Le disque
Vorticity
Arshid Azarine
Arshid Azarine (p, kbd), Hervé de Ratuld (b) et Habib Meftah (perc), avec Golshifteh Farahani (voc), Bahar Azadi (voc) et Moki Azarine (voc).
Ohrwurm Records – OHR007
Sortie le 12 avril 2024
Liste des morceaux
01. « 75.2 bpm » (05:33).
02. « Vorticity », Azarine (06:07).
03. « Erevan, Tabriz, Tehran » (05:44).
04. « Zomorod », Azarine (03:44).
05. « Baharoun » (05:23).
06. « Abann » (03:08).
07. « Helix of Life » (05:30).
08. « Song To Jina », Azarine (02:37).
09. « One for Unicity / Hameh miporsand » », Azarine (07:16).
Tous les morceaux sont signés du trio sauf indication contraire.
29 septembre 2024
Vorticity – Arshid Azarine
21 septembre 2024
D-Day – Monty Alexander
Comme ses ainés, Alexander est un grand adepte du solo et du trio. Si au départ il n’a pas vraiment d’accompagnateurs attitrés, dans les années quatre-vingt (encore !) Alexander se partage souvent entre deux compagnons de route de Peterson – le guitariste Herb Ellis et le contrebassiste Ray Brown – et son trio avec John Clayton (contrebasse) et Jeff Hamilton (batterie). Dans la décennie suivante Alexander monte des groupes à géométrie variable qui incluent des percussions, des claviers, des guitares électriques, le mélodica… et il ajoute une palette reggae à son jazz. Dans les années 2000 il poursuit dans cette voie, en alternant avec des trios, notamment pour rendre hommage à Nat King Cole et Tony Bennett, et des petites formations dans lesquels Hassan Shakur tient la plupart du temps la basse, tandis qu’Obed Calvaire ou Jason Brown sont souvent derrière les fûts. Pour D-Day Alexander revient à la formule du trio acoustique qu’il affectionne, avec Luke Sellick à la contrebasse et Brown à la batterie.Le disque
D-Day
Monty Alexander
Monty Alexander (mélodica, p), Luke Sellick (b) et Jason Brown (d).
PeeWee! - PW1013
Sortie le 29 mars 2024
Liste des morceaux
01. « Introduction » (00:16).
02. « I’ll Never Smile Again », Ruth Lowe (04:18).
03. « Aggression [The Serpent] » (06:03).
04. « Oh Why [That’s Why] » (06:39).
05. « Restoration [Renewal] » (06:35).
06. « June 6 » (06:15).
07. « River of Peace [The River] », Monty Alexander & Frank Severino (05:49).
08. « Smile », Charlie Chaplin (06:30).
09. « V.E. Swing » (04:24).
10. « You can see » (05:35).
11. « D-Day Voices » (04:28).
12. « Day-O », Traditional (02:52).
Tous les morceaux sont signés Monty Alexander sauf indication contraire.
16 septembre 2024
Bond – Fur
Au programme de Bond, onze compositions signées pour moitié par Duret et Sauzereau, plus un titre de Rouayroux. Les morceaux, plutôt courts, sont construits comme des chansons finement ciselées (« Travers »), des ritournelles (« Barely Spreng ») ou des boucles minimalistes (« Minuscule »), un peu dans un esprit musique de chambre (« Entrer sortir »). Les mélodies plutôt douces (« La maison préfabriquée ») et les airs élégants (« Fils de trader »), parfois teintés de folk (« Rozenn »), sont habilement écrits (« En attendant ») et servent de socle à des développements passionnants souvent structurés en plusieurs tableaux (« Barely Spreng ») faits de motifs intercalés (« Tout tombe »), lignes superposées (« Fils de trader »), dialogues subtils (« En attendant ») et autres alternances de contre-chants et d’unissons (« Travers »). L’interaction est le maître mot de Fur dont la sonorité reste naturelle et proche de l’acoustique, même si des effets électro donnent un caractère psychédélique à « Minuscule » ou de musique concrète à « Trouble », et des vocalises aériennes plongent « Rozenn » dans une ambiance éthérée. Côté rythmique, si Rouayroux joue évidemment un rôle primordial, Duret et Sauzereaux contribuent largement au swing qui emballe tous les morceaux, d’abord avec un phrasé toujours entrainant, mais aussi avec des ostinatos (la guitare dans « Travers », la clarinette dans « Minuscule »), des phrases de basse profondes (« La maison préfabriquée »), des traits cristallins (« Faiblesse »)… Pendant ce temps, la batterie foisonne sans jamais s’imposer (« En attendant »), souligne les propos de la clarinette et de la guitare à l’aide de splash et cliquetis adroits (« La maison préfabriquée »), de frappes légères et dansantes (« Faiblesse ») ou de balais frémissants (« Fils de trader »), sans négliger des passages puissants (« Entrer sortir ») parsemés de roulements énergiques (« Tout tombe »).
Fur réussit le tour de force de proposer une musique très personnelle, mais immédiatement familière, à la fois intime et festive, raffinée et accessible. Bond est juste impressionnant !
Le disque
Bond
Fur
Hélène Duret (cl, bcl, voc), Benjamin Sauzereau (eg) et Maxime Rouayroux (perc, d).
Budapest Music Center Records – BMC CD 339
Sortie le 26 avril 2024
Liste des morceaux
01. « La maison préfabriquée », Sauzereau (05:07).
02. « En attendant », Duret (04:19).
03. « Rozenn », Duret (04:01).
04. « Minuscule », Duret (05:26).
05. « Entrer sortir », Duret (03:57).
06. « Faiblesse », Sauzereau (03:01).
07. « Trouble », Sauzereau (03:25).
08. « Tout tombe », Rouayroux (02:43).
09. « Fils de trader », Duret (04:44).
10. « Barely Spreng », Sauzereau (05:53).
11. « Travers », Sauzereau (02:28).
13 juillet 2024
Le marché de la musique enregistrée
Le SNEP met à disposition deux rapports
instructifs sur le marché de la musique enregistrée : L’IFPI
Global Music Report 2024 et La production
musicale française en 2023 du SNEP. L’occasion passer
en revue quelques statistiques…
Un marché mondial numérique et dynamique
Un marché français timide
Avec 4% du marché mondial de la musique enregistrée, la France se place au sixième rang, derrière les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Unis, l’Allemagne et la Chine. Le marché français de la musique enregistrée a cru de +5,1% en 2023, soit moitié moins que la moyenne mondiale. Il faut dire qu’avec son petit milliard d’euros de chiffre d’affaires, la musique enregistrée semble moins préoccuper les Français que le pain (15 milliards d’euros) ou le vin (25 milliards d’euros)…
Une musique enregistrée convalescente
En vingt ans le marché de la musique enregistrée en France a été quasiment divisé par deux ! En 2002 100 % des 1,5 milliards d’euros de ventes de musique enregistrée sont des supports physiques. Vingt ans après, ces mêmes supports ne représentent plus que 20 % des ventes, soit 195 millions d’euros. Or, sur la même période, l’essor des supports numériques, passés de 0 à 620 millions d’euros de ventes, est loin de compenser la baisse des ventes de supports physiques...
Intéressant également de constater que les vinyles et les disques compacts pèsent chacun 12% du marché en valeur, alors qu’en unités, il y a deux fois plus de disques compacts vendus (10,5 millions d’unités) que de vinyles (5,5 millions d’unités). Quant aux canaux de distribution des supports physiques, sans surprise, le e-commerce continue sa croissance avec +48% depuis 2009 et représente désormais un tiers des revenus physiques.
Il n’est peut-être pas surprenant que les moins de trente cinq ans soient les principaux écouteurs en ligne (52%), mais contrairement aux idées reçues ils sont également les principaux consommateurs de vinyles (43% contre 20% pour les 35 – 44 ans et 37 % pour les 45 – 64 ans) et de disques compacts (54% contre 17% pour les 35 – 44 ans et 29% pour les 45 – 64 ans).
L’écoute en ligne, un vertige sonore
Même si, en France, l’écoute en ligne par abonnement représente près de 80% du chiffre d’affaires de l’écoute en ligne totale, loin devant l’écoute en ligne financée par la publicité (12%) et l’écoute en ligne vidéo (11%), elle reste en deçà des autres marchés. A titre comparatif, le nombre d’abonnés rapporté au nombre d’internautes est de 16% en France, contre 18% en Allemagne, 27% au Royaume Unis et 30% aux Etats-Unis.
Phénomène étonnant, l’écoute en ligne par abonnement semble favoriser l’allongement du cycle de vie des titres : sur 80% de la consommation d’écoute en ligne payante, 59% concerne les catalogues de titres ayant plus de trois ans et la tendance est à la hausse (+5 points entre 2022 et 2023). Par ailleurs, le goût des auditeurs français est éclectique : ils écoutent en moyenne dix genres musicaux différents. Autre particularité française, par rapport aux autres marchés, la musique locale représente environ la moitié des écoutes en ligne.
A noter que le catalogue mondial de musique numérique s’enrichit de plus de 150 000 nouveautés par jour ! En 2023, sur les 121 milliards d’écoutes en France, moins de 5% du catalogue mondial a été écouté au moins une fois dans l’année… soit quand même près de 10 millions de titres !
Ecouter et manger font bon ménage
Les Français écoutent environ dix-huit heures de musique par semaine, soit 2 heures 34 minutes par jour, et ils consacrent en moyenne 2 heures 22 minutes par jour à leurs repas (source : INSEE)...
Le temps d’écoute a progressé de plus d’une heure par semaine par rapport à 2022, l’équivalent d’un millier de titres supplémentaire écouté par an et par Français. Avec environ quatre heures par semaine de temps d’écoute, la radio et l’écoute en ligne sont au coude à coude, devant Youtube, avec trois heures, et TikTok (ou autres vidéos courtes), avec seulement 1 heure 40 minutes, mais qui connaît la plus forte progression.
Le jazz aux abonnés absents
Les quinze albums les plus vendus en 2023 et dix-sept des vingt albums les plus vendus sont produits en France. Inutile de souligner qu’aucun album de jazz (ni de de classique, d’ailleurs) ne figure dans la liste. Même constatation concernant les répertoires les plus écoutés : seize artistes sur vingt sont produits en France, mais pas un seul n’est un musicien de jazz. Encore pire, aucun album, ni titre de jazz n’apparait dans les Top 200 des albums et titres vendus en France en 2023, ni même dans les Top 100 vinyles ou Top 100 radio...
Top des albums de jazz vendus en 2023
Comme le jazz ne concourt décidément pas dans la même cour que la pop, variété, rock, urbain, musiques du monde, country, bande originale, electro / dance, ni même classique (Sensations de Gautier Capuçon est 147ème et Letter de Sofiane Pamart arrive 185ème), limitons-nous à son marché...
Dans le Top 10 du jazz il n’y a qu’une production française : Capacity To Love d’Ibrahim Maalouf. A titre de comparaison, dans le répertoire classique, six productions françaises figurent dans le Top 10... Nina Simone truste les deux premières places et la sixième avec deux best of (The Very Best Of et Best of Nina Simone) et Sinnerman… Gabi Hartmann arrive en troisième position avec son disque éponyme, devant Maalouf. Les inusables Stan Getz et Joao Gilberto pointent à la cinquième place, suivis, dans l’ordre et à partir de la septième par Samara Joy (Linger Awhile), Black Pumas (disque éponyme), Gregory Porter (Still Rising) et Kyle Eastwood (Eastwood Symphonic).
Maalouf place huit albums dans le Top 50, un record ! Des disques de Nina Simone apparaissent à six reprises. Melody Gardot et Ray Charles sont crédités chacun trois fois. Quant à Louis Armstrong, Gregory Porter et Chet Baker ils placent chacun deux albums. A noter la très belle quarantième place de Blue Train de John Coltrane…
La musique enregistrée continue sa mutation vers un tout numérique qui submerge le monde d’un raz-de-marée de sons. Absent de tous les classements de ventes, de l’écoute en ligne aux supports physiques, en passant par les radios et autres, le jazz est noyé... Il n’est définitivement pas une musique de marché !
07 juillet 2024
Casablanca – EYM Trio
Huit des dix titres sont signés Dufour et les deux autres Phayphet et Michel. La barre de HLM colorée qui illustre la pochette et la scène de rue qui orne les deux pages intérieures, mise habilement en relief par la reprise du dessin sur le CD, ont été réalisées par Simon Lamouret, notamment connu pour ses romans graphiques sur l’Inde (Bangalore, L’Alcazar) et une chronique familiale (L’homme miroir).
Du thème-riff « Picnic à Tchernobyl » à l’air nostalgique « Midnight Damper », en passant par le minimalisme de « Spleen » ou la ronde « Dystopia », les mélodies sont entrainantes (« Merapi »), subtilement parfumées d’épices méditerranéens (« Casablanca »), et se situent quelque part entre Avishai Cohen (le contrebassiste) et Tigran Hamasyan. D’ailleurs, à l’instar de ces deux artistes, EYM trio place le rythme au centre de ses développements musicaux (« Midnight Damper »). Il alterne pédale (« Merapi »), motifs répétitifs (« Casablanca »), ostinato (« No Madness »), riffs (« Casablanca »)… De son côté Dufour prend des solos denses (« Dystopia ») : pendant que l’une des mains trilogue avec Phayphet et Michel, l’autre part dans des variations sinueuses (« Song for Anilou »). Son piano préparé sonne comme un métallophone (« Spleen »), voire une guitare étouffée (« Midnight Damper ») et son jeu est intense (« Merapi »). Phayphet se montre tour à tour profond (« Picnic at Chenobyl »), ténébreux (« No Madness ») sourd (« Merapi »), mais également musical (« Bass Interlude ») et mélodieux (à l’archet dans « Do I Know You »). Michel foisonne (« No Madness »). Son accompagnement luxuriant (« Casablanca ») est parsemé de rim shot (« Spleen ») et autres splash (« Picnic in Tchernobyl »), mais aussi de roulements serrés secs et mats (« Merapi »), de frappes frémissantes sur les cymbales ou de grondements avec les tambours (« Do I Konw You »). La Méditerranée est omniprésente (« No Madness »), tout comme les Balkans et le Moyen-Orient (« Midnight Damper »), mais le blues s’invite également à la fête (« Spleen » et « Do I Know You »).
Casablanca reflète parfaitement l’esprit d’EYM trio : une musique lumineuse et dansante.
Le disque
Casablanca
EYM trio
Elie Dufour (p), Yan Phayphet (b) et Marc Michel (d).
Kollision Records
Sortie le 17 mai 2024
Liste des morceaux
01. « Picnic in Tchernobyl » (06:07).
02. « Bass Interlude », Phayphet (01:04).
03. « Casablanca » (07:14).
04. « Song for Anilou » (04:11).
05. « Merapi » (07:28).
06. « Spleen » (06:32).
07. « No Madness » (06:00).
08. « Midnight Damper » (03:50).
09. « Dystopia » (04:40).
10. « Do I Know You », Michel (06:26).
Toutes les compositions sont signées Dufour, sauf indication contraire.
30 juin 2024
Lapse – Oxyd
Les neufs compositions sont signées Oxyd et leurs titres résonnent avec une certaine actualité : surpopulation, théorie de l’effondrement, temps incertain, espace, problème des trois corps, abandon, pic pétrolier, écliptique…
Thématique oblige, la plupart des morceaux se déroule dans des ambiances sombres (« Three Body Theory »), voir sépulcrales (« Overcrowding ») avec, parfois, des allures d’hymnes (« Blank »), d’airs jazz punk (« Modules oubliés ») ou de rock progressif (« Collapsology »). Degabriele et Perriard se montrent denses (« Blank ») et emphatiques (« Ecliptic »), et forment une paire rythmique puissante (« Three Body Theory ») dans une veine jazz-rock (« Peak Oil »). La basse est souvent sourde (« Collapsology ») et volontiers minimaliste (« Choir »), tandis que la batterie tonne furieusement (« Collapsology ») avec des frappes mates et sèches (« Overcrowding »). Les claviers d’Herer planent au-dessus de la mêlée (« Ecliptic »), plantent des décors touffus et mystérieux (« Peak Oil ») et tapissent l’arrière-plan d’effets dans un style musique contemporaine (« Choir »). Laisney et Pontvianne se complètent parfaitement (« Peak Oil »), tantôt à l’unisson (« Modules oubliés ») ou en contre-chants (« Blank »), tantôt par des superpositions de voix foisonnantes (« Collapsology ») ou des lignes aériennes empreintes de tristesse (« Three Body Theory »). Le quintet met en avant les mouvements d’ensemble (« Modules oubliés »), avec des développements très cinégéniques (« Three Body Theory ») et tendus (« Lapso »).
Lapse n’est certes pas joyeux et sans soucis, mais la musique d’Oxyd n’en reste pas moins intense et ensorcelante.
Lapse
Oxyd
Julien Pontvianne (ts), Olivier Laisney (tp), Alexandre Herer (p, kbd), Oliver Degabriele (b) et Thibault Perriard (d).
Onze Heures Onze – ff
Sortie le 13 septembre 2024
Liste des morceaux
01. « Modules oubliés », Laisney (03:50).
02. « Overcrowding », Herer & Laisney (04:50).
03. « Collapsology », Herer (07:10).
04. « Lapso », Perriard (03:10).
05. « Blank », Herer (03:00).
06. « Three Body Theory », Pontvianne (04:50).
07. « Choir », Perriard (06:00).
08. « Peak Oil », Herer & Laisney (05:05).
09. « Ecliptic », Herer (03:55).
22 juin 2024
Gaga Gundul – Peemaï
Pour Gaga Gundul, sorti le 26 avril 2024, Peemaï croise ses notes avec Sudaryanto, Azis Rifkyanto, Bevy Hanteriska, Azied Dewa et Bagus Ryan, cinq virtuoses des métallophones (demung, peking ou saron), gongs (bonang), tambours (kendang) et autres flûtes (suling), qui constituent un gamelan. Sept compositions sont signées Peemaï et trois, Gayam 16. En dehors de « Khonsawan », district du nord-est de la Thaïlande, les titres des morceaux évoquent l’Indonésie – « Merapi’s Party » pour le volcan, tout comme « Deep In Kanteng », du nom de la caldeira du volcan Ijen, « Sarira » pour la ville et montagne du sud de Sulawesi – ou sont en bahasa : « Terbawa Arus » (emporté par le courant), « Kemrungsung » (anxieux), « Rampak » (vol), « Sluku Love » (surnom Love), « Gaga Gundul » (le Géant Chauve) et « Gundul In Wonderland »...
Gaga Gundul est un véritable patchwork d’ambiances : de l’extrême-orient (« Merapi’s Party ») au smooth jazz (« Terbawa Arus ») en passant par le rock (« Kemrungsung »), le groove (« Khonsawan »), une cour de récréation (« Gaga Gundul »), un chant bouffon (« Rampak »), une fête joyeuse (« Deep In Kanteng ») ou un climat solennel (« Gundul In Wonderland »). Les mélodies sont le plus souvent harmonieuses (« Rampak »), voire éthérées (« Merapi’s Party »), sous forme de thème-riff (« Khonsawan »), d’air majestueux (« Gundul In Wonderland »), de comptine (« Sluku Love ») ou de ballade sirupeuse (« Terbawa Arus »). Ce qui n’empêche évidemment pas Gaga Gundul d’être entraînant du début à la fin. Tour à tour groovy (« Merapi’s Party »), touffue (« Khonsawan »), puissante (« Kemrungsung ») et dansante (« Deep In Kanteng »), la section rythmique foisonne (« Gundul in Wonderland ») et assure une pulsation imposante (« Deep In Kanteng »). Dans les développements, les boucles imbriquées (« Deep In Kanteng »), les ostinatos (« Merapi’s Party » ) et autres frappes tintinnabulantes (« Sarira ») du gamelan répondent aux phrases véloces du saxophone ténor (« Khonsawan ») et aux motifs noisy de la guitare (« Kemrungsung »). Mayot et Coronado virevoltent entre les lignes hypnotiques de Gayam 16, tandis que Vilayleck et Rouayroux enchaînent des traits rythmiques luxuriants (« Sarira »).
Le Géant Chauve de Peemaï et Gayam 16 est un guide parfait pour partir en voyage dans les poly-rythmes et mélodies asiatiques, sur fond de blues et de ses avatars.
Le disque
Gaga Gundul
Peemaï
Hugues Mayot (ts, kbd, voc), Gilles Coronado (g, voc), Alfred Vilayleck (b, voc) et Maxime Rouayroux (d, voc), avec Sudaryanto (fl, percu), Azis Rifkyanto (percu), Bevy Hanteriska (percu), Azied Dewa (percu) et Bagus Ryan (percu).
Collectif Koa – CK07
Sortie le 26 avril 2024
Liste des morceaux
01. « Merapi’s Party » (05:16).
02. « Khonsawan » (06:40).
03. « Sarira », Sudaryanto (05:14).
04. « Terbawa Arus », Azis Rifkyanto (04:23).
05. « Kemrungsung », Bevy Hanteriska (05:41).
06. « Gaga Gundul » (07:36).
07. « Sluku Love » (03.22).
08. « Rampak » (05:28).
09. « Deep In Kanteng » (05:38).
10. « Gundul In Wonderland » (03:35).
Tous les morceaux sont signés Peemaï, sauf indication contraire.
08 juin 2024
AfuriKo à la bibliohèque Andrée Chedid
En 1968, les architectes Jean-Claude Jallat et Michel Proux se voient confier la réalisation d’un immeuble de cent quatre-vingt logements, « Le Village », sur la dalle du Front de Seine. Adossé au nord à la centrale de chauffage urbain, l’immeuble est aveugle sur cinq niveaux et l’aménageur propose à la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris d’y installer une bibliothèque. Le 3 mai 1974 la bibliothèque Beaugrenelle ouvre ses portes. Forte de ses deux mille cent mètres carrés, de sa salle de projection et de ses cabines d’écoute musicale, c’est l’une des premières médiathèques en France. Pôle musical depuis la fin des années quatre-vingt dix, elle est rebaptisée bibliothèque Andrée Chedid en 2012.
Voilà près de quinze ans que la percussionniste Akiko Horii et le claviériste Jim Funnell ont formé AfuriKo, dont le nom est tiré d’un jeu de mots japonais : « Afurika », Afrique, et « Ko », enfant. Le duo compte trois disques à son actif : On The Far Side (2014), Style (2016) et Tao (2019).
Au programme du concert : quatre compositions originales (« Kotejuga », « Afro-Samba Funk », « No One Knows Where Willy Goes » et « Sukunya ‘s Soukous »), « Kassai », chanson de Taiji Nakamura et Ou Yoshida, immortalisée en 1972 par Naomi Chiaki, et qui figure sur Tao, « Flor de Lis » du musicien brésilien Djavan, « Pismo ti e doshlo », un chant bulgare, et « Red Dragonfly », un arrangement de deux morceaux traditionnels du Japon et de Guinée, au répertoire de Style.
| Afuriko - Jim Funnell & Akiko Horii (c) PLM |
Inspiré du rythme Malinke éponyme, « Kotejuga » bondit du début à la fin ! Après un démarrage abrupt et dansant basé sur des percussions tintinnabulantes, la main droite swingue sur le piano, tandis que la main gauche joue une ligne de basse sourde sur un clavier midi et que la rythmique foisonne. « Afro-Samba Funk » est un thème-riff entraînant aux accents funky porté par des poly-rythmes fougueux et puissants. Pendant que Funnell déroule des motifs mélodico-rythmiques enjoués, Horii maintient le morceau sous pression avec ses frappes sur le cajón et le djembé, des pêches sur les congas, cymbales, carillon ou autre cowbells et le tintement des grelots-charleston. Afuriko interprète la ballade mélancolique « Kassai » dans un style comptine, mais les percussions restent exubérantes et le solo du piano rappelle ça-et-là Lennie Tristano. Changement de décor avec « Flor de Lis » : une mélodie chantante sur une rythmique chaloupée, agrémentée de variations typiques latin-jazz et de dialogues animés entre Horri et Funnell. Dédié à leur chat, souvent en vadrouille, « No One Knows Where Willy Goes » est quasiment figuratif et évoque les balades du chat, avec un thème circulaire qui s’appuie sur un ostinato et une cadence régulière, mais parsemée de splash et autres coups impromptus. Les riffs du piano et les envolées poly-rythmiques des percussions créent une ambiance intense. A « Pismo ti e doshlo », air folklorique touchant, succède un hymne quasiment romantique, « Red Dragonfly » ou « Aka Tombo » en japonais, hommage à la libellule rouge ! Une mélodie solennelle aux accents extrême-orientaux, soutenue par des percussions toujours dynamiques, laisse place à des lignes aux couleurs bluesy et funky encadrées par une rythmique énergique. « Sukunya’s Soukous » s’inspire à la fois du mythe de la sorcière Sukunya de Trinidad et Tobago et de la danse congolaise. Pendant que les mains d’Horii virevoltent sur les peaux et les cymbales dans un feu d’artifice de rythmes, Funnell développe des phrases joyeuses et légères, aux parfums des Caraïbes...
Pittoresque, gaie et dansante, la musique d’Afuriko a enflammé le public venu en nombre fêter l’anniversaire de la bibliothèque Andrée Chedid.
28 mai 2024
Lennie’s
Premier opus du quintet, Lennie’s sort chez Soprane Records le 24 mai 2024, avec, au programme, quatre compositions signées Kotsiras, trois morceaux de Lee Konitz – « Lennie’s » (2000), « It’s You » (1977) et « Palo Alto » (1950) – « Marionette » (1949) de Billy Bauer et « Wow » (1949) de Tristano.
La musique du quintet est – évidemment – placée sous le signe de Tristano. Les thèmes sont le plus souvent exposés à l’unisson, avec des riffs (« Lennie’s ») et des phrases élégantes dans une veine Third Stream (« Emelia »), mais aussi sous forme de duo tendu entre les deux saxophones (« Palo Alto »), parfois pimentés de dissonances (« Shining »). Dans la plupart des cas la construction des développements suit les codes « tristaniens », avec des structures sophistiquées (« Emelia »), à base de contrepoints et de croisements de voix subtils (« Palo Alto »), de questions-réponses superposées (« Shining ») et de dialogues échevelés (« Wow ») qui côtoient les lignes fluides et aériennes des saxophones (« Lennie’s »), volontiers marquées par la West Coast (« Anamnèse »), les envolées plutôt puissantes du piano (« Nihil ») dans le registre médium grave, caractéristiques du jeu du pianiste chicagoan (« It’s You »), et les chorus mélodieux de contrebasse (« Emelia »). Comme chez Tristano, la section rythmique joue fréquemment une walking et un chabada hérités du be-bop (« It’s You »), à tendance ultra-rapide (« Marionette ») !
Lennie’s s’inscrit avec beaucoup de pertinence dans la lignée de « l’école Tristano ». Comme le disait Konitz, emporté par le coronavirus en 2020 : « tant qu’il y aura des gens qui essaient de jouer de la musique avec sincérité, il y aura du jazz ». Kotsiras et son quintet en sont la preuve.
Le disque
Lennie’s
Ludovic Ernault (as), Pierre Bernier (ts), Jean-Christophe Kotsiras (p), Blaise Chevallier (b) et Ariel Tessier (d).
Soprane Records – SP106
Sortie le 24 mai 2024.
Liste des morceaux
01. « Lennie’s », Lee Konitz (5:28).
02. « It’s You », Lee Konitz (4:13).
03. « Marionette », Billy Bauer (3:28).
04. « Anamnèse » (5:36).
05. « Nihil » (4:05).
06. « Palo Alto », Lee Konitz (4:50).
07. « Emelia » (4:52).
08. « Wow », Lennie Tristano (3:09).
09. « Shining » (6:57).
Toutes les compositions sont signées Jean-Christophe Kotsiras, sauf indication contraire.
12 mai 2024
Live in Paris – Monnin Midon Delor
Comme l’indique le titre, le disque a été enregistré lors de trois concerts que le trio a fait au 38 Riv’ Jazz Club en février 2023. L’enregistrement a été réalisé par le guitariste Simon Martineau, autre proche du trio, qui était de l’aventure Imaginary Stories et avait invité Midon et Delor pour Tape From Nowhere (2023). Sans compter The Swaggerer (2018) et Silence The 13th (2020), deux albums de Delor auxquels Martineau a participé et n'oublions pas non plus que Delor et Martineau font partie du Nuzut Trio au côté du contrebassiste Flavio Perrella. Cette équipe se connaît donc sur le bout des doigts.
Monnin, Midon et Delor reprennent l’« Ave Maria » de Franz Schubert et six standards : deux be-bop – « Billie’s Bounce » de Charlie Parker et « Monk’s Dream » de Thelonious Monk –, deux hard-bop signés Sonny Rollins – « Valse Hot » et « Saint Thomas » –, un latin jazz – « Tres palabras » composé par Osvaldo Farrés – et un Third Stream – « In Your Own Sweet Way » de Dave Brubeck.
Des mélodies jouées avec une élégance (« In Your Own Sweet Way ») que Kenny Baron ne renierait pas, des thèmes dansants (« Valse Hot ») ou latino (« Tres Palabras ») débouchent sur des solos athlétiques de la batterie (« Valse Hot »), des interactions relevées (« Billie’s Bounce ») et des développements tendus (« Ave Maria »). La prise de son, très organique, met en relief la sonorité acoustique du trio (« Ave Maria »). Quant à la structure bop thème – solo – thème, elle permet à chacun de s’exprimer comme il l’entend (« Valse Hot »). Côté rythmes, le chabada subtil parsemé de pêches (« In Your Own Sweet Way »), les cliquetis (« Billie’s Bounce »), les frappes chaloupées (« Saint Thomas »), les lignes denses (« Valse Hot ») ou les poly-rythmes luxuriants (« Tres Palabras ») se marient aux walking de la contrebasse (« Ave Maria »), pimentées de shuffle (« Monk’s Dream »), et aux pédales (« Billie’s Bounce »), riffs puissants (« Valse Hot ») et autres motifs intenses (« Tres Palabras »).
Monnin, Midon et Delor jouent un néo-bop particulièrement vivant, qui fera dodeliner de la tête tous les auditeurs.
Le disque
Liste des
morceaux













