19 novembre 2014

Février 2011

Le marché du disque en 2010

Le SNEP (Syndicat National des Éditions Phonographique) a publié le bilan économique de 2010. L’occasion de faire un point sur la situation du disque et du téléchargement en France.
Un marché modeste
   Première constatation : avec moins d’un milliard d’euros et près de cent millions d’unités vendues (disques, DVD et téléchargements), la musique enregistrée est un marché modeste. A titre de comparaison, il se vend trois fois plus de livres en valeur, et quatre fois plus en volume (hors scolaire). De manière plus imagée, en valeur, quinze ans de musique vendue équivalent à une année de pain… Deuxième observation : l’ensemble du marché décroît car les ventes de supports physiques (CD, DVD), qui continuent de diminuer d’année en année, ne sont pas encore compensées par la croissance des ventes numériques, qui représentent à peine plus d’une vente sur dix (en valeur).  
                                                      Le numérique gagne du terrain
Les ventes numériques, en valeur, se décomposent en trois segments principaux : le téléchargement (60%), le « streaming » (28%) et les sonneries (12%). La tendance principale, c’est une chute des sonneries (près de la moitié des ventes numériques en 2007) et l’apparition du streaming, quasi-inexistant il y a trois ans. Autre phénomène marquant : les abonnements aux services de musique en ligne (inclus dans le segment du téléchargement) qui ont dopé le numérique en 2010. D’ailleurs le « streaming » et les abonnements dépassent désormais le téléchargement « traditionnel ». Ces trois segments croissent autour de 35%...
Contrairement aux idées reçues, le téléchargement d’albums (45% du marché et 4 millions d’albums) gagne du terrain par rapport au téléchargement de titres (55% du marché et 35 millions de titres). Si le téléchargement est plébiscité pour les titres (96% des ventes, contre 60% en 2007), en revanche le disque reste encore, de très loin, le support favori pour les albums : seuls 8% des ventes d’albums passent par le téléchargement. Plus de 260 000 références ont été vendues en 2010, mais moins de trois mille pour les singles. Ce qui confirme le rôle essentiellement promotionnel des singles.
                                   Le support physique se spécialise
Dans les ventes de supports physiques : les ventes d’albums continuent de décroître (-10% et 90% du marché), les singles ont pratiquement disparu du « paysage musical physique » (moins de 1% des ventes) et seuls les DVD musicaux progressent (+9% et 9% du marché). A noter que deux tiers des ventes de supports physiques sont faits par les magasins spécialisés (avec une forte hausse des commandes via internet et une décrue des indépendants), et un tiers par les grandes surfaces généralistes. Les grandes surfaces généralistes semblent d’ailleurs se désengager petit à petit de la musique, à l’image de Leclerc qui a créé son enseigne spécialisée : « Espace Culturel Leclerc ». Cela dit, les distributeurs indépendants assurent plus d’un tiers des ventes de musique classique et de jazz, part qui se monte à 62% pour les musiques du monde.
                                               Le jazz : une niche
La variété française et internationale se taille la part du lion avec 52% des ventes, mais la tendance est à la baisse : 53% en 2009 et 56% en 2008. Le jazz, quant à lui, se maintient autour de 3% des ventes… soit la moitié du classique, dont la part de marché reste également stable. Tandis que six albums classiques ont dépassé les dix mille unités vendus (dont le « Spiritus Dei » des Prêtres, écoulés à plus de 235 000 exemplaires !), huit disques de jazz ont dépassé cette barre et seulement trois de « musique du monde » et neuf DVD… La variété française représente un quart des ventes, mais seulement 7% des références : le créneau est concentré et peu diversifié. Alors que la variété internationale – également un quart des ventes –contribue à plus de 40% des références. Le jazz, avec ses 3% de part de marché, propose 11% des références, donc plus que la variété française. Quant au classique, il représente 6% du marché, mais près de 20% des références. Les mélomanes ont de quoi se réjouir car la loi de l’offre et de la demande ne remet pas en cause la créativité : le marché a beau décroître en volume et en valeur, le nombre de références, lui, continue de croître…
                                     Les chanteuses… et Keith Jarrett
Sur les 120 millions de titres (albums compris) vendus en 2010, c’est « Waka Waka » (Shakira) qui se classe en tête de liste. Il n’y a aucun titre ou single de jazz dans les cent premières ventes… Côté album, c’est On trace la route (Christophe Maé) qui s’est le plus vendu, mais seulement douze albums dépassent les 100 000 unités vendues. Le top 100 représente environ un quart du marché total, mais un tiers aux bornes du jazz. Comme chaque année, seules les voix du jazz arrivent à tirer leur épingle du jeu : Melody Gardot place My One And Only Thrill à la 63ème position et Worrisome Heart à la 105ème position. Suivent deux habituées des « charts » : Stacey Kent et Raconte-moi pointe à la 140ème place et Norah Jones, avec The Fall, à la 146èmeJasmine de Jarrett et Charlie Haden est l’unique disque de jazz instrumental à figurer dans les tops 200 (169ème). 
                                        La radio ou l’art du rabâchage
   « Hold My Hand » (Sean Paul et Zaho) est le titre le plus diffusé : les auditeurs ont eu la chance de pouvoir l’écouter en moyenne toutes les vingt minutes pendant 365 jours ! Quant à Rihanna, l’artiste la plus diffusée, c’est toutes les dix minutes que nos oreilles ont pu l’entendre. De toute manière 3% des titres diffusés occupent 75% d’antenne, donc ce n’est pas une surprise de ne pas trouver un titre de jazz dans les tops 100…
                            Un comportement musical en pleine mutation
Déjà 45% des Français achètent leur musique en ligne, mais ce taux monte à 74% pour les 15 - 24 ans, dont près d’un tiers achètent via leur téléphone portable. Le décollage du « streaming » est clair : 61% des adeptes du numérique y ont recours, mais 77% des 15 - 24 ans.
    D’après un sondage publié par la Sacem, 96% des Français écoutent de la musique et affirment en écouter (activement) plus d’une heure par jour, autant qu’ils se connectent à Internet, mais trois fois moins qu’ils regardent la télévision. La musique est le loisir dont les Français peuvent le moins se passer, après la télévision et la lecture, mais avant le cinéma et les jeux vidéo. Les goûts annoncés ne coïncident pas vraiment avec le classement des ventes : la chanson française est certes le genre musical préféré des Français (51%, mais en baisse de 16 points depuis 2005 !), mais la musique classique arrive au deuxième rang (34%), à égalité avec les variétés internationales, devant le pop et le rock (31%) et le jazz (22%).
En se penchant sur la pratique instrumentale (sondage BVA), les goûts des Français paraissent encore plus éloignés de la réalité du marché avec une forte prépondérance de la musique classique. Plus d’un tiers des Français a appris à jouer d’un instrument musique et un tiers regrette de ne pas l’avoir fait. La moitié des pratiquants déclare jouer de la musique classique. 57% de ceux qui aimeraient jouer d’un instrument voudraient jouer du classique, et un jeune de moins de 25 ans sur deux. Le jazz et le blues viennent en deuxième position avec 47% des aspirations, suivi du rock (35%) et du reggae (17%)…


                                    Une source de revenu marginale
D’après les données de la Sacem, les ventes physiques et numériques représentent en moyenne moins de 20% des revenus annuels des artistes. 12% des musiciens inscrits à la Sacem perçoivent plus de 15 000 € de droits par an. 6% des références vendues représentent 90% du marché et seuls 5% des musiciens gagnent de l’argent grâce aux ventes de disques. En gros, pour un disque qui coûte 20 €, l’État et le distributeur perçoivent 4 € chacun, la maison de disque prélève 10 € et l’artiste reçoit… 2 €. Dans le cadre du numérique, les artistes touchent peu ou prou les mêmes droits (10% du prix), l’État aussi (la TVA à 19,6%), mais les plateformes de téléchargements prennent 6%, les intermédiaires (banques, télécommunications…) encaissent autour de 3% et les maisons de disques empochent 62%. Les revenus tirés du physique et du numérique ne sont donc pas quantité négligeable pour les quatre majors qui se partagent 70% du marché : Universal (25 %), Sony BMG (21%), EMI (13%) et Warner (11%). Si la lutte contre le téléchargement illégal est compréhensible pour les majors et une minorité de musiciens, en revanche, pour 95% des artistes, cette bataille ne présente pas vraiment d’intérêt : le disque et le numérique restent, avant tout, un moyen de se faire connaître, alors autant le faire « large, librement, très bien » (Avron & Evrard).
                                             Quelques conclusions
   Le marché de la musique enregistrée se métamorphose avec le numérique et se cherche un nouveau modèle économique, comme il l’a déjà fait dans le passé, à une moindre ampleur, avec les K7, les CD… La cible principale du marché de la musique enregistrée est essentiellement un public de jeunes, avide de numérique, de tubes et peu effrayé par Hadopi. Le marché de la musique enregistrée est à deux vitesses : d’un côté peu de produits commerciaux qui rapportent beaucoup et, de l’autre, beaucoup de produits de recherche qui rapportent peu. Enfin, le numérique est un fabuleux moyen de communication, de promotion et de diffusion, véritable aubaine pour la plupart des musiciens qui dispose d’un outil sur mesure, pratique et bon marché.
Sources

Sketches – Jean-Marc Padovani Septet


Jean-Marc Padovani a sorti sept « petits dialogues généralement comiques », regroupés sous le titre Sketches, en novembre 2010, chezPype Line
  Padovani (soprano et ténor) a constitué un septet avec Claudia Solal (voix), Bruno Wilhelm(saxophone alto), Paul Brousseau(claviers), David Chevallier (guitare et banjo), Frédéric Monino (basse) et François Laizeau (batterie).
   Padovani est un musicien particulièrement actif ! Il joue d’abord de la guitare, apprend ensuite le piano au conservatoire, puis, passionné de jazz, se met au saxophone et passe par la classe de Guy Longnon. A dix-neuf ans, il commence sa carrière à Nîmes. A partir des années 80, Padovani joue avec de nombreux musiciens : André Jaume, Albert Mangelsdorf, Jean-Louis Chautemps, l’Europamerica de Jef Gilson, Claude Barthélémy, Henri Texier, Siegfried Kessler etc. Il enregistre son premier disque en 1982 : Demain matin. Dès lors Padovani s’investit dans des projets qui touchent à des domaines très variés : la littérature (Albert Camus, Jack Kerouac), le flamenco (Tres Horas de Sol), des textes d’Enzo Cormann mis en musique (One For Pablo, Le Rôdeur, Mingus Cuernavaca, La révolte des anges…), le théâtre (Vortex, Le gardien, Le chemin des orangers), la danse (la Virgule), la poésie (L’échappée belle autour de Federico Garcia Lorca)… En 1993, Padovani crée Le Minotaure Jazz Orchestra, véritable laboratoire avec lequel il explore divers champs musicaux. Depuis, le saxophoniste continue ses expériences, avec le quartet Distances, Ligaa (musique arabo-andalouse et jazz)… et les voix : Espéranza Fernandez (spectacle Encuentros), Cantilène (Monica Passos, Houria Aïchi et Maja Pavlovska), la chanteuse baroque Marie Cubaynes et… Claudia Solal.
   Solal a – évidemment – étudié le piano, mais s’oriente vers le chant. Elle commence d’abord par le répertoire classique avec Christine Demangel, puis se met au jazz avec Christiane Legrand, Pierrick Hardy, François Théberge, Laurence Saltiel… En parallèle, Solal se forme au théâtre, aux claquettes et aux percussions. Dans les années 90, elle chante avec de nombreux musiciens de jazz tels qu’Éric le Lann, Christian Escoudé, Dan Tepfer, Baptiste Trotignon... Le début des années 2000 est marqué par une fructueuse collaboration avec la pianiste Françoise Toullec, le trio La théorie du chaos, avec Lê Duy Xuân et Médéric Collignon, et la participation au Newdecaband de Martial Solal. Porridge Day, sorti en 2005, est son premier disque en duo, avec Benjamin Moussay. Moussay que l’on retrouve également dans Spoonbox, quintet formé en 2009, et avec lequel Solal a enregistré Room Service, en 2010. En dehors de ses nombreuses participations aux groupes de Padovani, comme le Minotaure Jazz Orchestra, L’échappée belle…, Wilhelm a aussi fait partie de l’Orchestre National de Jazz sous la direction de Franck Tortillier, joue avec Minéral Paradoxe, un trio, en compagnie d’Arnault Cuisinier et d’Edward Perrault, travaille avec des danseurs, des peintres…Brousseau est un multi-instrumentiste qui joue aussi bien des claviers que du piano, synthétiseurs, machines, basse, guitare, percussions… dans des environnements aussi divers que Mégaphone ou les combos de Louis Sclavis. Chevallier fait ses premières armes dans les groupes de Patrice Caratini, Laurent Dehors et Jean-Marie Machado. En 1999 il crée Pyromanes pour monter des spectacles musicaux autour de la littérature (Dino Buzzati, Cesare Pavese), du cinéma (Fantaisie en super 8 majeur), de la musique classique (Gesualdo, John Dowland)… A côté des ces projets, avec le percussionniste Denis Charolles, Chevallier joue en duo et en trios en compagnie du chanteur Éric Lareine ou du pianiste John Taylor, sans oublier le sextet Is That Pop Music ?!? Dès le départ, Monino choisit la basse électrique et s’oriente vers le jazz en jouant aussi bien avec Kessler que Tony Pagano, Michel Marre, Philippe Petrucciani… Laurent Cugny fait appel à lui pour le Big Band Lumière, puis pour l’Orchestre National de Jazz. Monino multiplie les rencontres : de la musique méditerranéenne aux chansons françaises en passant par le flamenco, la musique contemporaine, le jazz… Il enregistre First Meeting, son premier disque en leader, en 2002, suivi de Around Jaco en 2006. Laizeau fait ses classes dans les années 70 avec Dante Agostini et entre de plein pied dans la carrière aux côtés de Christian Vander, dans Magma. Dans les années 80, il accompagne des chanteurs tels qu’Alan Stivell ou Tania Maria, et des musiciens de jazz comme Antoine Hervé, François Jeanneau, Martial Solal, Michel Legrand et joue en quartet avec Jean-Paul Celea, Couturier et Dominique Pifarely… Dans les années 90 Laizeau accompagne Eddy Louiss. Laizeau joue aussi avec Louis Sclavis, Michel Portal, l’Orchestre National de Jazz de Denis Badault, puis celui de Didier Levallet…
   Les sept sketches s’articulent autour de compositions de quelques uns des musiciens fétiches de Padovani : Eric Dolphy (« Seventeen West »), Oliver Nelson (« Stolen Moments » et « Cascade ») et Ornette Coleman (« Complete Ornette » qui reprend « Bird Food » et « Ramblin’ »). Padovani ajoute trois morceaux de son cru : « Eric’Sketches » (avec une évocation de « Les », en hommage à Dolphy,), « Si près, si loin » (dédié à Michael Brecker) et « Oliver’s Dream » (pour Nelson…).
   Sketches est placé sous le sceau de la vivacité. Padovani puise son inspiration dans le hard-bop ascendant free, sur les traces de Nelson et Dolphy, bien sûr, mais aussi de Charles Mingus. Les principaux ingrédients du « bop dur » sont là : unissons, rythmique puissante, rifs vigoureux, blues en filigrane, musique groovy…
   Padovani met la dynamique de groupe au centre de sa musique. Monino et Laizeau sont deux moteurs hors bord qui propulsent le septet. La basse groove de bout en bout : des lignes énergiques (« Oliver’s Dream »), des solos plein de swing (« Seventeen West ») et une walking solide (« Eric’Sketches »). La batterie, robuste, maintient le groupe sous pression : du chabada (« Eric’Sketches) aux tambours (« Oliver’s Dream »), en passant par un jeu plus foisonnant (« Stolen Moments ») ou musclé (« Seventeen West »). Les vents, la voix et la guitare alternent unissons (« Complete Ornette »), canons (« Stolen Moments ») et contrechants (« Si près, si loin »). Escapades solitaires momentanées, les solos des saxophones restent dans la continuité du jeu de groupe comme, par exemple, le ténor dans « Cascade », le soprano dans « Seventeen West » et l’alto dans « Complete Ornette ». Le clavier apporte de la densité à la trame sonore (« Si près, si loin ») et renforce l’évocation du blues (« Stolen Moments »). La guitare complète le clavier, en distillant des touches rock (« Oliver’s Dream ») ou fusion (« Complete Ornette »). Le banjo d’« Eric’Sketches », appuyé par une section rythmique dansante et des soufflants enjoués, ramène aux fanfares new orléanaises. À part dans « Stolen Moments », en partie chanté, la voix a le même rôle que les saxophones : les vocalises se mêlent aux unissons et enrichissent la palette sonore du septet.
   La musique de Padovani répond parfaitement à la définition du jazz selon  Enzo Cormann (Vita Nova Jazz, Gallimard ; 2011, cité dans les notes de la pochette) : une « musique à écouter avec les pieds, les hanches, la nuque ». Sketches est un disque bien d’aujourd’hui, imprégné de tradition, et à écouter toute oreille confondue...
Le disque
Sketches
Jean-Marc Padovani Septet
Claudia Solal (voc), Jean-Marc Padovani (ss, ts), Bruno Wilhelm (as), Paul Brousseau (clav), David Chevallier (g, bjo), Frédéric Monino (b) et François Laizeau (dm).
Pype Line productions
Sortie en novembre 2010
Les morceaux
  1. « Seventeen West », Dolphy (6:02).
  2. « Stolen Moments », Nelson (5:29).
  3. « Eric'Sketches » (7:08).
  4. « Si près, si loin » (4:59).
  5. « Cascade », Nelson (6:23).
  6. « Complete Ornette », Padovani & Coleman (7:20).
  7. « Olivers' Dream » (4:47).
Les morceaux ont été composés par Padovani, sauf indication contraire.

All Around – Maria Laura Baccarini, Yann Apperry et Régis Huby

All Around est un disque de chansons, écrites par Yann Apperry, mises en musique par Régis Huby et chantées par Maria Laura Baccarini .
   Huby est un habitué des projets pluridisciplinaires qui mettent en scène des chanteurs, poètes, écrivains, acteurs… : en 2005, Nuit Américaineavec Lambert Wilson ; en 2007,Poètes… vos papiers !, un programme autour de Léo Ferré composé par Yves Rousseau ;  en 2008, Furrow, un hommage à  Cole Porter avec Baccarini ; en 2010, Midnight Torsiond’Eric Watson à partir du Corbeau, le poème d’Edgar Allan Poe etc.
   All Around est sorti chez Abalone Productions – le label créé par Huby – en décembre 2010. Baccarini et Huby (violon et violon ténor électro-acoustique) sont entourés d’un « orchestre de chambre contemporain » et d’une section rythmique jazz. Les musiciens sont familiers de l’univers du violoniste : Catherine Delaunay (clarinette), Roland Pinsard (clarinette basse), Jean-Marc Larché (saxophones), Sabine Balasse (violoncelle) et Olivier Benoît (guitares) composent l’orchestre de chambre. Tandis que la section rythmique est formée deBenjamin Moussay (piano - et l’ingénieur du son, Sylvain Thévenard, sur un titre), Guillaume Séguron (contrebasse et basse électrique),Claude Tchamitchian (contrebasse) et Christophe Marguet(batterie).
   Huby et Moussay ont déjà été présentés maintes fois. Baccarini est à la fois chanteuse et actrice. Elle a commencé dans des comédies musicales : West Side Story (Alan Johnson), CabaretGigiChicago,Nuit Américaine (Wilson)… et joue également au théâtre (La nuit des rois de Shakespeare). Dans le milieu du jazz français, Baccarini s’est fait connaître avec les projets de Claude Barthélémy (Terra Vagansavec Apperry), Rousseau (Poètes… vos papiers !), Huby (Furrow).
   Delaunay est bardée de diplômes : CNR de Rennes, CNSM de Lyon, CNSMDP… avec des professeurs tels que Jacques Di DonatoJacques AboulkerGilbert Amy et Jean-Claude Veilhan. A côté de la musique classique et contemporaine, Delaunay participe à de nombreux projets de jazz avec Laurent DehorsMarc Perrone, Huby etc. et ses propres groupes : la fanfare Y'en a qui manquent pas d'air, un duo avec Pascal Van den Heuvel (sax) ou Tatiana Lejude (d), et en trio avec Edouard Ferlet et Benoît Dunoyer de Segonzac (Trio Plumes).
   Balasse fait ses études de violoncelle à l’ENM de Gennevilliers, puis rejoint le CNR de Paris. Elle étudie ensuite au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles. Outre le classique, Balasse se spécialise dans le tango (musicienne) et le cinéma (actrice).
   Benoît est certes un guitariste, mais avant tout, un chef d’orchestre ouvert à toutes les expériences : la danse avec David Flahaut, la danseuse-trapéziste Clémence Coconnier, la musique contemporaine via Ars Nova, le jazz avec Joëlle Léandre, la Pieuvre, Circum, Optronic…
   Séguron passe par le CNR de Nîmes, puis le CNSMDP (Bernard Cazauran  et Jean-François Jenny-Clark). Actif au théâtre, Séguron joue également avec les musiciens de l’AJMI d’Avignon, puis les orchestres de Jean-Marie MachadoLouis SclavisFrançois Raulinetc.
   Autre élève du CNSMDP, Larché a commencé par le CNR de Besançon. Le saxophoniste navigue de la musique contemporaine aux musiques du monde, en passant par le jazz avec François CouturierMartial Solal,Michel Godard et Jean-Luc Cappozzo...
   Pinsard est passé par les CNR de Rennes, Nantes et La Courneuve pour étudier le répertoire classique et contemporain de la clarinette. C’est au CNSMDP qu’il s’initie à l’improvisation, dans la classe d’Alain Savouret. Depuis, il partage son temps entre la musique contemporaine (ensemble Diffraction), l’enseignement (conservatoire de Châtenay-Malabry) et le jazz avec Élise CaronBenoît Delbecq,Olivier Sens, son trio S H O C K, le sextet Simple Sound d’Huby…
   Né dans une famille de pianistes, Tchamitchian commence par des études au conservatoire d’Avignon, puis se lance dans le jazz. Sa contrebasse a accompagné la plupart des musiciens de l’avant-garde française (Stéphan OlivaJacques ThollotAntoine HervéSophia Domancich…) et autres (Jimmy GiuffreEric Watson…). Tchamitchian a fondé le label Émouvance, créé l’ensemble Lousadzak, joué  dans le Megaoctet d’Andy Emler
   Avec son quartet Résistance Poétique, Marguet a sorti un album admirable en 2010 : Buscando la luz . Le batteur a débuté avec des musiciens mainstream : Barney WilenAlain Jean-MarieGeorges Arvanitas… Mais quand il découvre le free, Marguet tourne la page du be-bop. Depuis il joue dans des contextes divers, avec Henri Texier,Olivier SensSébastien TexierHasse PoulsenDaunik Lazro,Joachim Kühn, Rousseau, Watson etc.
   Les chansons d’All Around ont été écrites par l’écrivain franco-américain Apperry. Prix Médicis en 2000 pour son roman Diabolus in musica, Apperry est également connu pour Farrago (Goncourt des lycéens en 2003), Que vive (1997), Paradoxe du ciel nocturne (1999)… En dehors du roman,  Apperry écrit aussi pour le théâtre et l’opéra.
   Après des bruits de ville lointains, All Around démarre par « Into The Forest ».  Suivent sept mouvements, sur le modèle d’une suite, qui se concluent par « Out Of The Forest », le retour à la réalité. Chaque mouvement est une chanson en anglais qui raconte la forêt, les oiseaux, la mer, le vent... Dans le livret, les paroles des chansons sont accompagnées de poèmes qui évoquent des farfadets, carcajou, gnomes, diablotins… Autant de créatures qui accompagnent l’auditeur dans ce conte écologique initiatique. Les compositions photographiques de Jérôme Prébois (photographe de plateau et photoreporter – VSD – de renom) s’accordent à merveille avec la musique et les textes : les gros plans floutés d’herbes, d’oiseaux, de fleurs, de flammes, de feuilles… mettent l’accent sur les couleurs, les tons et les intensités comme dans des tableaux.
   All Around a des points communs avec les musiques de films et les comédies musicales : la cohérence thématique, l’écriture, le style cross-over… La musique d’Huby privilégie les climats. Le plus souvent lyriques, les mélodies trouvent leur influence dans la musique classique, le folklore celte, le rock alternatif, le jazz… C’est une musique écrite qui ne laisse pas de place à l’improvisation. L’orchestre n’est pas là pour prendre des chorus, tout au plus quelques cadences, mais pour dérouler un tapis rouge à Baccarini, sous forme d’enchaînements de boucles, de rifs en contrepoint, d’unissons, de bourdons… Les soufflants et les cordes se chargent des couches mélodiques, le piano et la contrebasse amènent la densité et la batterie met le relief indispensable pour que l’ensemble ne soit pas falot. Baccarini chante ou scande les paroles de sa voix mezzo-soprano, dans un style plutôt classique : diction claire, phrasé précis, timbre limpide, mise en place nette…
   Des poèmes chantés par une seule voix, accompagnée par un ensemble de musique de chambre : All Around a tout d’un disque de lieder contemporains ou d'opéra de chambre...
Le disque
All Around
Maria Laura Baccarini (voc), Régis Huby (vln), Sabine Balasse (vcl), Jean-Marc Larché (sax), Catherine Delaunay (cl), Roland Pinsard (b cl), Olivier Benoit (g), Benjamin Moussay (p), Sylvain Thévenard (p dans « All Is Fire »),  Claude Tchamitchian (Cb), Guillaume Séguron (Cb, b) et Christophe Marguet (dm).
Abalone Productions – AB003
Sorti en décembre 2010
La liste des morceaux
  1. « Part 1: Into the Forest » (10:05)
  2. « Part 2: Falling Birds » (7:32)
  3. « Part 3: World of Mine » (6:41)
  4. « Part 4: All is Fire » (3:32)
  5. « Part 5: In the Deep » (4:53)
  6. « Part 6: All Around » (6:27)
  7. « Part 7: As it Goes » (5:32)
  8. « Part 8: Amnesia » (7:20)
  9. « Part 9: Out of the Forest » (6:10)