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26 décembre 2018

Amour et peinture en musique à La Dynamo…


Double plateau de haut vol le vendredi 7 décembre 2018 : Hymnes à l’amour et Characters On A Wall se partagent la scène de La Dynamo.


Hymnes à l’amour
Christophe Monniot & Didier Ithursarry

Voilà plus de dix ans que Christophe Monniot et Didier Hithursarry jouent ensemble, avec l’altiste Guillaume Roy, au sein du trio Station Mir. En 2017 ils décident de monter un duo et sortent Hymnes à l’amour chez ONJ Records, le 16 novembre 2018. Le concert de La Dynamo est l’occasion de célébrer ce disque.

Le répertoire du disque comprend trois thèmes signés Monniot (« Biguine pour Sushi », « Soso » et « Nadir’s »), une composition d’Ithursarry (« Est »), le célébrissime paso doble de Pascual Marquina Narro, « España cañi », l’immortel « Sophisticated Lady » de Duke Ellington, la valse « Passion » de Tony Murena et le cantique « Il est un fleuve ». Pendant le concert, le duo reprend six des huit morceaux des Hymnes à l’amour, « Forçat » d’Ithursarry et « Indifférence » de Murena. Comme le souligne Monniot avec humour : « on va faire des hymnes à des gens vivants… On va dédier des morceaux à des gens qu’on aime, encore en vie… Parce que les morts, finalement on s’est aperçu que quand on leur dédie un morceau, ça ne leur fait ni chaud, ni froid… ». Monniot rend donc hommage à sa mère, son père, Gilles et John, Sushi…

Monniot et Ithursarry abordent les Hymnes à l’amour sous un angle plutôt free, moins dansant que le Blow Up (1997) de Michel Portal et Richard Galliano et moins mélodieux que la Belle époque (2014) d’Emile Parisien et de Vincent Peirani, deux autre fameux duos accordéon – saxophones (et clarinettes pour Portal). 

Les deux artistes se réapproprient les thèmes avec originalité, comme « Summertime », base de « Soso » et également cité dans « Est », « Nadir’s », librement inspiré de « La romance de Nadir », tiré des Pêcheurs de perles, un opéra de Georges Bizet, composé en 1863, ou les valses musettes qui sont passées à la moulinette free… Cette relecture personnelle des mélodies sert de socle à des variations denses. Les développements vifs (« Biguine pour Sushi ») sont portés par des accords puissants de l’accordéon (« Soso »), des ostinatos sombres (« Nadir’s ») ou des phrases virevoltantes du soprano (air médiéval), qui partent souvent en embardées (« Est »). Les dialogues nerveux entre les deux musiciens (« Passion »), enrichis de dissonances dans l’esprit de la musique contemporaine (« Indifférence »), voire du début vingtième (« Soso »), la polyphonie de l’accordéon et les claquements rythmiques des clés du saxophone alto (« Forçat »), les nappes de sons et autres textures sonores épaisses jouées par le piano à bretelles (« Est ») viennent également ajouter du piquant aux propos des deux artistes.

Avec Ithursarry et Monniot le laisser-aller n’a pas sa place et leurs Hymnes à l’amour ne riment pas avec glamour ! Pour des romances mièvres, il faut aller écouter ailleurs : la musique du duo pétille d’intelligence, de réparties et de tonus.




Characters On A Wall
Louis Sclavis



En 2002 Louis Sclavis enregistre Napoli’s Walls avec Vinvent Courtois au violoncelle, Médéric Collignon à la trompette de poche et Hasse Poulsen à la guitare. Le disque est inspiré par les œuvres qu’Ernest Pignon-Ernest a placardées sur les murs de Naples. Avec Characters On A Wall, le clarinettiste a décidé de prolonger ce travail en illustrant neuf installations de l’artiste urbain : Paolo Pasolini à Rome, Mahmoud Darwich à Ramallah, Jean Genet à Brest…



Pour ce projet Sclavis s’entoure du trio avec qui il a créé Loin dans les terres (Intuition Records – 2017) : Benjamin Moussay au piano, Sarah Murcia à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie.


« Jean Genet à Brest » reflète assez bien l’esprit de la musique du quartet : une introduction foisonnante à quatre laisse la place à un rythme solide, servi par une contrebasse imposante et une batterie touffue, sur lequel se promènent les lignes de la clarinette, sinueuses, mais parsemées d’aspérités, et soutenues par les contre-chants du piano. Avant le rappel final du thème, le trio piano – contrebasse – batterie se lance dans des échanges contemporains tendus. « Darwich dans la ville » fait la part belle aux tambours de Lavergne, à des passes d’armes heurtées entre Sclavis et Murcia, et aux clusters de Moussay. Référence à des installations de Pignon-Ernest à Martigue, le thème de « La dame de Martigue » s’apparente davantage aux mélodies françaises du début vingtième, avec un déroulé élégant, des contrepoints subtils, un discours virtuose de la clarinette... La silouhette d’un homme flashée par l’explosion de la bombe atomique sur un mur d’Hiroshima a guidé Moussay pour « Shadows And Lines ». L’introduction du piano et de la contrebasse à l’archet est sombre, mais un riff de basse dansant, une batterie régulière et un piano musclé emmènent progressivement le trio vers un free intense, auquel se joint la clarinette. Avec ses rythmes en suspension, ses discussions croisées, sobres et élégantes, ses différents tableaux... « L’heure Pasolini » a des points communs avec une bande son cinématographique. La mélopée de « Prison », inspiré par le travail de Pignon-Ernest dans la prison Saint-Paul à Lyon, monte rapidement en tension, poussée par une batterie et une contrebasse puissantes et une gestion efficace du suspens, puis le morceau débouche sur un échange free luxuriant. En bis, le quartet joue « Extases », une évocation des dessins sur les grands mystiques que Pignon-Ernest a exposés dans les églises de Naples. C’est sur cette ode tout à fait « sclavisienne », d’un lyrisme moderne dans une lignée vingtièmiste, que se conclut le concert, en beauté.


Mélodies sophistiquées, harmonies modernes, rythmes charnels et sonorités chaleureuses, Characters On A Wall est enthousiasmant !

18 avril 2021

Hymnes à l’amour – Deuxième chance – Christophe Monniot et Didier Ithursarry

En novembre 2018,
Christophe Monniot et Didier Ithursarry sortent Hymnes à l’amour sur le label ONJ Records. Le duo poursuit l’aventure avec un nouvel opus sous-titré Deuxième chance, qui sort chez Emouvance en février 2021.

Ithursarry et Monniot changent évidemment de répertoire. Le duo propose quatre thèmes de l’accordéoniste, deux morceaux signés du saxophoniste et deux airs traditionnels, l’un, bulgare, et l’autre, basque.

L’amour, selon Ithursarry et Monniot, est tout sauf à l’eau de rose ! Même si plusieurs airs sont solennels, à l’instar de « Vetcherai Rado », « Lilia », « Une dernière danse ? » ou « Banako », le duo leur tord vite le coup pour s’envoler dans des développements tout à fait libres, constitués de dialogues élégants (« Une dernière danse ? »), d’échanges intenses (« East Side »), d’interactions dynamiques (« Pierre qui vole »), de conversations subtiles (« Oláh lá ») et de discussions tendues (« Banako »). Si l’accordéon a évidemment la responsabilité de maintenir la carrure (« East Side »), ses lignes d’accords entraînantes (« Oláh lá ») et ses phrases dansantes (« Dede ») répondent aux volutes de l’alto (« Lilia ») et aux embardées du sopranino (« Banako »). Les deux musiciens se connaissent tellement bien que leurs tête-à-tête coulent de source. Hymnes à l’amour trouve ses racines dans la musique française du vingtième (« Oláh lá »), le cinéma (« Dede »), la valse et les musiques populaires (« Pierre qui vole »), le free (« East Side »), voire la musique contemporaine (« Une dernière danse ? »).

Pour ceux qui auraient raté le prenier opus d’Hymnes à l’amour, cette Deuxième chance est à saisir au plus vite !

Le disque

Hymnes à l’amour
Christophe Monniot & Didier Ithursarry
Christophe Monniot (as, ss) et Didier Ithursarry (acc)
Emouvance – EMV 1044
Sortie le 26 février 2021

Liste des morceaux

01. « Vetcherai Rado », traditionnel bulgare (4:50).
02. « Dede », Ithursarry (7:08).
03. « East Side », Irhusarry (3:21).
04. « Lilia », Ithursarry (3:21).
05. « Pierre qui vole », Monniot (4:02).
06. « Banako », traditionnel basque (4:31).
07. « Oláh lá », Monniot (5:47).
08. « Une dernière danse ? », Ithursarry (6:36).

21 juin 2026

L'amour coule de source à l'Ermitage

Mercredi 17 juin 2026, le label Émouvance investit le Studio de l'Ermitage pour un double concert de lancement de disque : Silent Springs de Claude Tchamitchian et Vincent Lê Quang et Hymnes à l'amour <3 de Christophe Monniot et Didier Ithursarry.


Le programme de la soirée est alléchant : musiciens et professionnels du secteur sont venus en nombre, dont Bruno Angellini, Sophia Domancich, Andy Emler, Daniel Erdmann, Olivier Lété, Fabrice Martinez (co-directeur artistique du festival Les Émouvantes), Marc Perrone, Jean Rochard (auteur du texte du livret de Silent Springs)...

Silent Springs

Le concert commence par le duo Tchamitchian - Lê Quang, qui reprend six des sept morceaux de Silent Springs, en suivant l'ordre du disque. Seul « Guillaumos le grec » n'est pas interprété pendant la soirée, morceau déjà au répertoire de Naïri, album de Tchamitchian sorti en 2023 avec Catherine Delaunay et Pierrick Hardy.
 

Claude Tchamitchian - Studio de l'Ermitage - 17 juin 2026 © PLM


« Town At Dawn » se déroule paisiblement, comme le réveil d'une ville... Les phrases veloutées du saxophone ténor, à peine entrecoupées de quelques traits aigus, s'entortillent autour du riff grave de la contrebasse. Majestueuse et profonde, la contrebasse introduit « L'oiseau calme », morceau également au programme de Mythologies, quintet de Tchamitchian avec Martinez, Sakina Abdou, Christiane Bop et Christophe Marguet. Le saxophone soprano engage un dialogue délicat à base de questions-réponses dans un esprit proche de la musique classique. L'unisson de l'archet et du soprano, tel un cri, donne à « Appel » un aspect mystérieux, que renforcent les effets de technique étendue avec le souffle, les clés, les harmoniques et autres jets de notes. Comme le dit avec humour Lê Quang « après cet appel, dont on ne sait pas s'il est en PCV ou hors forfait... » place à « Katsounine », un standard de Tchamitchian au menu de Poetic Power, dès 2019, avec Monniot et Tom Rainey, mais aussi de Naïri. Sur un bourdon joué à l'archet, le saxophone ténor expose une mélodie nostalgique, puis, porté par un riff entêtant de la contrebasse, Lê Quang développe un discours aérien et vif. L'archet de Tchamitchian, émaillé d'accents moyen-orientaux, instille de la gravité dans « Katsounine », une suite en forme d'ode. « Les sources silencieuses », morceau-titre de l'album qui joue sur l'ambiguïté de Springs, printemps ou sources en anglais, porte bien sonr nom : la ligne sombre et imposante de la contrebasse soutient un air introspectif et lyrique, aux allures d'hymne. « Down By The Salley Gardens » conclut ce premier set. Le morceau signé Lê Quang est inspiré par un poème éponyme du prix Nobel William Butler Yeats, publié dans The Wanderings of Oisin and Other Poems en 1889. Le saxophoniste met au défi les spectateurs de réciter les vers sur la musique :

« C'est près de ce jardin fleuri que mon amour et moi nous sommes rencontrés pour la première fois.
Je l'ai prise dans mes bras et je l'ai couverte de doux baisers.
Elle m'a dit de prendre la vie avec légèreté, comme les feuilles tombent de l'arbre.
Mais moi, jeune et insouciant, je n'étais pas d'accord avec ma bien-aimée. »

Le saxophone soprano s'envole dans un chorus a capela tendu où montées et descentes côtoient des sauts d'intervalles. Quand la contrebasse le rejoint, le chant devient solennel. 
 
Vincent Lê Quang - Studio de l'Ermitage - 17 juin 2026 © PLM

La sonorité acoustique ample de la contrebasse et du saxophone ténor sert bien ce répertoire intimiste, qui évoque parfois Charles Lloyd pour sa sensibilité théâtrale.
 

Le disque

Silent Springs
Vincent Lê Quang & Claude Tchamitchian
Vincent Lê Quang (ss, ts) et Claude Tchamitchian (b)
Emouvance - emv 1052
Sortie le 19 juin 2026

Liste des morceaux

01. « Town At Dawn », Tchamitchian (07:32).
02. « L'oiseau calme », Tchamitchian (04:22).
03. « Appel », Lê Quang (05:48).
04. « Katsounine », Tchamitchian (12:38).
05. « Les sources silencieuses », Le Quang (04:06).
06. « Guillaumos le grec », Tchamitchian (06:18).
07. « Down By The Salley Gardens », Lê Quang (02:58).

Hymnes à l'amour <3

Monniot et Ithursarry prennent la suite pour leur troisième Hymnes à l'amour, après un premier opus en 2018 et une Deuxième chance en 2021. A l'instar de Tchamitchian et Lê Quang, le duo interprète les neuf morceaux du disque dans l'ordre.
 
Christophe Monniot - Studio de l'Ermitage - 17 juin 2026 © PLM

Chaque thème évoque une personne chère au duo. Exception qui confirme la règle, selon Monniot, c'est en pensant à eux que Charles Mingus a composé « Fables of Faubus »... Et comme il le note avec malice : « un détail qui a son importance, il avait les mêmes initiales que moi » ! Après un thème en suspension, l'accordéon assure une pulsation solide tandis que le saxophone alto part dans des digressions véloces de néo-bopper, parsemées de phrases de shouter et d'accents bluesy. Après cette grosse ambiance, « Guigui », écrit par Ithursarry pour Guillaume Saint-James, est une danse basque, un arin-arin particulièrement entraînant, qui mêle échanges folkloriques et free dans un joyeux cocktail syncopé. « Marco », hommage émouvant à Marc Perrone, part sur un développement nostalgique de l'accordéon, bientôt accompagné des contre-chants du saxophone sopranino, qui s'élance dans des fulgurances virtuoses, tout en contraste avec le lyrisme du « piano à bretelles ». La « Petite danse de la joie », offerte au festival d'Uzeste et à la Compagnie Lubat, s'apparente à une danse créole avec des motifs et accords enlevés de l'accordéon qui repondent au jeu heurté et débridé du saxophone sopranino. Evidemment composée pour Monniot, « La java du Cristobal » démarrre sur les chapeaux de roue sur un unisson ébouriffant de l'accordéon et du saxophoone alto, suivi d'un développement fougueux et dansant. Pour présenter « Kathelin Gray », morceau signé Ornette Coleman et Pat Metheny pour le disque Song X, publié en 1986, Monniot déclare qu'« en Normandie, nous avons deux héros : Guillaume Le Conquérant, qui a annexé l'Angleterre pour en faire un terrain de chasse aux lapins et de golf... et Charlie Dalin, qui a gagné deux fois le Vendée Globe, dont une fois avec un cancer, et qui vient de mourir jeudi dernier... » Sur le bourdon de l'accordéon, le saxophone déroule une mélodie lente aux contours dramatiques. Pour célébrer la mémoire d'Hermeto Pascoal, décédé le 13 septembre 2025, le duo joue « Bebê » en chœur à toute allure, sans jamais oublier de danser ! Le « Pie Jesu » de « Gabriel Fauréver », dixit Monniot, est interprété au pied de la lettre, en toute quiétude. Pour terminer, « Melting Teapot 1 », dédié aux seize chanteuses des Grandes Voix Bulgares qui avaient invité le saxophoniste pour une résidence au bord de la Mer Noire, est une course poursuite folklorique en apnée, interrompue par des dialogues échevelés et des bonds furieux !
 
Didier Ithursarry - Studio de l'Ermitage - 17 juin 2026 © PLM

Le duo Monniot - Ithursarry dépote, sans jamais tomber dans une facilité quelconque ! 
 

Le disque

Hymnes à l'amour <3
Christophe Monniot & Didier Ithursarry
Christophe Monniot (as, sso) et Didier Ithursarry (acc).
Emouvance - emv 1051
Sortie le 19 juin 2026

Liste des morceaux

01. « Fables Of Faubus », Charles Mingus (4:50).
02. « Guigui », Didier Ithursarry (3:57).
03. « Marco », Christophe Monniot (4:20).
04. « Petite danse de la joie », Christophe Monniot (5:45).
05. « La java du Cristobal », Didier Ithursarry (4:11).
06. « Kathelin Gray », Ornette Coleman & Pat Metheny (4:10).
07. « Bebê », Hermeto Pascoal (5:18).
08. « Pie Jesu », Gabriel Fauré (4:03).
09. « Melting Teapot 1 », Christophe Monniot (4:47).
10. « L'au revoir », Didier Ithursarry & Christophe Monniot (1:26).


30 septembre 2019

Que d’émotions au Studio de l’Ermitage !

Le 8 septembre 2019, dans le cadre de Jazz à la Villette, le Studio de l’Ermitage propose trois concerts  d’artistes qui gravitent autour d’Emouvance, label fondé par le contrebassiste Claude Tchamitchian.

Cette soirée est un avant-goût du festival Les Emouvantes, organisé par Tchamitchian du 18 au 21 septembre aux Bernardines, à Marseille, Au programme du Studio de l’Ermitage, les duos Christophe Monniot et Didier Ithurssary, puis Hélène Labarrière et Sylvain Kassap, et le quintet Ways Out avec Daniel Erdmann, Régis Huby, Rémi Charmasson, Tchamitchian et Christophe Marguet.


Christophe Monniot et Didier Ithursarry


Le 7 décembre 2018, à La Dynamo, Monniot et Ithursarry présentaient Hymnes à l’amour, sorti un mois avant chez ONJ Records. Le saxophoniste et l’accordéoniste sont de retour avec leur répertoire, hommage à des gens vivants, car, comme le dit Monniot : « c’est très bien de faire des hommages à des gens, mais on s’est aperçu que les hommages qu’on fait à des personnes mortes, en fait, ne leur font ni chaud, ni froid… Donc on s’est dit qu’on allait faire des hommages à des gens vivants »,

Monniot et Ithursarry s’emparent d’un hymne médiéval pour alterner des solos esthètes, mis en relief par les phrases sombres et étirées de l’accordéon. Les dialogues de la « Biguine pour Sushi » (pour le violoncelliste Atsuchi Sakaï...), délicieusement dissonants, parsemés d’envolées du saxophone sopranino et de motifs mélodico-rythmiques du piano à bretelle, évoquent la musique de chambre du début vingtième. « Forza » a des allures de chant révolutionnaire : les deux musiciens croisent leurs notes dans des assauts vifs et malins, soutenus par des ostinatos, coups de talons sur la scène et autres jeux rythmiques sur les clés. Tirée des Pêcheurs de perles de Georges Bizet, « La romance de Nadir » échappe à la langueur grâce aux pépiements du saxophone sopranino, saupoudrés d’accents orientaux ou bluesy, L’accordéon donne toute l’ampleur de son lyrisme et de son swingue dans la « Passion » de Tony Murena. Cette jolie valse, énergique et poignante, confirme la belle connivence qui existe entre les deux musiciens. Ce premier set s’achève sur « Est », morceau dense, entre musique contemporaine et free, porté par les riffs massifs d’Ithursarry et les éclats de Monniot.


Ce concert confirme une fois encore que « la musique du duo pétille d’intelligence, de réparties et de tonus ».,,


Hélène Labarrière et Sylvain Kassap

La contrebassiste et le clarinettiste jouent ensemble périodiquement depuis le début des années quatre-vingt dix, en orchestre (Strophes – 1998) ou en duo (Piccolo – 2001). Ils reviennent avec un nouveau répertoire, qu’ils ont prévu d’enregistrer sous peu.


Kassap introduit « Une cure d’inefficacité » avec un jeu étendu à la clarinette basse : notes profondes, vocalises, harmoniques… La musique contemporaine n’est pas loin. Les phrases agiles et puissantes de la contrebasse répondent aux questions abruptes de la clarinette. Nos « libertaires », comme l’écrit Télérama, enchaînent sur « La coda du début », un dialogue échevelé dans lequel la contrebasse et la clarinette se rendent coup pour coup sur un rythme chaloupé. Hommage à un petit garçon nommé Ferdinand et à un immense contrebassiste, Jean-Jacques Avenel, la pièce suivante commence avec Kassap et deux clarinettes en bouche... sur un martèlement profond de la contrebasse. Le morceau prend une tournure ethnique avec l’archet et la clarinette en mode sanza. Tour à tour fragiles, aériens et free, les formules de Kassap se superposent aux roulements graves et mélodieux de Labarrière. Quant à la « Clairière », elle oppose une clarinette heurtée et en suspension, à une contrebasse toute en économie. Un exercice de souffle continu attend Kassap dans l’« Asphyxie Climatique »… La contrebasse jongle entre des grondements sourds et des passages en walking rapide, pendant que la clarinette virevolte, le tout entrecoupé de reprises du thème à l’unisson. Le duo enchaîne ensuite « You » et « Jaurès », la chanson de Jacques Brel. C’est dans une ambiance solennelle et raffinée (l’archet n’y ait pas pour rien), avec des touches de musique contemporaine, que Labarrière et Kassap lancent ce morceau  tendu : contre-chants débridés, incursions free et effets rythmiques donnent la réplique à des phrases écorchées aux nuances bluesy, à la Ornette Coleman.


Labarrière et Kassap proposent de magnifiques et passionnantes conversations à la croisée du jazz et de la musique contemporaine.


Ways Out


En 2009 Tchamitchian monte Ways Out avec Huby, Chamasson et Marguet. Leur album éponyme sort en 2012 chez Abalone, label créé par Huby. Avec l’arrivée d’Erdmann, le quartet devient quintet et prépare un nouvel opus.


La suite « Ways Out » donne le ton : le violon commence par dérouler une belle ligne
mélodieuse, très cinématographique, sur un ostinato de la guitare et un motif rythmique régulier, aux accents rock progressifs. En arrière-plan la contrebasse joue en toute liberté, tantôt à l’unisson, tantôt en contrepoint. Dans cette ambiance presque psychédélique, le saxophone ténor fait son entrée, en douceur, tandis que la section rythmique s’épaissit pour finir dans une atmosphère noisy. Le deuxième mouvement s’appuie sur un riff de contrebasse, une batterie foisonnante et un saxophone ténor volontiers shouter free, tout comme le violon d’ailleurs. La troisième partie démarre sur un bourdon et se poursuit avec un mouvement aérien, qui devient hypnotique quand la contrebasse joue une pédale et que la batterie plante un rythme mat et sourd, avant que le quintet ne fasse de nouveau monter la tension jusqu’à l’explosion finale.

La rythmique entraînante et binaire, le riff de la contrebasse les phrases acérées et les accords tranchés de la guitare, les touches bluesy,… donnent un vernis rock à l’ « Île de verre ». Quand le saxophone ténor se joint à la rythmique, la pression s’accentue, renforcée par un chorus puissant du violon. Après un solo mélodieux et dansant de la contrebasse, soutenue efficacement par la batterie, cette deuxième suite s’achève sur un mouvement d’ensemble crescendo.


Siège de l’Église apostolique arménienne et lieu où sont gardées les huiles essentielles utilisées pour les baptêmes, « Etchmiadzin » est également le titre de la troisième suite de la soirée, qui démarre comme une marche majestueuse, portée par un bourdon, les roulements de la batterie, la respiration du saxophone ténor… Le morceau s’emballe et le discours néo-bop du saxophone ténor, pimenté de funk et de free, se détache sur une rythmique touffue, jusqu’à la tournerie finale.


Conclusion du concert, « Les promesses du vent » porte bien son titre : le cliquetis du violon en pizzicato, les bruissements de la batterie, le souffle du saxophone ténor… évoquent Zéphyr ! Dans un premier temps, la guitare et le ténor dialoguent sur les frappes sourdes de la batterie, plutôt dans un esprit musique contemporaine, puis les échanges partent dans tous les sens… Après une accalmie, le quintet repart dans une veine dansante rock avec le thème exposé à l’unisson, un chorus élégant de la batterie et une montée en puissance vers un climat underground intense. 


Combinaisons subtiles de rock progressif, musique contemporaine et jazz, Ways Out cherche clairement à ouvrir des voies vers des horizons émotionnels inouïs... 

24 mars 2019

Grands Formats sur les bords de Marne…


Depuis près de trente ans, le Centre Des Bords de Marne (CDBM) fait partie de ces lieux « amis du jazz »  qui programment de nombreux événements : la Nuit du jazz, la Biennale, une résidence – Jean-Marie Machado y est compositeur associé depuis 2010 – des concerts…

Le 14 mars 2019 le CDBM organise la Soirée Grands Formats, une fédération qui regroupe plus de quatre-vingt orchestres. Une fois n’est pas coutume, c’est un trio ui ouvre le bal, celui de Didier Ithursarry, suivi du Wanderlust Orchestra, dirigé par Ellinoa, puis de l’Ensemble Diagonal de Jean-Christophe Cholet.


Didier Ithursarry Trio

En 2018 Ithursarry forme un trio avec Joce Mienniel aux fûtes et Pierre Durand à la guitare. Pour le concert du CDBM, l’accordéoniste propose six morceaux de son cru, qui figurent au répertoire de l’album qui va sortir sous peu…

Les mélodies évoquent souvent des ritournelles folkloriques (« Forza ») tirées des quatre coins du monde – blues (« Gobi »), Brésil (« Forró Suite »), Mexique (« Mariachis For Aita »)… – et rendent hommage à des personnes qui comptent pour Ithursarry : les musiciens brésiliens Hermeto Pascoal, Dominguinhos et Sivuca (« Forró Suite »), sa maman (« Ama Song », ama signifie mère en basque), son papa (« Mariachis For Aita », aita signifie père en basque)…




Même si le trio glisse dans son discours des ingrédients tirés de différents genres musicaux – folk (« Forza »), blues (« Gobi »), extrême orient (« Ama Song »), rock (le quatrième morceau)… – le traitement des thèmes reste marqué par la musique de chambre contemporaine (« Ama Song »), avec un côté cinématographique (« Forró Suite ») et des développements particulièrement expressifs (« Gobi »). Des échanges dissonants (« Forza ») alternent avec des dialogues en contrepoints (« Ama Song »), des motifs à l’unisson (« Mariachis For Aita »), des superpositions de voix (« Forró Suite »)… Les morceaux sont pour la plupart vifs, voire sautillants (« Mariachis For Aita »), entraînés par un swing vigoureux, L’accordéon joue souvent le rôle d’un clavier, avec ces accents mélancoliques et ce lyrisme caractéristiques du piano à bretelles, tandis que les lignes d’accords et autres effets sonores de la guitare, associés au jeu de la flûte en technique étendue – souffle, cris, touches… – maintiennent la carrure, soulignent le rythme et renforcent l’expressionnisme du trio.

Dans la continuité de certains projets auxquels participe Ithursarry (Hymnes à l’amour, The Atomic Flonflons, Le bal perdu, Lua…), le trio façonne une musique savante à partir d’un matériau populaire… Vivement le disque !


Wanderlust Orchestra

Camille Durand, alias Ellinoa, monte le Wanderlust Orchestra en 2017 avec des musiciens venus de tous horizons, mais rencontrés pour la plupart aux Centre des Musiques Didier Lockwood. Elle compose le répertoire du premier disque éponyme de l’orchestre (Music Box Publishing – 2018) en s’inspirant de mots inuit, allemands, français, anglais, suédois, japonais… intraduisibles !

Outre Ellinoa, à la direction et au chant, le Wanderlust Orchestra est constitué de Sophie Rodriguez à la flûte, Balthazar Naturel au cor anglais, Illyes Ferfera au saxophone alto, Pierre Bernier aux saxophones ténor et soprano, Luca Spiler au trombone, Adélie Carrage et Anne Derrieumerlou aux violons, Hermine Péré-Lahaille à l’alto, Juliette Serrad au violoncelle, Matthis Pascaud à la guitare, Richard Poher au piano, Arthur Henn à la contrebasse, Gabriel Westphal à la batterie et Léo Danais aux percussions. L’orchestre reprend six pièces tirées du disque.

Tout commence par « Iktsuarpok », mot inuit qui décrit « une sensation d’attente effrénée », traduite musicalement par un thème puissant et une ambiance tendue, avec une voix lointaine, un orchestre nerveux et un chorus du cor anglais dans une veine classique. La sensation de solitude ressentie lors d’une ballade dans la nature, « Waldeinsamkeit » en allemand, est un mouvement calme, marqué par des textures sonores contrastées, avec les cordes acérées, le glockenspiel cristallin, la contrebasse boisée, le trombone velouté… « Dépaysement » s’articule autour de plusieurs tableaux : d’abord une introduction soulignée par les cordes en pizzicato, le glockenspiel minimaliste et une pédale du piano, puis une mélodie tranquille et un chorus de contrebasse vigoureux, qui laissent la place à un dialogue dynamique entre le piano et la voix, un solo de violoncelle solennel, un passage chambriste avec le quatuor et, après une intervention de la batterie aux balais, un final enlevé dans un style latino, porté par la flûte… Mot ourdou, « Goya » évoque la « suspension d’incrédulité » ou cette impression que le fictif est réel, et c’est au saxophone alto que revient la tâche de décrire cette sensation, à travers une mélodie étirée et intense. L’orchestre enchaîne sur un mouvement lent, comme une marche, souligné par la voix diaphane, un peu irréelle : c’est « Mångata », qui signifie « le reflet de la lune sur l’eau » en suédois… La guitare, d’abord aérienne, est rapidement propulsée sur une orbite rock par une section rythmique sur-vitaminée et un orchestre énergique. Le concert s’achève sur le morceau-titre, « Wanderlust », emblématique s’il en est car ce mot anglais peut se traduire par esprit d’aventure ou « appel du large »… Le développement du thème reste mélodieux, avec quelques touches romantiques, et dense.

Orchestre raffiné, le Wanderlust Orchestra peint des toiles sonores colorées et subtiles, mélodieuses et modernes.




Nights in Tunisia - Ensemble Diagonal

Créé à l’aube des années deux mille par Jean-Christophe Cholet, l’Ensemble Diagoanal explore les traditions musicales populaires de tous horizons : Alpes (Suite Alpestre avec le Vienna Art Orchestra de Mathias Rüegg – 1997), Angleterre et Irlande (English Sounds & Irish Suite – 2001), Europe de l’Est (Slavonic Tone – Altrisuoni – 2003), musique française du début vingtième (French Touch – Cristal Recors – 2009) et Maghreb avec Nights in Tunisia, dont le premier opus a été enregistré en 2011 pour Cristal Records.

L’Ensemble Diagonal est un orchestre à géométrie variable, mais le saxophoniste Vincent Mascart et le tromboniste Geoffroy de Masure font partie de l’aventure quasiment depuis le début. En revanche, la chanteuse Dorsaf Hamdani, le trompettiste Geoffroy Tamisier et le bassiste Linley Marthe ont rejoint l’orchestre pour le projet Nights in Tunisia. Dans ce deuxième programme présenté au CDBM, le violoniste Jasser Haj Youssef et le batteur Chandler Sarjoe cèdent leurs places à Iyadh Labbene et Karim Ziad.

L’Ensemble Diagonal joue huit morceaux composés par les membres de l’orchestre ou repris du folklore tunisien. Si Nights in Tunisia est évidemment un clin d’œil au standard que Dizzy Gillespie et Frank Paparelli ont composé en 1942, la parenté avec le be-bop n’est que lointaine… Qu’elles soient tirées de la tradition tunisienne (« Frag Ghzali » de la diva Saliha ou « Keb El Foulara ») ou signées de l’Ensemble Diagonal, les mélodies ont toutes des consonances orientales (« Hardi », « Safar »). Si les développements restent dans l’ambiance arabo-andalouse (« L’Imam attaque », « Hardi »), chaque soliste apporte sa touche personnelle : vocalises orientales d’Hamdani (« Frag Ghzali »), discours aérien de Tamisier (« L’Imam attaque »), envolées touffues de Mascart (« Andalousie »), lignes ébouriffées de Marthe (« Salamalik »), intermède gipsy de Labbene (« Frag Ghzali »), introduction debussyste de Cholet (« Keb El Foulara »), propos modernes de Masure (« Safar ») et escapades funky de Ziad (« Sidi Bou Said »). Sans oublier que Marthe et Ziad font danser les rythmes du début à la fin avec une vitalité contagieuse. L’octet joue si habilement avec les différentes textures sonores et la construction des voix qu’il sonne comme un grand format…

Les Nights in Tunisia de l’Ensemble Diagonal marient avec bonheur jazz et traditions musicales du Maghreb.


23 janvier 2019

ONJ Records… un label créatif !

Créé en partenariat avec L’Autre Distribution pendant le mandat d’Olivier Benoît, en 2014, le label ONJ Records publie les productions de l’Orchestre National de Jazz, mais aussi les projets des musiciens de l’orchestre, accompagnés par la Jazz Fabric pour leur diffusion et leur promotion.

Une ligne éditoriale orientée jazz contemporain ascendant free ou rock progressif et une identité visuelle sobre et élégante : pochette cartonnée en trois battants, photo ou dessin en pleine page, nom de la formation ou des musiciens et titre de l’album en haut à droite et le logo du label en haut à gauche… Pas de livret, sauf pour les disques de l’ONJ. A noter que l’ONJazz Records s’est mué en ONJ Records dès le troisième opus. Si les disques de l’ONJ sont identifiés par six numéros (424444, 434444…), en revanche ceux de la Jazz Fabric commencent par JF suivi de leur numéro d’ordre de publication. Le catalogue compte désormais quinze albums à découvrir absolument !


Petite Moutarde
Théo Ceccaldi
JF001
Post K
Jean Dousteyssier
JF002


Rebirth & Rebirth Reverse
Fabrice Martinez Chut !
JF003 et JF007
What If?
Hugues Mayot
JF004

Kankû
Alexandra Grimal
JF005
Palimpseste
Sylvain Daniel
JF006

Animal
Fidel Fourneyron
JF008