forró cremoso »), sans jamais perdre leur fluidité (« Valsa para Juliana »). Dechaumont est un batteur puissant, à l'instar de son solo dans « Forró cremoso ». Entre l'énergie et l'efficacité rock (« La virevoltation ») et le chatoiement latino (« Magic 15/8 »), se glissent des percussions tintinnabulantes (« Baião cremoso »), des roulements de marche (« Cumulus »), des frappes violentes (« Termosifón ») et des crépitements intenses (« Forró cremoso »). Que ce soit par leurs ostinatos (« Termosifón »), boucles (« Forró cremoso »), pédales (« Colette Is Dancing ») et autres riffs inamovibles (« Magic 15/8 »), la flûte et les claviers font plus que de simplement participer à la section rythmique.

Une pâte sonore inhabituelle, des mélodies variées, des interactions relevées et des rythmes chaloupés : que demander de plus à Javotte que ses Broderies !

Le disque

Broderies
Javotte
Lucie Jahier (fl), Laëtitia Bonnin (p), Gonzalo Alfaro Ugaz (b) et Fabien Dechaumont (d), avec Rayra Maciel (perc), Camille Heim (h), Rozann Béziers (tb), Lucille Moussalli (tp) et Alejandra Borzyk (ts).
Javotte
Sortie le 17 avril 2026

Liste des morceaux

01. « Songe » (1:15).
02. « Colette Is Dancing » (6:15).
03. « Cumulus » (4:40).
04. « Broderie n°2 », Laëtitia Bonnin (1:10).
05. « La virevoltation » (3:58).
06. « Josette » (4:45).
07. « Baião cremoso » (5:08).
08. « Termosifón », Eduardo García Salueña (4:21).
09. « Broderie n°1 » (1:24).
10. « Magic 15/8 » (4:57).
11. « Valsa para Juliana », Dudu Maia (3:52).
12. « Broderie n°3 » (1:26).
13. « Forró cremoso » (4:50).

Tous les morceaux sont signés Jahier, sauf indication contraire.
 

18 mars 2026

Tempus - Laura Perrudin

Laura Perrudin est une véritable artiste-orchestre : elle joue de la harpe, de la guitare, du piano et des percussions, programme de l'électro, chante, dirige des groupes (Perspectives & Avatars en 2020, Doksha en 2024) et, bien entendu, compose, dessine et écrit... Depuis Impressions (2015), elle a enregistré la plupart de ses albums en solo : Poisons & Antidotes (2017), Live Feat. The Ghost Orchestra (2023) et Tempus, qui sort le 23 janvier 2026 chez BMC Records.

Les paroles et musiques des quatorze morceaux sont évidemment signés Perrudin, sauf « Cruauté », dont le texte est un collage réalisé à partir de poèmes de Laura Vazquez, tirés de Vous êtes de moins en moins réels.

Même si Perrudin utilise ça-et-là la structure couplets - refrain, les chansons adoptent des formats libres, plus en ligne avec sa volonté de ne pas « contorsionner la forme à une idée pré-conçue ou à des habitudes conceptuelles ». La voix claire, dans une tessiture plutôt aiguë (« Reverse ») s'élève, diaphane (« Le Point du Temps »), aérienne (« La Lie ») ou vaporeuse (« Cruauté »). Les chansons à texte (« Rhinocéros ») parfois presque psalmodiées (« C’est vous qui passez »), peuvent évoquer du folk (« Utempia ») ou de la pop (« Time Creases ») alternatives. Perrudin accompagne ses chants de constructions rythmiques variées aux accents world music : riffs joués à la guitare (« Black Light »), motifs rythmiques égrenés par la harpe (« Meaning »), leitmotiv percussifs (« Le Nerf de la Guerre »), ostinato (« Cruauté »), pédales (« Utempia »), cellules répétitives (« Je n’oublie Personne »), boucles entraînantes (« Time Thieves »)...

Tempus est comme un recueil de poèmes intimes, autant de réflexions sur le temps qu'on ne prend plus...

 

Le disque 
 
Tempus 
Laura Perrudin
Laura Perrudin (harp, g, voc).
BMC Records - BMC CD 353
Sortie le 23 janvier 2026

Liste des morceaux

 
01. « Utempia » (4:48).
02. « Reverse » (3:14).
03. « Time Creases » (4:30).
04. « Le Point du Temps » (3:59).
05. « Cruauté » (4:28).
06. « Time Thieves » (3:36).
07. « Black Light » (4:57).
08. « See » (3:55).
09. « La Lie » (3:32).
10. « Le Nerf de la Guerre » (3:44).
11. « Rhinocéros » (3:51).
12. « Je n’oublie Personne » (2:39).
13. « Meaning » (4:12).
14. « C’est vous qui passez » (3:10).

Tous les morceaux sont signés Perrudin.



16 mars 2018

Triopolycordes 3

Créé en 1995, le Triopolycordes est unique en son genre : harpe, mandoline et guitare, trois instruments à cordes pincées… Florentin Calvo et Jean-Marc Zvellenreuther ont d’abord été associés à Isabelle Daups, remplacée en 2008 par Sandrine Chatron.

Le Triopolycordes publie son premier disque – Volume 1 – en 2000, puis un Volume 2 en 2003, suivi, en 2017, d’In Memoriam Frédérick Martin, hommage au compositeur disparu l’année d’avant. Le quatrième opus, Volume 3, sort en janvier 2018, toujours chez La Follia Madrigal. Le trio invite la mezzo-soprano Mareike Schelenberger sur deux morceaux.

Le répertoire du disque comprend cinq pièces composées spécialement pour le trio : « Une pincée de ciel » par le compositeur grec Alexandros Markeas, « TCP 17 » de Bruno Giner, « Sixty-One Ropes Shibari » de Sylvain Kassap, et deux œuvres autour de textes écrits par José Tono Martinez : « Tres cantos a Pandora » du compositeur argentin Luis Naón et « La caja de Pandora » de Michèle Reverdy.

Avec ses ostinatos et ses motifs qui s’imbriquent et se développent en boucle, « Une pincée de ciel » rappelle ça-et-là la musique minimaliste répétitive. Les tableaux se succèdent, tantôt sautillants, tantôt sombres, sous forme de questions – réponses ou de superposition des différentes parties. Dans les « Tres cantos a Pandora », la voix typiquement lyrique et puissante de Schellenberger se mêle aux cordes. Tandis que dans les chants numérotés trois et neuf les lignes évoluent plutôt en parallèle, dans le numéro cinq, elles dialoguent pendant que Naón déclame un poème de Martinez. Avec sa pédale, ses échanges rythmiques, ses jeux de bruitages, proches de la musique concrète, et ses fulgurances, « TCP 17 » pétille. Le « Sixty-One Ropes Shibari » de Kassap, qui pourrait se traduire par « soixante et une cordes attachées », rend hommage aux instruments du Triopolycordes. D’abord minimaliste, le morceau assemble ensuite des motifs mélodiques et rythmiques. Schellenberger retrouve le trio pour « La caja de Pandora », une pièce mélodieuse qui évoque un lied, avec quelques digressions rythmiques.

Le troisième opus du Triopolycordes est résolument ancré dans la musique contemporaine, avec des différences flagrantes par rapport au jazz, même d’avant-garde : les sonorités semblent plus polies, les intonations sont généralement très droites, les développements paraissent davantage contrôlés, avec moins d’aspérités, l’architecture des morceaux prime sur l’expressivité et l’approche du rythme est souvent rectiligne, sans cette pulsation si caractéristique du jazz. Une expérience intéressante qui ouvre les oreilles à d’autres mondes sonores.

Le disque

Triopolycordes 3
Sandrine Chatron (harpe), Florentino Calvo (mandoline) et Jean-Marc Zvellenreuther (g), avec Mareike Schellenberger (voc)
La Follia Madrigal – LFM 17091
Sortie en janvier 2018

Liste des morceaux

01.  « Une pincée de ciel », Markeas (10:38).
02.  « Tres cantos a Pandora, III », Naón (3:56).                  
03.  « Tres cantos a Pandora, V », Naón (9:36).                   
04. « Tres cantos a Pandora, IX », Naón (3:47).                  
05. « TCP 17 », Giner (9:33).            
06. « Sixty-One Ropes Shibari », Kassap (10:09).
07. « La caja de Pandora », Reverdy & Martínez (10:55).

12 mars 2019

Sons d'hiver - Partie III


Théâtre Antoine Vitez – Ivry-sur-Seine
Mardi 19 février 2019

Interzone – Kan Ya Ma Kan

Le guitariste Serge Teyssot-Gay et le joueur d’oud et chanteur syrien Khaled Aljaramani ont monté Interzone en 2002. Kan Ya Ma Kan est sorti en février 2019 sur le label Intervalle Triton, créé par Teyssot-Gay. Il s’agit du quatrième disque du duo après Interzone (2005), Deuxième jour (2006) et Waiting For Spring (2013).

Exilé en France en 2011, au début de la révolution syrienne, Aljaramani s’est fait connaître avec Interzone, bien sûr, mais aussi son ensemble Bab Assalam. Si la carrière musicale de Teyssot-Gay est indissociable de Noir Désir qu’il a cofondé en 1980 et avec lequel il est resté jusqu’en 2003, date de la dissolution du groupe, il ne faut pas oublier non plus son duo Trans avec Joëlle Léandre, ses projets avec Mike Ladd et Marc Nammour ou encore ses collaborations avec Médéric Collignon, Akosh S…
Le concert reprend sept morceaux du répertoire de Kan Ya Ma Kan et « Sounounou » tiré de Deuxième jour. Les morceaux se structurent la plupart du temps autour d’un riff joué alternativement par la guitare et l’oud, sur lequel le deuxième instrument, ou la voix grave et chaude d’Aljaramani, développe le thème, souvent mélodieux. Un bourdon lointain à la guitare accompagne une mélodie orientale exposée à l’oud : « Hala Hala Haïa » est un chant de caravaniers puissant. Inspiré par une poésie soufie, « Ivresse » commence avec majesté sur un chant lent et doux, puis la guitare se laisse emporter par « un rock du monde » tandis que l’oud égrène un motif entraînant. Les effets électro aériens de la guitare contrastent avec la sonorité acoustique de l’oud qui joue avec les gymnopédies dans « Erik Satie ». L’extrême orient s’invite dans la jolie mélodie du « Paradis perdu » qui s’envole dans des échanges de contrepoints virevoltants. Porté par une succession d’unissons et de contre-chants véloces, « Sounounou » est particulièrement entraînant. « Fête d’adieu » est mélancolique comme il se doit, Tesyssot-Gay et Aljaramani jouent sur la complémentarité des timbres électriques et acoustiques pour rajouter du mystère. Un riff entêtant, des accents extrême-orientaux et des trémolos rythmiques accompagnent l’« Aller-retour ». Quant au « Tapis volant », il décolle brutalement avec la guitare qui emprunte des chemins rocks sur les accords arpégés et les motifs staccato de l’oud. En bis, Teyssot-Gay reste minimaliste, tandis que la voix d’Aljaramani s’élève comme une complainte, avant un final puissant à l’unisson

Interzone ne se contente pas d’être un énième duo qui surfe sur la vague de la World Music, mais instaure un dialogue authentique et convaincant entre une guitare électrique, un oud et une voix, nourri de rock, de jazz et de musiques traditionnelles.




Maâlem Mokhtar Gania, Jamie Saft, Adam Rudolph et Hamid Drake

Cela fait près de vingt ans qu’Hamid Drake est un fidèle de Sons d’hiver… Pour l’édition 2019, il a monté avec Maâlem Mokhtar Gania un quartet pour explorer la musique gnaoua, qu’il propose au  théâtre d’Ivry-sur-Seine.

Dès 1978  Drake joue au sein de The Mandingo Griot Society, l’un des groupes-pionniers de la World Music, cofondé par le musicien ghanéen Jali Foday Musa Suso et le percussionniste Adam Rudolph (avec Joseph Thomas à la contrebasse et, en invité, Don Cherry), lui aussi grand amateur de musique tagnaouite. Gania est issue d’une longue tradition de maâlem d’Essaouira : son grand-père, Ba Massoud, son père, Boubker, et son frère, Mahmoud, furent des figures emblématiques de la musique gnaoua. Outre ses nombreuses formations, Gania s’est également produit avec Bill Laswell. Quant au quatrième larron, le claviériste Jamie Saft, il est évidemment connu pour son association aux projets de John Zorn et à Tzadik, mais sa versatilité lui permet de jouer aussi bien avec Dave Douglas, Bobby Previte, Steve Swallow, Joe McPhee… que les B52’s, Beastie Boys et autre Bad Brains.


La musique gnaoua est essentiellement rythmique et, instrumentation aidant, le quartet s’en donne à cœur joie. La construction des morceaux suit peu ou prou le même schéma : le guembri lance un riff qui détermine l’atmosphère du thème, la batterie et les congas lui emboîtent le pas dans une polyrythmie luxuriante et hypnotique, les claviers soulignent les rythmes par des séries d’accords minimalistes et la voix, entre scansion et chant, suit également la structure du riff, quasiment comme une psalmodie. Chaque pièce atteint rapidement son altitude de croisière, intense et nerveuse, avec peu de variations de volumes et de tempo – à part quelques accélérations virtuoses. Aux multiples contrepoints, unissons et autres boucles rythmiques qui mettent du piment dans la musique du quartet, s’ajoutent des percussions diverses : Drake délaisse sa charleston pour un bendir et Rudolph ses congas pour un cajon ou des percussions et instruments divers (une flûte en bambou, un triangle, une sanza…).

Le quartet joue une forme de musique répétitive, dans laquelle, tel un kaléidoscope, les cellules rythmiques se combinent dans des motifs qui invitent à la transe.



Théâtre Paul Eeluard – Choisy-le-Roi
Mercredi 20 février 2019

Naïssam Jalal & Nanda Mohammad

Déjà présente à Sons d’hiver en 2014 avec son quintet Rhythms of Resistance (Osloob Ayati – 2015 et Almot Wala Almazala – 2016) et en 2018 avec le quartet Quest of the Invisible, Naïssam Jalal présente un nouveau projet autour de l’œuvre du poète égyptien Amal Donkol.

Sur une mise en scène sobre (deux tabourets et une poursuite douce) d’Ahmed El Attar (The Last Supper, Avant la révolution, Mama…), Jalal illustre les poèmes déclamés en arabe par l’actrice syrienne Nanda Mohammad. Une traduction des vers est projetée sur un écran et les poèmes ont été rassemblés dans un livret remis aux spectateurs.


Debout, immobile, sans fioriture, ni gestuelle, Mohammad lit les textes d’une voix légèrement rauque, avec une diction claire et un ton solennel. Les volutes sinueuses de la flûte traversière, ponctuées de sauts d’intervalles, font la transition entre le « Fragment du livre de la mort » et l’« Entretien avec le fils de Noé ». Pour introduire le douloureux « Ne te réconcilie pas », Jalal passe au nay, avec une mélodie fragile aux accents moyen-orientaux, traversées d’envolées stridentes. Des vocalises sourdes et sombres viennent ensuite renforcer la gravité de la voix, avant qu’un chorus de flûte endiablé et dramatique, parsemé de souffles, de cris et de jeux rythmiques, ne fasse monter la tension d’un cran supplémentaire. Le solo de Jalal qui conclut ce poème désespéré est particulièrement poignant, avec la voix qui s’intercale entre les phrases de la flûte. Dans « Les dernières paroles de Spartacus », les vocalises élégantes de Jalal accompagnent de nouveau la voix de Mohammad. Et pour conclure « La mort en tableau », Jalal joue un thème aérien au nay.

El Attar a placé ce spectacle sous le signe de l’espoir et veut avant tout faire passer « une agréable soirée poétique musicale »… Pari gagné. 


Nicole Mitchell’s Black Earth Ensemble
Mandorla Awakening II: Emerging Worlds

Que ce soit avec le Black Earth Ensemble (2005), Indigo Trio (2009), Michel Edelin (2010), Steve Coleman (2011), Denis Fournier (2013), Tortoise (2013), Sylvain Kassap (2015)… Nicole Mitchell est une habituée de Sons d’hiver…

Pour l’édition 2019, Mitchell et son Black Earth Ensemble (vingt ans d’existence…) jouent le répertoire de Mandorla Awakening II: Emerging World, dont le disque est sorti en mai 2017. Pour l’occasion, la flûtiste réunit un nonette avec Avery R Young au chant, Kojiro Umezaki au shakuhachi (flûte en bambou), Mazz Swift au violon, Tomeka Reid au violoncelle et au banjo, Hélène Breschand à la harpe, Alex Wing à la guitare électrique, à l’oud et au thérémine, Tatsu Aoki à la contrebasse, au shamisen (luth à trois cordes) et au taiko (tambour), et Jovia Armstrong aux percussions.

Avec une telle instrumentation, les textures de la musique du Black Earth Ensemble ne peuvent qu’être inouïes. Mitchell décrit d’ailleurs son projet comme un creuset de contrastes : « Mandorla Awakening II confronte musicalement certaines de ces dualités, l’urbain vs le rural, l’ancien vs le moderne, l’acoustique vs l’électrique, et célèbre le dialogue musical interculturel ».


Une ambiance futuriste à base de claquements, bruitages, cliquètements, effets électro… laisse place à des envolées free, le tout sur une rythmique contrebasse et percussions charnelle et entraînante. Un dialogue entre le violoncelle et le shamisen, bientôt rejoints par la harpe et le violon, s’inscrit dans une veine contemporaine, tandis qu’un duo impressionniste de la flûte et du shakuhachi évoque la musique du début XXe. Le nonette se montre expressif du début à la fin de concert : des pizzicatos, phrases cristallines et autres notes piquées s’élèvent comme autant de cris d’oiseaux ; au taiko, grave et majestueux, répond un orchestre qui crisse, grince, gratte, couine… dans un délire bruitiste ! Les sons étranges du thérémine, tout droit sortis de la science-fiction, se frottent aux sonorités acoustiques du banjo, du shenizen, du violon, de la harpe… pendant que la flûte traversière swingue et que la guitare y va de son blues, sur une rythmique funky, dans un festival d’anachronismes réjouissants. Une ambiance méditative, quasi monacale, se mue petit à petit en une suite d’interactions contemporaines qui débouchent sur tournerie médiévale ! Quand la voix de Young s’en mêle, le Black Earth Ensemble revient davantage sur les sentiers traditionnels de la musique afro-américaine : un blues démonstratif, volontiers churchy, voire soul et même rock, souvent proche d’un prêche extatique, porté par le répons et les contrechants tendus de l’orchestre, sur une rythmique funky, dansante à souhait.

La luxuriance des timbres, la vivacité des rythmes, le foisonnement des échanges et la finesse des motifs mélodiques font de Mandorla Awakening II: Emerging Worlds un grand moment de fraternité musicale et donnent mille fois raison à la définition de Mitchell : « jazz is a gobalized african american freedom vehicle »…


Maison des Arts – Créteil
Vendredi 22 février 2019

Eve Risser Red Desert Orchestra – Eurythmia

Avec le trio En-corps, en compagnie de Benjamin Duboc et Edward Perraud, le Grand bazar en duo avec Antonin-tri Hoang, L’ensemble ensemble (Mari Kvien-Brunvoll, George Dumitriu, Kim Myhr et Toma Gouband) ou à la tête de ses Desert Orchestras (le White et le Red), Eve Risser fait partie de cette nouvelle génération d’artistes innovants en train de refaçonner le paysage musical.

Après Les deux versants se regardent (Clean Feed – 2016) du White Desert Orchestra, Risser se lance dans une nouvelle aventure avec le Red Desert Orchestra et deux programmes : Kogoba basigui avec le Kaladjula Band créé le 7 décembre 2018, et Eurtyhmia, avec le trio Bambara / Hié / Hié, créé à Sons d’hiver, le 22 février 2019.


Onze musiciens accompagnent la pianiste : à Antonin-Tri Hoang (saxophone alto, clarinettes et clavier) et Fanny Lasfargues (guitare basse) qui jouent également dans le White Desert Orchestra, s’ajoutent Sakina Abdou (saxophone ténor), Grégoire Tirtiaux (saxophone baryton), Nils Ostendorf (trompette et clavier), Matthias Müller (trombone), Tatiana Paris (guitare), Mélissa Hié (balafon et djembé), Ophélia Hié (balafon), Oumarou Bambara (djembe et goni) et Emmanuel Soarpa (batterie). Un orchestre de jazz et un trio de percussions africaines : l’instrumentation d’Eurythmia revient aux sources. André Schaeffner ne fait-il pas du balafon un précurseur du jazz (petit raccourci, mais bon…) ?

Tout commence dans la savane, à la nuit tombée… Un minimalisme bruitiste expressif évoque les rumeurs mystérieuses de la brousse : cliquetis, crissements, sonnailles, bruissements, sifflements, crécelles, notes et accords tenus, grésillements, souffles… Quelques esquisses de lignes mélodiques s’intercalent brièvement. Puis le mouvement s’amplifie, le rythme s’accélère, les percussions font monter la pression et, brutalement, le tapage mécanique d’une usine se substitue au brouhaha de la nuit… Après ce tableau expressionniste, l’orchestre joint ses voix à la puissance de frappe rythmique des balafons, djembés, batterie et autre guitare basse, pendant que le saxophone alto s’envole sous des cieux free. Les ostinatos s’imbriquent et les riffs entêtants des balafons plantent des décors hypnotiques – l’influence de la musique répétitive est palpable – avec les chœurs de l’orchestre en arrière-plan, tandis que la trompette claironne son discours, le saxophone baryton pousse un long barrissement (en souffle continu), le saxophone ténor étire son chant, le piano alterne jeu dans les cordes, clusters et ébauches mélodiques…

Eurythmia porte bien son titre : Risser et son Red Desert Orchestra développent en toute harmonie des combinaisons sonores, des structures polyrythmiques et des lignes mélodiques… mais sans laisser notre pouls indifférent !


Steve Coleman Natal Eclipse

Steve Coleman est déjà une légende : son collectif M’Base, ses Five Elements, son Council of Balance, ses Metrics et autres Mystic Rhythm Society ont marqué l’histoire de la musique. Coutumier de Sons d’hiver depuis les débuts, Coleman investit la Maison des Arts de Créteil avec Natal Eclipse – formation montée en 2015 – et le répertoire de Morphogenesis (2017). 

Aux côtés de Coleman, l’incontournable compagnon au long cours, Jonathan Finlayson (trompette), Greg Chudzik (contrebasse), présent sur le disque et récent membre du Council of Balance, Matt Mitchell (piano), également sur Morphogenesis, et quatre nouveaux venus : Roman Filiu (saxophne ténor), Mike McGinnis (clarinette), Henry Wang (violon) et Sylvaine Hélary (flûte).


L’octet est disposé en arc de cercle, avec le saxophone alto au centre, le trio  jazz à sa droite et le quatuor classique à sa gauche. Coleman, Mitchell et Chudzik ouvrent les débats sur des échanges chambristes élégants, bientôt soulignés par les contrepoints de Finlayson. Un jeu de questions-réponses s’engage ensuite entre le quatuor et le quartet… Le saxophone ténor enchaîne les cellules mélodico-rythmique, sur lesquelles rebondissent ses compagnons. Meneur de jeu accompli, Coleman distribue les motifs et organise les développements. Quelques courtes interventions de la trompette, du piano, du saxophone ténor, de la clarinette… s’intercalent au milieu des échanges polyphoniques. En l’absence de batterie, c’est la contrebasse, imperturbable, qui maintient la pulsation et la carrure du début la fin, souvent soutenue par le piano. Les voix se démultiplient, les motifs s’imbriquent les uns dans les autres, les phrases se superposent… dans des structures complexes, toujours lisibles. Avec un petit côté concerto de chambre pour saxophone alto, la musique de Natal Eclipse jette un pont entre la musique contemporaine et une tradition jazz héritée du bop, notamment les chorus de Mitchell, Finlayson, Filiu, voire Coleman. Sans doute pressé par le temps, le concert s’achève un peu en queue de poisson : Coleman commence à présenter les membres de l’orchestre puis, au moment de citer Filiu, il repart dans l’esquisse d’un morceau, qui sert d’arrière-plan à la nomination des autres musiciens, avant de conclure le concert, sans un salut collectif final, ni réponse au rappel…

Pas si loin des recherches « braxtoniennes », mais moins jusqu’au-boutistes, le versant classique de la musique de Coleman et de son Natal Eclipse est un labyrinthe sophistiqué parsemé de repères familiers qui le rendent captivant…

03 décembre 2014

A la découverte de… Alexis Avakian

Sorti du Conservatoire de Marseille, le saxophoniste Alexis Avakian s’installe à Paris en 2006, où il joue, entre autres, avec Franck Amsallem, Rémi Vignolo, Jean-Loup Longnon… La sortie d’un premier disque sous son nom, Digging Chami, en septembre 2014, est l’occasion de découvrir ce musicien...

La musique

A dix ans, j’ai commencé par apprendre à jouer du piano : pendant quatre ou cinq ans j’ai pris des cours avec un ami de la famille, jeune étudiant au conservatoire. Lorsqu’il a arrêté de donner des cours, je n’ai pas voulu continuer. Ensuite, j’ai eu envie de jouer de la guitare, mais plutôt du rock. Pendant quelques années, j’ai eu un professeur qui m’a vraiment passionné et motivé. Je pratiquais vraiment beaucoup et progressais assez vite. Puis ce professeur m’a présenté à l’un de ses amis, saxophoniste. J’ai essayé l’instrument et l’ai tout de suite adoré ! J’aimais particulièrement le fait de souffler avec le ventre... Le jazz, je l’ai découvert à l’adolescence, grâce à des amis… Précisons que ma mère est musicienne : elle joue du kanone, sorte de harpe que l’on pose sur les genoux, et interprète de la musique traditionnelle arménienne.

Après quelques années de saxophone, je suis rentré au Conservatoire de Marseille, dans la classe de jazz du tromboniste Philippe Renault. J’ai suivi le cursus en deux ans et en suis sorti avec un premier prix.

Les influences

Depuis que j’ai treize ans, j’adore Paco de Lucia ! Sinon, pêle-mêle, je citerais : Kenny Garrett, John Coltrane, Sonny Rollins, Igor Stravinsky, Chico Buarque, Thelonious Monk, Miles Davis, Roy Haynes, Jerry Bergonzi, Joe Lovano, Michael Brecker, Mark Turner, Walter Smith III, Ben Wendel, James Brown, Stan Getz, Dexter Gordon, Lester Young, Charlie Parker, Astor Piazzolla…


Alexis Avakian (c) Jérôme Micheletti
Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La musique des afro-américains, le blues, symbole de la liberté d’expression du peuple noir aux Etats-Unis, dès le début du XXe siècle, avec des personnalités hors du commun…

Pourquoi la passion du jazz ? C'est une musique tellement variée !

Où écouter du jazz ? En repeignant ton appartement…
Comment découvrir le jazz ? Ecouter Billie Holliday.

Une anecdote autour du jazz ? Quand Jean Longnon à gueulé « MERDE », lors d’un bœuf à Calvi, avec des musiciens free : Médéric Collignon, Laurent Dehors…




Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un aigle,
Si j’étais une fleur, je serais un lilas,
Si j’étais un fruit, je serais un pamplemousse,
Si j’étais une boisson, je serais un café,
Si j’étais un plat, je serais une pizza,
Si j’étais une lettre, je serais A,
Si j’étais un mot, je serais carrément,
Si j’étais un chiffre, je serais 5,
Si j’étais une couleur, je serais vert,
Si j’étais une note, je serais Ré.

Les bonheurs et regrets musicaux

Je suis heureux de Digging Chami et regrette de ne pas avoir vu Elvin Jones en concert…


Sur l’île déserte…

Quels disques ? Crecent de Coltrane fera l’affaire.

Quels livres ?  Le Château de Franz Kafka.

Quels films ? Cinema Paraiso…

Quelles peintures ? Egon Schiele.

Quels loisirs ? Le Ju-jitsu, le VTT, la course à pied et, peut-être, le saxophone….

Les projets

Enregistrer encore ! J’ai pas mal d’autres morceaux… Mais aussi jouer en concerts, pour faire évoluer la musique de Digging Chami. Et pourquoi pas un hommage à Coltrane avec un orchestre arménien ?...

Trois vœux…

1.    J’aimerais continuer à jouer longtemps et progresser encore…
2.    Que la situation du monde s’améliore : plus de guerres, plus de pauvreté et du respect pour l’environnement.
3.    Le bonheur des gens que j’aime.