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15 novembre 2021

Voyageurs - Samuel Blaser & Marc Ducret

Créé en 1986, Jazzdor fait partie des Scènes de Musiques ACtuelles (SMAC) qui organise un festival automnal à Strasbourg, un festival estival à Berlin et, toute l’année, des concerts, master class, animations, résidences...

En 2014 Jazzdor lance le label Jazzdor Series. Les cinq premiers disques sont des enregistrements en concert, à Berlin ou à Strasbourg. Se succèdent Joëlle Léandre et Vincent Courtois (#1) et Magique (#2), avec Maggie Nicols, Denis Charolles et David Chevalier. Special Relativity (#3) - Heinz Sauer, Daniel Erdmann, Johannes Fink et Christophe Marguet - et Jean-Jacques Avenel solo (#4) sortent en 2015. QÖÖlp live at Kesselhaus (#5), avec Théo Ceccaldi, Valentin Ceccaldi, Ronny Graupe et Christian Lillinger, est publié en 2016. En 2017, La Symphonie Déjouée (#6) du Bernard Strubert Jazztet, est le premier enregistrement en studio du label. Après trois ans de pause, COVID aidant, le label revient avec pas moins de cinq disques, tous sortis en 2021 ! Au catalogue : Als das Kind Kind War (#7 - février 2021) du pianiste Grégory Ott, Tribute to an Imaginary Folk Band (#8 - mars 2021) de BedMakers - Robin Fincker, Mathieu Werchowski, Dave Kane et Fabien Duscombs -, Gentle Ghosts (#9 - juin 2021) du quartet de Benoît Delbecq, avec Mark Turner, John Hébert et Gerald Cleaver, Suite Anabasis (#10 - août 2021) de Dominique Pifarély en octet, et Voyageurs (#11), un duo de Samuel Blaser et Marc Ducret, qui sort le 15 octobre 2021.

Blaser, en compagnie de Pierre Favre ou Gerry Hemingway, et Ducret, aux côtés de Delbecq ou Liudas Mockunas, sont familiers des conversations à deux. L’exercice coule d’autant plus de source qu’ils jouent ensemble dans certaines de leurs formations respectives : Blaser dans Lady M et Ici, et Ducret dans The Samuel Blaser Trio. Pour Voyageurs, le tromboniste et le guitariste proposent huit morceaux de leur cru, trois chacun et deux cosignés.

Dès les deux premiers morceaux, « The Beekeeper » et « Des états lumineux », l’écriture des deux musiciens se marie à un tel point que Voyageurs pourrait être une suite en huit mouvements. Le tromboniste et le guitariste emploient tout un arsenal de techniques étendues qui rend leur musique particulièrement expressive, voire descriptive (« Accross The Mountain Forest » et sa nuée d’insectes...). La sourdine wawa (ou pas), le bourdon, les barrissements, les glissandos veloutés (ou pas), les esquisses mélodiques et les nappes sourdes de Blaser fusionnent avec les grattements, stridences, déflagrations, saturations, grésillements et autres malaxages sonores dont Ducret à le secret. Entre des questions-réponses montées sur ressorts (« The Beekeeper »), des courses-poursuites effrénées (« The Next Morning »), des contre-chants ludiques (« Des états lumineux ») et des échanges de lamentations (« Dans une certaine mesure »), Blaser et Ducret glissent des passages « mécanistes » (« The Next Morning »), bluesy (« Morse ») ou funèbres (« La vie sans toi »). Il y a un côté burlesque dans leurs dialogues piquants (« Morse ») et leurs discussions sont souvent très ludiques (« Des états lumineux »).

Vu les énergumènes, la surprise était forcément au rendez-vous ! Et des surprises de cet acabit, nous en redemandons !

Le disque

Voyageurs
Samuel Blaser & Marc Ducret
Samuel Blaser (tb) et Marc Ducret (g).
Jazzdor Series 11
Sortie le 15 octobre 2021

Liste des morceaux

01. « The Beekeeper », Blaser (04:50).
02. « Des états lumineux », Ducret ( 08:48).
03. « The Next Morning », Blaser (04:35).
04. « Dans une certaine mesure », Blaser & Ducret (04:11).
05. « Morse », Ducret (03:47).
06. « The Rain Only Drums at Night », Blaser (07:14).
07. « Across the Mountain Forest », Blaser & Ducret (03:58).
08. « La vie sans toi », Ducret (02:53).


01 mai 2015

Spring Rain

Spring Rain
Samuel Blaser Quartet
Whirlwind – WR4670

Samuel Blaser ne chôme pas : Spring Rain est le douzième disque sous son nom en sept ans ! Et le tromboniste de multiplier les combinaisons : le solo (Solo Bone – 2009 – Slam Productions), les duos avec Malcolm Braff (Yay – 2008 – Fresh Sound New Talent) ou Pierre Favre (Vol à voile – 2010 – Intakt Records), le trio avec Benoît Delbecq et Gerry Hemingway (Fourth Landscape – 2013 – Nuscope Recordings), le quintet codirigé avec Michael Bates (One From None – 2012 – Fresh Sound New Talent) et les quartets, qui restent sa configuration favorite. 

Avant que le piano de Russ Lossing ne fasse irruption dans le quartet, c’est la guitare qui complétait le trio trombone – contrebasse – batterie, avec d’abord Scott DuBois, Thomas Morgan à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie (7th Heaven – 2008 – Between The Lines), ensuite Todd Neufeld, Morgan et Tyshawn Sorey (Pieces Of Old Sky – 2009 – Clean Feed), puis Marc Ducret, Baenz Oester et Cleaver (Boundless en 2011 et At The Sea en 22012, chez Hatology). En parallèle, Blaser codirige avec Paul Motian un quartet, complété par Lossing et Morgan, pour revisiter le répertoire italien du dix-septième siècle (Consort In Motion – 2011 – Kind of Blue Records). Après le décès du batteur, en novembre 2011, Consort In Motion poursuit sa route et remonte au quatorzième siècle, avec la musique de Guilaume de Machaut (A Mirror To Machaut – 2013 – Songlines Recordings), mais en quintet : Joachim Badenhorst aux saxophones et clarinettes, Lossing aux claviers, Drew Gress à la contrebasse et Hemingway aux percussions.

Pour Spring Rain, Blaser s’entoure de Lossing, Gress et Cleaver. Le disque sort chez Whirlwind, label indépendant anglais monté en 2010 par le bassiste américain Michael Janisch.

Six des douze morceaux ont été écrits par Blaser. « Cry Want », « Scootin’ About » et « Trudgin’ » sont des thèmes de Jimmy Giuffre, « Temporarily » et « Jesus Maria » ont été composés par Carla Bley et «  Umbra » est co-signé Blaser et Lossing.

D’un dialogue minimaliste dans une veine musique contemporaine (« Cry Want ») à un échange de contrepoints énergiques et rebondissant (« Scootin’ About »), il est clair que Blaser et Lossing sont sur la même longueur d’onde. Fidèle à la tradition, Blaser utilise la panoplie des effets expressifs du trombone : growl, glissandos, notes doublées par la voix, grondements… (« Trippin’ »). Son jeu, entre jazz (« The First Snow ») et musique contemporaine (« Spring Rain ») s’inscrit dans la lignée de celui d’Albert Mangelsdorff, auquel il rend hommage avec « Missing Mark Suetterlyn » (titre inspiré des « Introducing Marc Suetterlyn » et « Marc Suetterlyn’s Boogie » de Mangelsdorff). Cette filiation est encore plus flagrante dans les solos a capella : les questions – réponses de « Trippin’ », parsemée d’humour et d’accents bluesy, opposent une sonorité éclatante et droite à un son dirty, le tout sur un rythme prenant. Dans Spring Rain, Lossing privilégie le piano, mais joue également avec ses claviers pour raidir l’atmosphère (« The First Snow ») ou, au contraire, l’adoucir, avec un timbre de vibraphone (« Trudgin’ »). Qu’il soit cristallin (« Missing Mark Suetterlyn »), monkien (« Temporarily »), dans les cordes (« Umbra »), minimaliste (« Trudgin’ »)… Lossing tend également vers la musique contemporaine. Avec Gress et Cleaver, Blaser a trouvé une paire rythmique, mélodieuse et entraînante, qui sert au mieux sa musique : beau son boisé (« Missing Mark Suetterlyn »), lignes profondes (« Trudgin’ »), ostinatos à l’archet (« Spring Rain ») et souplesse à toute épreuve (« Temporarily ») pour Gress ; foisonnement (« Missing Mark Suetterlyn »), crépitements (« Counterparts »), vitalité (« The First Snow ») et délicatesse aux balais (« Jesus Maria ») pour Cleaver.

Avec Spring Rain, Blaser reste dans une logique de musique à la croisée du jazz et de la musique contemporaine, inventive, et qui place clairement des jalons pour l’avenir…

20 octobre 2024

Our Way – Helveticus

En 2018, pour célébrer ses quatre-vingts ans, Daniel Humair forme Helveticus avec deux compatriotes suisses : Heiri Känzig à la contrebasse et Samuel Blaser au trombone. L’année suivante le trio se produit en concert à Lausanne avec Louis Sclavis en invité, puis, en 2020, ils publient 1291 chez Outnote Records. Quatre ans après, Helveticus reprend les chemins des studios pour Our Way, qui sort chez Blaser Music le 24 mai 2024.

Our Way propose un patchwork de treize courtes pièces : deux airs folkloriques suisses (« Mazurka » et « Träume der Liebe ») ; « Chara lingua della mamma », l’hymne de l’Engadine composé par Robert Cantieni ; « Tiger Rag », saucisson que l’ODJB a enregistré en 1917 ; le « Creole Love Call » de Duke Ellington, chanté par Adelaide Hall en 1927 ; deux standards de Thelonious Monk – « Jackie-Ing » dès 5 By Monk By 5 (1959) et « Bemsha Swing » de Brilliant Corner (1957) –, deux compositions d’Humair (« IRA » écrit pour Liberté Surveillée, en 2001, avec Marc Ducret, Bruno Chevillon et Ellery Eskelin, et « Geneveamalgame », joué pour la première fois en 2004 pendant Jazz à La Villette, avec George Garzone, Tony Malaby, Manu Codjia et Anthony Cox) ; deux morceaux de Blaser (« Root Beer Rag », interprété en 2022 avec Vincent Courtois et Chevillon, puis enregistré en 2023 sur Triple Dip, avec Russ Lossing et Billy Mintz, et « Hook », un inédit) ; plus une improvisation collective, « Heiri’s Idea ».

L’introduction mélodieuse de la contrebasse sur le frémissement des cymbales débouche sur l’exposé solennel d’« IRA », au trombone bouché. Après un développement dans une style musique de chambre moderne, le morceau se conclut sur des roulements martiaux qui accompagnent l’évocation « The Foggy Dew », cher aux révolutionnaires irlandais. « Jackie-Ing » commence en pointillés, avec une contrebasse fluide et sourde sur une batterie luxuriante, avant que Blaser ne réponde aux riffs, ou passages en walking, de Känzig et aux chabadas serrés d’Humair. Un chorus sinueux de la contrebasse laisse place au trombone a capella, pour un solo plein d’humour qui précède un final galopant. Après une entrée majestueuse aux timbales, les barrissements lointains du trombone et le motif cristallin de la contrebasse lancent « Mazurka ». Le trio fait preuve d’élégance : contrebasse boisée, ronde et solennelle, cymbales bouillonnantes, contrepoints chambristes subtils du trombone… « Heiri’s Idea » est un intermède construit autour d’un riff de contrebasse, de crépitements de la batterie et d’arabesques entraînantes du trombone. « Genevamalgame » met en sons une batterie puissante et foisonnante, une contrebasse qui fait gronder son archet et un trombone librement free (et oui ! C’est possible !). Le morceau s’envole ensuite dans un délire de walking et chabada véloces qui fusionnent avec les courbes agiles et pépiements free d’un trombone toujours en verve. « Chara lingua da la mamma », vu par Helveticus, s’apparente d’abord à une ode funèbre, qui se développe en ritournelle, à la foi nonchalante et dansante. Les roulements rapides de la batterie et la pédale de la basse accompagnent le trombone qui sautille d’une note de « Tiger Rag » à l’autre. Le trio déroule le thème avec malice sur une walking énergique et une batterie en roue libre. Comme son titre l’indique, « Warming Up » est un petit tour de chauffe free de Blaser sur les riffs gondants de Känzig et Humair. Place à une rythmique bluesy pour « Bemsha Swing », qui permet au trombone de s’envoler, sans pour autant oublier quelques clins d’œil ironiques à grand renfort de glissando. Le trombone brode un « Root Beer Rag » aérien sur une ligne de contrebasse régulière et des frappes de batterie en suspension. Après un « Hook » exposé à l’unisson, le trilogue part dans tous les sens, porté par une batterie touffue, une contrebasse à l’archet bourdonnant et un trombone qui caquette à qui mieux mieux. Le trombone bouché, les phrases épaisses et le rythme martelé de « Creole Love Call » rappellent le style jungle. Le trio joue le jeu du « vieux jazz », mais parsemé de traits amusants au goût du jour. Tandis que Känzig et Humair prennent leur temps, avec un zeste d’indolence, Blaser développe « Träume der Liebe » comme la bande son d’un western dans des grands espaces...

Our Way prouve que l’Homo Helveticus a bien sa manière à lui de raconter ses histoires : vivacité mélodique, impétuosité rythmique, vigueur sonore, interactions fougueuses et notes d’esprit spirituelles... Comme quoi la « narration abstraite » existe peut-être aussi en musique !


Le disque


Our Way
Helveticusts
Samuel Blaser (tb), Heiri Känzig (b) et Daniel Humair (dms).
Blaser Music – BM012CD
Sortie le 24 mai 2024


Liste des morceaux

01. « IRA », Daniel Humair (4:09).
02. « Jackie-Ing », Thelonious Monk (5:13).
03. « Mazurka », traditionnel suisse (5:25).
04. « Heiri’s Idea », Helveticus (2:31).
05. « Genevamalgame », Daniel Humair (8:06).
06. « Chara lingua da la mamma », Robert Cantieni (5:01).
07. « Tiger Rag », traditionnel (3:59).
08. « Warming up », Helveticus (2:33).
09. « Bemsha Swing », Thelonious Monk (2:59).
10. « Root Beer Rag », Samuel Blaser (3:09).
11. « Hook », Samuel Blaser (2:55).
12. « Creole Love Call », Duke Ellington (2:56).
13. « Träume der Liebe », traditionnel suisse (3:02).

04 février 2024

Ici au Comptoir

Depuis La Théorie du pilier, sorti en 1987, de l’eau a coulé dans la ria finistérienne de Marc Ducret. Le 7 mai 2023, chez Ayler Records, le musicien sort Ici, son vingt-deuxième opus, en compagnie d’un trio de choc : Samuel Blaser au trombone, Fabrice Martinez à la trompette, au bugle et au tuba, et Christophe Monniot aux saxophones sopranino, alto et baryton. Le quartet s’est produit sur la scène du Comptoir le 30 janvier 2024.

Ducret explique la genèse du projet. Juste avant les confinements, l’artiste se penchait sur la musique sérielle avec le Quatuor Béla pour une adaptation électrique de la Suite lyrique, qu’Alban Berg a composé entre 1925 et 1926. Mais en 2020, le covid sème un vent de panique dans le milieu de la création artistique (pas que…) : comment faire pour continuer à travailler ? « Puisqu’il est pour l’instant impossible d’aller jouer LÀ-BAS, faisons de la musique ICI ! » Ici, c’est en Bretagne, au bord d’un aber. Ducret y compose une suite en quatre mouvements tirés d’une même série, marquée par les saisons, la marée, le temps qui passe, le temps qui change… Pour l’interpréter, il fait appel à des compagnons de longue date : Monniot, avec qui il a enregistré en duo Le dernier tango (2022), et qu’il connaît depuis plus de vingt ans (Qui parle ? – 2003), puis Blaser et Martinez, actifs depuis une dizaine d’années dans ses projets, notamment Métatonal (2014) aux côtés de Bruno Chevillon et Eric Echampard, mais aussi Voyageurs (2021), un duo avec Blaser.

Christophe Monniot - Fabrice Martinez - Samuel Blaser - Marc Ducret © PLM

Le programme de la soirée reprend évidemment les quatre saisons selon Ducret, plus deux morceaux récents : « Chant / Son », repris du Dernier Tango, et « La vie sans toi », tiré de Voyageurs. Comme le fait remarquer Ducret avec humour : « on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre ». La suite commence donc logiquement par « L’été, ici », appât idéal pour attirer ses compères au fin fond de l’Armorique…

A l’image de chaque saison, « L’été, ici » n’est pas uniforme et les tableaux se succèdent, de notes égrenées en chœur aux lamentations du saxophone alto, sur un bourdon de guitare, en passant par des passages expressionnistes, des contrepoints touffus et sophistiqués, des dialogues pointillistes, un brouhaha organisé et des chorus pittoresques, avec la guitare et le trombone qui maintiennent un cadre rythmique clair… « L’été, ici » breton n’a rien d’un anticyclone statique ! « L’automne, ici » qui lui succède est abrupt et bondissant, porté par une fanfare sérielle entraînante. Sur une structure complexe d’enchevêtrements d’ostinato, suites d’accords et autres motifs groovy, le trombone et la trompette prennent des solos aussi éclatants que tendus. L’ambiance du choral solennel, quasiment baroque, qui clôt « L’automne, ici » donnerait presque raison à

Marc Ducret - Le Comptoir - Janvier 2024 © PLM
Francis Ponge quand il écrit que « tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide ». Avant de poursuivre avec les quatre saisons, le quartet joue « Chant / Son », resté instrumental puisque personne n’a voulu le chanter… Il faut dire que la mélodie tourmentée, les phrases dissonantes imbriquées, les envolées free du saxophone alto et les développements en zigzag n’ont rien d’une bergerade, et semblent mieux adaptés aux réflexions rock alternatif véloces du guitariste. Retour sur Terre avec « L’hiver, ici ». Tempête sur les cordes : Ducret tire des sons plus ténébreux les uns que les autres à l’aide d’objets placés sur une guitare posée à plat. Dans cette ambiance bourdonnante, les soufflants alternent cris et mélopées, interactions nerveuses et joutes débridées, dans un esprit que n’aurait pas renié Albert Ayler. Pour « Le printemps, ici », Ducret s’est inspiré de deux poèmes de Samuel Beckett. L’introduction étirée, la ligne majestueuse du tuba et l’élégant duo entre tuba et trombone renvoient à la musique de chambre. Les questions-réponses à bâton rompu et la vivacité des propos qui suivent évoquent davantage la bande-son d’un dessin-animé. Après un chorus de Ducret a capela, à la fois mélodieux, rapide et déchiré, « Le printemps, ici » se termine sur un mouvement d’ensemble délicat, porté par les contrepoints de la guitare, dans un climat chambriste vingtième. « Canon » et « La vie sans toi » concluent le concert. Ducret et Blaser croisent d’abord leurs notes à qui mieux mieux sur des unissons de Martinez et Monniot. Les idées fusent comme dans une table ronde, puis le morceau s’achève sur des traits mélancoliques de la trompette. En bis, le quartet reprend un extrait dansant de « L’automne, ici » et renoue avec son côté fanfare free.

Architecture millimétrée, sens de la narration spectaculaire et verve jubilatoire : Ici raconte le ciel, la mer, la nature, la terre… avec une justesse émouvante. Ducret, Blaser, Martinez et Monniot sont des conteurs nés !

 

Christophe Monniot - Fabrice Martinez - Samuel Blaser - Marc Ducret © PLM

 

Le disque

Ici
Marc Ducret
Christophe Monniot (ss, bs, as), Fabrice Martinez (tp, bg, tu), Samuel Blaser (tb) et Marc Ducret (g).
Ayler Records – aylCD-178
Sortie le 7 mai 2023

Liste des morceaux

01. « L'été, ici » (11:58).
02. « L'automne, ici » (08:02).
03. « L'hiver, ici » (09:10).
04. « Le printemps, ici » (10:28).

Tous les morceaux sont signés Ducret.

 

15 décembre 2024

Prismes à l’eau au Triton

Le 29 novembre 2024 Daniel Humair fête Prismes à l’eau au Triton. Le disque est sorti sur le label du club le 8 novembre 2024. Le batteur est entouré du trio avec qui il joue désormais depuis sept ans (Modern Art, Drum Thing) : Vincent Lê Quang aux saxophones ténor et soprano, et Stéphane Kerecki à la contrebasse. Ils ont invité le tromboniste Samuel Blaser, compatriote d’Humair et membre de son trio Helveticus depuis 2018 (Our Way).
 
Le Triton affiche complet ! Cinq des neuf thèmes proviennent du répertoire de Prismes à l’eau et les quatre autres sont tirés de projets plus anciens : « Jim Dine » repris de Modern Art (2017), « More Tuna », composé en 1998 par Joachim Kühn pour Triple Entente, leur trio avec Jean-François Jenny-Clark, « Mutinerie », signée Michel Portal et souvent interprétée par Humair (Liberté Surveillé en 2001, Seasoning en 2017 et Drum Thing en 2020), et « Genevamalgame », une composition d’Humair jouée d’abord en 2004 à Jazz à la Vilette, puis enregistrée dans Our Way (2024).

Après une introduction plaintive, « Jim Dine » est exposé à l’unisson sur une rythmique luxuriante, entrecoupé d’un intermède bluesy. Le trombone bouché, particulièrement expressif, dialogue avec la batterie et la contrebasse, tandis que le saxophone ténor alterne phrases bop et traits free. Construit sur une structure thème – solos – thèmes classique, « Jim Dine » est riche en événements... Lê Quang lance « More Tuna » a capela, avant de développer le thème avec vivacité, en compagnie de Blaser. Les échanges, intenses, s’appuient d’abord sur une batterie puissante et une contrebasse lancinante. Une walking et un chabada véloces ouvrent ensuite la voie au saxophone ténor pour prendre un solo dans l’esprit de Sonny Rollins, et au trombone pour broder dans une veine hard-bop. Composé par Kühn, « Salinas » évoque la musique de chambre : un thème énigmatique et entraînant, des questions-réponses élégantes, une rythmique expressive qui débouche sur une walking et un chabada ponctué de rim shot, et des chorus mélodieux, notamment celui de Kerecki, ample et musical. Comme l’explique Humair en s’amusant, « Give Me Eleven », coécrit avec Kühn, « est à onze temps… c’est à dire douze temps moins les taxes ! ». Le morceau balance du début à la fin. Après le thème, une complainte criarde, les tableaux s’enchaînent, d’abord des contrepoints de Lê Quang et Blaser, suivis d’envolées démonstratives et débridées du trombone sur des changements de tempo. Le chorus a capela du ténor, entre bop et free contrôlé, bientôt enveloppé par une rythmique dense, précède une conclusion bluesy. Humair annonce « Mutinerie » avec des roulements vigoureux et une charleston régulière. Le saxophone soprano, le trombone et la contrebasse embrayent à l’unisson. La mélodie, « ethnique », donne lieu à des variations intenses et compactes, avant que le décor ne change. Kerecki prend un solo monumental, accompagné par les balais subtils d’Humair. Joueur, Blaser les rejoint avec sa sourdine wah-wah. S’engage alors une course-poursuite entre walking et chabada virtuoses et trombone, qui alterne nonchalance et vivacité. Les volutes du soprano, accompagnées des roulements de la batterie et d’un ostinato de la contrebasse, replantent un décor ethnique. 
 
Daniel Humair, Vincent Lê Quang, Samuel Blaser & Stéphane Kerecki – Le Triton – Novembre 2024 © PLM

« Cavatina », composée par Stanley Myers pour la bande-son de Voyage au bout de l’enfer, film de Michael Cimino sorti en 1978, est une ballade tranquille et lyrique qui donne l’occasion au quartet de croiser leurs voix en toute quiétude. Après cet épisode calme, la tempête « Genevamalgame » emporte le saxophone ténor dans un tourbillon vif et bondissant, la contrebasse et la batterie dans une walking et chabada effrénés, et le trombone dans une tirade dynamique, avant la conclusion sur des riffs et autres caquètements facétieux. « Missing A Page », encore une pièce de Kühn, alterne unissons abrupts et discours étirés. Lê Quang part ensuite dans un duo ébouriffant avec Kerecki, à partir duquel la section rythmique relance une walking et un chabada déchaînés. Blaser et Humair poursuivent avec un duo en suspension qui aboutit à un climat bluesy, rapidement transformé en maelström free ! Les tableaux se suivent, mais ne se ressemblent pas ! Le concert s’achève sur un morceau composé par Humair et Lê Quang dans le TGV : « Abstract Bass Bone ». D’un thème-riff dansant surgit un mouvement d’ensemble touffu, porté par une rythmique violente et profonde, entre fanfare néo-orléanaise et hard-bop épais.

Le trio plus un propose un jazz franco-suisse énergique, piquant, malicieux, volubile... et savoureux comme un banquet de fondue et de poule au pot !
 

Le disque


Prismes à l’eau
Daniel Humair

Vincent Lê Quang (ts, ss), Stéphane Kerecki (b) et Daniel Humair (d), avec Samuel Blaser (tb).
Le Triton – TRI-24579
Sortie le 8 novembre 2024

Liste des morceaux

01. « New (amuse-bouche) », Stéphane Kerecki (00:48).
02. « For Flying Out Proud », Franco Ambrosetti (03:07).
03. « Lyria Inn », Daniel Humair & Vincent Lê Quang (04:03).
04. « Free 1 », (01:46).
05. « Give Me Eleven », Danie l Humair (05:16).
06. « Abstract Bass Bone » Daniel Humair et Vincent Lê Quang (03:29).
07. « Cavatine », Stanley Myers, (04:08).
08. « Free 2 « Dark Choc" », Daniel Blaser, et Vincent Lê Quang (06:13    
09. « Salinas », Joachim Khühn (03:23).
10. « Missing a Page », Joachim Khu (04:55).
11. « Drama Drome », Daniel Humair (04.26).
12. « Saint-Cyn-CYR », Stéphane Kerecji (03:18).
13. « Triple Hip Trip », Daniel Humair (04:14).
14. « New (Pousse-Café) », Stéphane Kerecki (00:52).

30 mars 2024

Soirée Daniel Humair au Triton

Le 16 mars 2024, Le Triton célèbre Daniel Humair, peintre et musicien, avec un vernissage à dix-huit heures trente et un concert à vingt heures trente. Le temps de profiter d’un délicieux dîner proposé par le chef Alain Chenard…

Côté peinture, une quinzaine de tableaux est disséminée sur les murs du restaurant. De format moyen, rectangulaires ou carrés, la plupart des tableaux sont peints sur papier marouflé collé sur toile. Le style d’Humair est reconnaissable entre tous. Des fonds souvent monochromes, mais jamais en aplat, plutôt rugueux, piqués, striés, tâchés… dans des couleurs plutôt vives, avec des bleus, des verts, des oranges… Et sur ces arrière-plans, des formes irrégulières se superposent, se jouxtent ou se croisent. Elles aussi sont colorées, avec ce même aspect brut que le fond. Leurs contours, clairement tracés, comme pour des vitraux, les mettent encore davantage en relief. Ces œuvres dégagent une impression de puissance, tant la matière est omniprésente.

Côté musique, le trio est dans la lignée de Modern Art (2017) et de Drum Thing (2020), avec Vincent Lê Quang aux saxophones ténor et soprano, et Christophe Hache à la contrebasse, qui remplace au pied levé Stéphane Kerecki. Sur Drum Thing le trio avait invité le trompettiste Yoann Loustalot. Pour le concert, c’est le tromboniste Samuel Blaser, compatriote d’Humair et membre de l’Heleveticus Trio (avec Heiri Känzig) qui se joint aux trois musiciens.

La soirée commence sur les chapeaux de roue avec « Jim Dine », une composition d’Humair dédiée à l’artiste américain et repris de Modern Art. Le déroulé du morceau reflète tout à fait l’esprit de la musique du plus Français des batteurs Suisse. Sur une batterie mate, sèche, furibonde, et une contrebasse carrée, saxophone et trombone mêlent leurs voix, entre lignes en pointillés, phrases étirées, questions-réponses sportives et contre-chants mordants. La rythmique, elle, alterne dialogues avec les soufflants et walking – chabada. Le tout, dans une ambiance dynamique à souhait !

« Genevamalgame » est un autre morceau d’Humair, d’abord joué en 2004 au festival Jazz à la Vilette, avec George Garzone et Tony Malaby aux saxophones ténors, Manu Codjia à la guitare et Anthony Cox à la contrebasse. Le morceau figure également au programme d’Our Way, de l’Helveticus Trio, dont la sortie est prévue en mai 2024. Après un démarrage majestueux – cymbales solennelles, pédale de basse, et bourdon ou riff du ténor et du trombone – la rythmique, qui ne tient pas longtemps en place, part au galop dans une walking et un chabada effrénés. Blaser et Lê Quang brodent au-dessus de cette atmosphère luxuriante, tantôt calmement, tantôt nerveusement, en solo ou à deux, mais toujours avec une tension sous-jacente. Le quartet termine sur un « quadrilogue » aux accents Africains, avant de conclure en mode fanfare néo-orléanaise free… 

Samuel Blaser - Christophe Hache - Vincent Lê Quang - Daniel Humair (c) PLM

Humair dédie le concert à Sylvain Luc, décédé beaucoup trop tôt, le 13 mars
2024. Le quartet interprète « Deborah etc. », librement inspiré du thème qu’Ennio Morricone a écrit pour Il était une fois l’Amérique. L’air, légèrement accroche-cœur, est exposé en contrepoints par le trombone et le ténor, lentement, comme une ode, sur une batterie cérémonieuse et une contrebasse grave. Le développement se base sur un dialogue tout en douceur entre Blaser et Lê Quang, porté par une rythmique légère et entraînante.

« More Tuna » de Joachim Kühn rappelle de bons vieux souvenirs, et le splendide disque Triple Entente, enregistré en 1998 avec le regretté Jean-François Jenny-Clark. Le chorus d’ouverture d’Humair sur les tambours est solaire ! Après une introduction en forme de contre-chants, le saxophone et le trombone exposent à l’unisson un thème-riff gaillard, dans une veine quasiment hard-bop. Soutenus par le foisonnement puissant d’Humair et la walking solide d’Hache, Blaser et Lê Quang prennent la poudre d’escampette pour rejoindre des contrées free, laissant juste la place pour une intervention mélodieuse de la contrebasse.

Daniel Humair - Le Triton - 16 mars 2024 (c) PLM

« Morceau tragique », comme le présente Humair, « Drama Drome » apparaît en 2003 sur Baby Boom, avec Matthieu Donarier, Christophe Monniot, Codjia et Sébastien Boisseau. Très cinégénique, propulsé par les balais et les motifs minimalistes de la contrebasse, qui prennent parfois des teintes bluesy, le saxophone et le trombone interagissent en toute intelligence, avec des constructions souvent proches de la musique contemporaine.


Autre réminiscence du passé, « Mutinerie » a été écrit en 1998 par Michel Portal (Dockings – Markus Stockhausen, Steve Swallow, Bruno Chevillon, Bojan Z et Joey Baron) et repris par Humair, en 2001 dans Liberté Surveillée (Ellery Eskelin, Marc Ducret et Chevillon), en 2017 dans Seasoning (Lê Quang, Emil Spanyi et Kerecki) et en 2020 dans Drum Thing. Entre la rythmique abrupte, véloce et musclée, l’unisson sur le thème-riff aux accents folk, les accélérations brutales, les variations de volume et les envolées free du trombone et du saxophone soprano, « Mutinerie » est un morceau particulièrement dense !

Vincent Lê Quang - Le Triton - 16 mars 2024 (c) PLM

En guise d’introduction de « High Society », marche écrite par Porter Steele en 1901, Humair, qui est d’humeur loquace, raconte sa découverte du jazz : « quand j’étais petit… A Genève… Ma Maman… Elle écoutait les Compagnons de la chanson avec Edith Piaf, « Les trois cloches » ... Une cloche sooonnneu, sooonnnneu… bon et cetera. Ensuite on s’est farci un disque épouvantable qui s’appelle « Y dit le cochon » dont je vous passerai les paroles un jour, et le troisième morceau, c’est un morceau de Charles Aznavour, et ça s’appelle « Le feutre taupé ». Donc ce n’est pas vraiment une éducation de jazz. Par contre, à douze ans, un petit camarade est arrivé avec un disque de jazz. Vous vous rendez compte, un septante huit tours, comme on dit en Suisse, de jazz et c’était « Royal Garden Blues » par Mezz Mezzrow, Bill Coleman, je crois, le trombone je ne suis pas sûr, le batteur était Zutty Singleton (1), que vous ne connaissez pas, mais qui était un très grand batteur et qui a fait partie de l’histoire du jazz. Donc à partir de ce moment là j’ai eu le virus et l’un des morceaux les plus connus de cette époque c’était « High Society », avec un solo réputé de clarinette d’Alfonse Picou. et c’était magique, tout le monde essayait de jouer le chorus d’Alfonse Picou. Et mes petits camarades et moi-même avons décidé d’assassiner pour une dernière fois « High Society ». Alors voici, des années où vos parents n’étaient pas nés, voici « High Society » »… Le quartet débute en mode fanfare tonitruante dans le style New Orleans. Que ce soit sur une walking et des chabadas ultra-rapides ou les quatre temps marqués vigoureusement, le trombone et le soprano passent de traits virtuoses joués à l’unisson à des contre-chants agiles, des courtes phrases fuguées, des échanges bluesy, des stop-chorus dixieland… Un jazz authentiquement libre !

Samuel Blaser - Le Triton - 16 mars 2024 (c) PLM

Comme le souligne Humair : « Une particularité dans ce groupe, c’est qu’il n’y a pas de liste ». Et les quatre musiciens de s’amuser en choisissant le morceau qu’ils vont jouer… Le choix se porte finalement sur « Drum Thing 2 » , repris du disque éponyme. Sur une rythmique toujours athlétique et touffue, le ténor et le trombone déploient avec inspiration un thème entre hard-bop et free, coloré d’un zeste de blues. Avant l’épilogue free, le solo massif d’Humair met en relief le poids des peaux et le choc des cymbales !

Retour dans le passé avec « For Flying Out Proud », signé du trompettiste Suisse Franco Ambrosetti. Ce morceau « que nous avions enregistré au XXe siècle avec Woody Shaw, Jon Faddis... Qui il y avait d’autre ?... Kenny Wheeler. Ça s’appelait Trumpetmachine ». Ce super groupe, dirigé par le pianiste George Gruntz, comptait également dans ses rangs les trompettistes Palle Mikkelborg et Mike Zwerin, et le contrebassiste Isla Eckinger. Le disque éponyme est sorti en 1978. Humair ne manque pas également de rappeler au public : « n’oubliez pas d’avoir une pensée pour notre ami qui est parti voir le blues ailleurs »… La mise en route de « For Flying Out Proud » évoque à nouveau un hard-bop trapu, rapide, virtuose… La rythmique exubérante met sous pression le ténor, qui rivalise d’ingéniosité et de célérité, et le trombone, qui attise les flammes et répond astucieusement à la contrebasse. La progression collective du quartet fait la part belle aux ruptures rythmiques, fluctuations sonores et autres jeux sur les timbres.

Christophe Hache - Le Triton - 16 mars 2024 (c) PLM
 

Suit « un morceau que je joue pour la première fois… que nous avons composé dans le TGV… Première classe parce qu’on n’est pas des rigolos… Et mon camarade Vincent Lê Quang est le nouveau chanteur… C’est une ballade… qui va vous apaiser l’esprit pour rentrer chez vous et regarder la télévision, pour voir des jeunes chanteurs et chanteuses vous chanter des belles choses, où la mélodie c’est [et de taper comme un sourd sur sa batterie]… Un batteur qui jouait très très bien, qui s’appelait André Arpino, avait dit que dans la musique d’aujourd’hui la mélodie était jouée par la grosse caisse… Nous allons vous jouer une vraie mélodie, comme dans le temps… Le temps de la blanquette de veau à l’ancienne… Ça s’appelle ?... » Et Blaser de répondre : « Les grilladines » (pas sûr de la phonétique). Un unisson majestueux, sur une contrebasse économe et des cymbales frémissantes, débouche sur une conversation paisible entre le saxophone et le trombone, soutenue par une polyrythmie entraînante. La montée en tension se fait progressivement, avivée par les envolées free du ténor.

Vincent Lê Quang - Samuel Blaser - Daniel Humair - Christophe Hache (c) PLM

Le concert s’achève sur une coda menée tambour battant par Humair, pendant que Blaser, Lê Quang et Hache exposent en boucle à l’unisson le « Jackie-Ing » de Thelonious Monk (au programme d’Our Way).

Une exposition de peintures captivante et un concert intense… Que vouloir de plus ? En tous cas, il se passe toujours quelque chose d’inouï dans l’univers d’Humair.

 

(1) Il s’agit peut-être de l’une de ces deux versions de « Royal Garden blues ».

* Mezzrow-Ladnier Quintet – « Royal Garden Blues » / « If You See Me Comin' » (Swing - 1938) : Mezz Mezzrow (cl), Tommy Ladnier (tp), Teddy Bunn (g), Geo. Pops Foster (b) et Manzie Johnson (d).

* Bill Coleman And His Swing Stars – Jazz A Pleyel N°1 (Swing – 1952) : Bill Coleman (tp, voc), Dickie Wells (tb), Guy Lafitte (cl, ts), Randy Downes (p), Alvin Banks (b) et Zutty Singleton (d).

 

22 novembre 2014

Mars 2011

Canto Negro – Henri Texier Nord-Sud Quintet

Depuis Amir, en 1975, que de pistes parcourues !  Henri Texier a promené sa contrebasse, ses compagnons, ses mélodies, ses rythmes… aux quatre coins d’un monde musical reconnaissable entre mille.
   Marque des grands (Duke Ellington, Charles Mingus, John Coltrane,Wayne Shorter…), Texier construit son œuvre avec des groupes stables, composés de musiciens choisis davantage pour la cohérence musicale de l’ensemble que pour une quelconque notoriété individuelle. Canto Negrorassemble donc trois compagnons habitués des enregistrements avec le contrebassiste : Sébastien Texier, au saxophone alto et à la clarinette, présent dès 1995 dans Mad Nomad(s), Manu Codjia à la guitare et Christophe Marguet à la batterie, tous les deux aux côtés du contrebassiste depuis (V)ivre, en 2004.
   Toujours prêt à jouer avec le nom de ses groupes - Azur, Sonjal, Mad Nomads, Respect, Strada, Red Route…- Texier a baptisé son nouveau groupe le Nord-Sud Quintet. Allusion évidente à l’axe Europe – Afrique, si chère au contrebassiste, mais aussi au nouveau venu qui se joint au « quartet historique » : Francesco Bearzatti . Ce saxophoniste ténor et clarinettiste basse venu d’Italie, dont on parle beaucoup en ce moment, vient de sortir le formidable X (Suite For Malcolm) avec sonTinissima 4tet. Son approche de la musique sans a priori – du free au rock en puisant, au passage, dans les musiques du monde et le jazz mainstream –  et son jeu, cocktail de lyrisme nerveux et de créativité explosive, se fondent à merveille dans l’univers de Texier.
   Autre marque de constance, tout à l’honneur de Texier : Label Bleu. En 1986, Michel Orier crée Label Bleu avec la Maison de la Culture d’Amiens et publie Paris-Batignolles, le premier disque de Texier pour ce label (suivront une quinzaine d’albums). Pourtant, en juillet 2007, après les difficultés financières qui ont contraint le successeur d’Orier, Pierre Walfisz, à démissionner, Label Bleu réduit la voilure au strict minimum (le site n’est même plus mis à jour) et finit par intégrer la Maison de la Culture d’Amiens. Ces mésaventures auraient pu décourager Texier, mais il n’en n’est rien : il a sorti sur le label Blue Wind Story (une compilation - 2008), Red Route Quartet (2009) et, aujourd’hui, Canto Negro, distribué par Sphinx Distribution .
   Deux autres acteurs sont désormais indissociables de l’œuvre de Texier : le photographe Guy Le Querrec , maître es-déclics et notes depuis près de trente ans, et Philippe Teissier du Cros, qui bichonne le son des albums du contrebassiste depuis Mad Nomad(s) (1995).
   Le Canto Negro s’articule autour de quinze chants, pour la plupart écrits par Texier (onze, dont un avec son fils : « Sueño canto »). Une habitude chez Texier : Bearzatti (« Bayou brume »), Codjia (« Tormentoso »), Marguet (« Tierra ocre ») et Sébastien Texier (« Rouge bayou ») interprètent chacun une courte pièce de leur cru. Dans Indian’s Week, Mad Nomad(s), Alerte à l’eau... ces « intermèdes » s’intercalent entre les morceaux et donnent aux albums des allures de suite, procédé qui n’est pas repris systématiquement dans Canto Negro.
   Volontiers lyrique et sinueux, le son soyeux du saxophone alto de Sébastien Texier est toujours aussi ensorcelant, et n’est pas sans rappeler celui d’Art Pepper (« Sombre jeudi »). Une sonorité veloutée, un phrasé souple, des idées claires et précises : Sébastien Texier reste tout aussi impressionnant à la clarinette. Au ténor comme à la clarinette basse, Bearzatti nage comme un poisson dans l'eau dans ces ambiances rock folk jazz du monde : il joue de sa virtuosité sans jamais se complaire dans la démonstration, place ses envolées débridées et ses sauts d’intervalles avec beaucoup d’à propos, sait jouer « sale » quand il faut et remplit son rôle d’équipier avec enthousiasme. La guitare de Codjia apporte une touche free-rock au quintet. Son sens des couleurs est un atout précieux pour Texier : le guitariste passe d’accords puissants, quasi Heavy Metal, à des lignes mélodiques douces, d’effets de saturation à des solos éthérés. La sonorité très électrique de Codjia tranche avec la sonorité acoustique des autres instruments : ce contraste apporte une touche de modernité dans le son du quintet. Toujours élégants, inspirés et mélodieux, les solos de Texier s’écoutent avec beaucoup de plaisir. Ses lignes de basse et autres motifs rythmiques, d’un groove contagieux, dynamisent le quintet et mettent en relief les qualités des solistes. Marguet est d'une subtilité parfaite : son drumming reste aérien en toutes circonstances, même dans les passages binaires. Une mise en place impeccable, un swing pétulant, des tambours grandioses, une polyrythmie limpide et une énergie à revendre : Marguet est en complète symbiose avec les idées musicales de Texier.
   Les traits caractéristiques de la musique de Texier marquent, bien entendu, ces « Black Songs » : évidence des mélodies (« Anda Compañeros »), clarté des constructions (« Ravine Gabouldin »), rythmes entrainants (« Tango Fangoso »), cohésion du groupe et modernité du son (alliage bien dosé d’acoustique et d’électrique - « Louisiana Dark Waters »). Dans la continuité de Mosaic Man (« Samba Loca »), d’Alerte à l’eau (« Mucho Calor ») etc. Canto Negro intègre des éléments de musique du monde (« Tango Fangoso »), mais aussi rock (« Louisiana Dark Waters », « Mucho calor ») et folk (« De nada »).
   Ce Canto Negro / Chant Noir, « hommage à tous ces grands musiciens et créateurs africains ou d’origine africaine qui ont tant apporté et pas seulement à la musique », est un éloge splendide et émouvant pour « se souvenir, se rappeler, rappeler, s’appeler, appeler en ces temps ou certains voudraient faire rimer négritude avec turpitude ».

01. « Anda companeros » (01:05).

02. « Tango fangoso » (05:29).
03. « Bayou brume », Bearzatti (01:29).
04. « Tierra ocre », Marguet (01:25).
05. « Louisiana Dark Waters » (04:45).
06. « Tormentoso », Codjia (01:51).
07. « Mucho calor » (6:27).
08. « Sombre jeudi » (04:26).
09. « Rouge bayou », Sébastien Texier (01:06).
10. « De nada » (05:18).
11. « Samba loca » (06:31).
12. « Nigerian Sad Waters » (04:09).
13. « Ravine gabouldin » (05:08).
14. « Manatee Blues » (03:07).
15. « Sueno canto »,  & Sébastien Texier (05:16).
Tous les thèmes sont signés  Texier, sauf indication contraire.
Les citations sont extraites du texte de la pochette, écrit par Henri Texier.

Piscine Molitor

A l’occasion des cinquante ans de la disparition de Boris Vian, en 2009, Christian Cailleaux et Hervé Bourhis ont publié une biographie dessinée : Piscine Molitor.

Après des études de lettres et de philosophie, Cailleaux rejoint l’École Nationale d’Art de Cergy. Les aventures d’Arthur Blanc-Nègre, inspirées de ses voyages en Afrique, sont ses premières bandes-dessinées, publiées chez Dargaud. De 2003 à 2005, il publie les trois volumes des Imposteurs, chez Casterman. En 2008, associé à l’acteur et écrivain Bernard Giraudeau, Cailleaux réalise une bande-dessinée consacrée à la vie de marin : R97, les hommes à terre. Passionné de musique, Bourhis s’est d’abord fait remarquer par Thomas ou le retour du Tabou, couronné par le prix Goscinny en 2002, puis le Petit livre rock, publié en 2007, chez Dargaud. Dessinateur et scénariste, Bourhis anime également des rubriques dans Spirou et Pilote, et travaille aussi pour le dessin animé.

Le scénario de Piscine Molitor est basé sur un long flash back : le 23 juin 1959, à 9:00, Vian, atteint d’une insuffisance aortique, va nager dans la piscine Molitor. Un regard dans la glace de la cabine de change et il voit son passé défiler. Les auteurs racontent la vie du musicien, écrivain, poète, chanteur, critique… dans l’ordre chronologique, avec des retours à la piscine Molitor, où Vian fait ses longueurs.

La biographie commence par l’évocation de la jeunesse de Vian à Landemer, dans le Cotentin, dans une famille soudée et heureuse. Vian reste profondément marqué par la ruine de son père : rentier jusque là, Paul Vian devient représentant de commerce pour le laboratoire d’homéopathie, l’Abbé Chaupitre. La famille doit déménager dans la maison du gardien et les « Fauvettes » sont louées à la famille Menuhin : c’est le début d’une longue amitié entre Yehudi et Boris. Cailleaux et Bourhis décrivent la passion de Vian pour le jazz. C’est au Cercle Legâteux, « société secrète culturelle », qu’il fait ses premières armes, avec son frère, guitariste. La cérémonie d’intronisation est pour le moins cocasse et la société s’est choisie Bix comme mot de passe. Une allusion à Bix Beiderbecke, trompettiste qui a marqué Vian, et dont il a d’ailleurs traduit la biographie romancée, écrite par Dorothy Baker (Le jeune homme à la trompette). Suivent ensuite les surprises-parties, les premiers émois amoureux, la débâcle, le refuge à Capbreton… Vian commence à consacrer la plupart de son temps à l’écriture et aux soirées de jazz. Il se lie d’amitié avec le Major –Jacques Loustalot – et Michelle Léglise, qui devient sa femme en 1941. Installé à Paris, Vian trouve un emploi alimentaire à l’AFNOR, mais « Bison Ravi » (anagramme de son nom) s’intéresse chaque jour d’avantage au jazz. A la libération, nouveau coup dur : son père est assassiné par les FFI. L’écume des jours assure à Vian un succès auprès du public et des intellectuels. C’est la grande époque de Saint-Germain-des-Prés avec Juliette Greco, Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau et… le jazz, au Tabou. La fin des années 40 et le début des années 50 sont des années noires pour Vian : en 1948, le Major meurt accidentellement ; en 1949, Michelle devient la maîtresse de Sartre et le couple divorce ; en 1950, Vian est condamné pour outrages aux mœurs à cause de J’irai cracher sur vos tombes, malgré les interventions d’André Berry et de Queneau… Censuré, lâché et poursuivi par le fisc, Vian vivote sous les toits de traductions diverses, soutenu par Pouche (surnom affectueux de sa mère). Heureusement, le jazz est là : les chroniques dans Jazz Hot, le Tabou, les concerts avec son frère Alain, la « trompinette », nom qu’il donnait à sa trompette de poche… Vian retrouve aussi la joie de vivre avec Ours, alias Ursula Kübler (danseuse, actrice et sœur du célèbre coureur cycliste suisse Ferdi), qu’il épouse en 1954. Cailleaux et Bourhis rappellent également les liens de Vian avec Saint-Tropez, qui n’était pas encore à la mode. Vient ensuite le scandale de la chanson « Monsieur le Président », huée par la foule, mais qui marque les esprits, notamment celui du jeune Serge Gainsbourg, pour qui cette chanson est une révélation. La fin de Piscine Molitor est un retour au 23 juin 1959 : Vian sort de la piscine et va assister à la première du film tiré de J’irai cracher sur vos tombes, au cinéma Le Marbeuf. Il meurt d’une crise cardiaque peu après le début de la projection.

Piscine Molitor embrasse l’ensemble de la carrière prolifique et protéiforme de Vian. Les auteurs insistent sur l’importance de la musique dans la vie de Vian et décrivent les faits principaux qui ont lié Vian et le jazz.
Les traits des dessins sont fins et anguleux, les ombres marquées et la mise en page reste sobre, avec un code de couleurs simple : les séquences à la piscine et la nuit se fondent souvent dans les bleus, le rouge incarne le jazz et les autres scènes sont en « lumière naturelle ».

A noter que Cailleaux et Bourhis ont confié la réalisation de la maquette à Philippe Ghielmetti, graphiste bien connu des amateurs de jazz, car il fût le fondateur de feu le regretté label Sketch.

Excellente introduction à la vie de Vian, Piscine Molitor donnera envie à tous les mélomanes de lire ou relire les remarquables chroniques du trompettiste et, à tous les lecteurs, d’écouter les trop rares enregistrements de l’écrivain…

Le livre
Piscine Molitor
Christian Cailleaux et Hervé Bourhis
2009
72 pages
Prix indicatif : 15 €

A lire pour aller plus loin…

Autres récits sur le Jazz
Boris Vian
Christian Bourgois Éditeur
1994
751 pages
Prix indicatif : 15 €


A écouter pour aller plus loin…

Jazz & Trompinette
Novembre 2006
Epm


A voir et entendre pour aller plus loin...


4 New Dreams!

Depuis quelques années, Bruno Tocanne joue avec les rêves : l’aventure commence en 2007 avec new dreams nOw!, un trio avec Rémi Gaudillat et Lionel Martin ; en 2009, Quinsin Nachoff et Fred Roudet rejoignent le trio pour 5 New Dreams ; et, fin 2010, le batteur repart en quartet pour 4 New Dreams. Gaudillat est toujours à la trompette, mais c’est Samuel Blaser qui tient le trombone et, nouveauté dans la formation, Tocanne a fait appel un contrebassiste : Michael Bates .
Après des débuts dans le rock, Tocanne joue dans le Workshop deSteve Lacy et s’oriente vers le jazz. Le batteur tourne alors avec de nombreux musiciens : de Serge Lazarevitch à Sophia Samancich en passant par Laurent Dehors, Hugh Hooper, Anne Ducros, Antoine Hervé, Denis Badault… Tocanne anime différents groupes, dont New Dreams, I Overdrive, le trio Résistances etc. En parallèle il fonde le collectif imuZZic et son label, Instant Music Records (IMR), sur lequel est sorti 4 New Dreams!
Blaser apprend le trombone à neuf ans après avoir entendu une fanfare. Diplômé du conservatoire de la Chaux-de-Fonds, il joue dans des big bands qui accompagnent Phil Woods, Clark Terry, Buddy DeFranco... puis dans le Vienna Art Orchestra. A la fin des années 2000 Blaser part étudier au conservatoire de musique du Purchase College, à New York. Installé à Berlin, mais fréquemment aux États-Unis, le tromboniste anime un Quartet (Marc Ducret à la guitare,Bänz Oester à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie), un Trio (Sébastien Boisseau à la contrebasse et Samuel Rohrer à la batterie), deux duos (l’un avec le batteur Pierre Favre, l’autre avec le pianisteMalcolm Braff) et se produit également en solo.
Après des études musicales à Villefranche sur Saône, le trompettisteGaudillat intègre le CNR de Lyon. A la fin des années 2000, il monte le trio Non Violence (Aurélién Masson à la guitare et Bice Berrerd à la contrebasse) et une fanfare de huit musiciens : Docteur Lester. Gaudillat rejoint imuZZic, et c’est le début d’une coopération au long cours avec Tocanne et Martin. Gaudillat compose aussi pour le théâtre (Orphée, Prince Papier) et travaille avec la Compagne de Lune (Françoise Casile).
A la contrebasse, Bates, canadien formé à l’université de Toronto, puis à la Banff International Jazz Workshop, joue aussi bien dans des groupes de punk, que de jazz, avec Nashoff, Cleaver, Greg Osby,Michael Sarin...
4 New Dreams! s’articule autour de dix morceaux et de deux interludes, tous composés par les musiciens du quartet : Bates et Gaudillat signent trois titres chacun, Tocanne s’associe à Blaser et à Gaudillat pour deux thèmes et le quartet propose deux pièces. La pâte Tocanne se reconnaît immédiatement et prend instantanément : une musique mélodieuse en toute liberté !
Avec deux soufflants, une contrebasse et une batterie, des mélodies dissonantes mais spontanées, une rythmique solide et bien balancée, la musique du quartet rappelle parfois celle d’Ornette Coleman(« Shape », « Pas si simple »). Ces nouveaux rêves plongent l’auditeur dans des ambiances mystérieuses (« Waiting For », « Interlude 2 »), solennelles (« Birthday Memorial », « Alicante »), familières (« Interlude 1 », « Van Gogh »), incantatoires (« Voodoo ») ou free (« In A Suggestive Way », « Le singulier au pluriel », « Le présent du vindicatif »). Les unissons, contrepoints et questions-réponses s’entrecroisent dans des dialogues savoureux.
Sonorité claire, phrasé élégant, solos aériens (« Van Gogh ») ou éclatants (« Voodoo »), le discours de Gaudillat abonde de contrastes (« Pas si simple »). Bates est aussi à l’aise dans les climats noisy et free (« In A Suggestive Way ») que dans les passages groovy (« Van Gogh »). Il se sert astucieusement du son velouté et chaleureux du trombone (« Birthday Memorial »), des rifs (« Voodoo ») et des effets wa-wa (« Pas si simple ») pour mettre en relief les propos de ses compagnons. Blaser possède un gros son grave et imposant. Il alterne une walking entraînante (« Van Gogh »), des rifs profonds (« Birthday Memorial »), des motifs sombres à l’archet (« Shape »)… Grâce à un jeu souple et mobile, Blaser s’adapte vite et bien à tous les environnements. Égal à lui-même, Tocanne fait chanter sa batterie : le touché léger (« Birthday Memorial ») ou la frappe lourde (« Voodoo »), les baguettes foisonnantes (« In A Suggestive Way », « Shape ») ou minimalistes (« Waiting For »), un pur chabada (« Interlude 1 ») ou des « tambours africains » (« Le singulier au pluriel »)…
Une fois de plus, Tocanne et son quartet font mouche : ces 4 New Dreams! transportent les auditeurs dans un monde musical personnel, créatif, sans concession et dans lequel chacun trouve son plaisir.
Le disque
4 New Dreams!
Rémi Gaudillat (tp), Samuel Blaser (tb), Michael Bates (b) et Bruno Tocanne (d).
2010
Instant Musics Records – IMR002
Liste des morceaux
01. « Birthday Memorial », Bates (6:36).
02. « In A Suggestive Way », Tocanne & Blaser (3:32).
03. « Van Gogh », Bates (5:12).
04. « Waiting For », Tocanne, Bates, Blaser & Gaudillat (5:12).
05. « Shape », Gaudillat (3:48).
06. « Alicante », Gaudillat (3:45).
07. « Interlude 1 », Bates, Blaser & Tocanne (1:40).
08. « Voodoo », Bates (7:03).
09. « Interlude 2 », Bates & Blaser (1:11).
10. « Le singulier au pluriel », Tocanne & Gaudillat (3:07).
11. « Pas si simple », Gaudillat (4:49).
12. « Le présent du vindicatif », Tocanne, Bates, Blaser & Gaudillat (2:14).