22 novembre 2014

Juillet 2011

La leçon de jazz d’Antoine Hervé – Miles Davis

Après Charlie Parker et Duke Ellington, le 11 avril, Antoine Hervés’attaque à un autre « monument » du jazz, Miles Davis, en compagnie d’Éric Le Lann (tp), Stéphane Guillaume (ts), Michel Benita (b) et Philippe Garcia (d).
Le Lann est né en Bretagne, mais débute sa carrière à Paris en 1977.René Urtreger, Henri Texier, Pepper AdamsPatrice Caratini,Martial Solal… autant de leaders avec qui il joue dans les années quatre-vingt. En 1981, il monte son premier quartet avec Olivier HutmanCésarius Alvim et André Ceccarelli. Le Lann joue et compose pour le cinéma (Autour de minuitElsa, ElsaCorps et bien,Disparus, Les acteurs…), tourne en Afrique et en Europe, enregistre à tour de bras (I Mist YouEric Le Lann joue Piaf et TrénetCap Fréhel,Trois heures du matinLive in Paris, Today I Feel In LovePortrait In Black And Blue…) et dirige l’Ecole de Création Musicale de Rennes.
Premier du conservatoire de Paris en saxophone classique, Guillaume rejoint l’ONJ de Laurent Cugny en 1994. Il se produit dans de nombreux orchestres : le Big-Band Lumière de Cugny, le Caratini Jazz Ensemble, la Cricca d'Umberto PagniniClaude Nougaro, le septet de Christian Escoudé, le New Quartet de Didier Lockwood, le Paris Jazz Big-Band…  En 2004, il sort « Soul Role », son deuxième disque en leader après Miage, en  1996, et avant Intra muros, en 2008. Guillaume enseigne également au Centre des Musiques de Lockwood.
Benita décide de se consacrer au jazz vers vingt ans. Installé à Paris dans les années quatre-vingt, il accompagne des artistes américains de passage comme Lee KonitzHorace ParlanArchie Shepp, Dewey Redman… des musiciens européens à l’inster de Daniel HumairBobo StensonEnrico PieranunziPeter ErskineAldo Romano, Antoine Hervé… En 1986, Benita fait partie du premier ONJ, sous la direction de  François Jeanneau. A partir de 1995 il joue dans Palatino (Romano), avec différents groupes de Marc Ducret, mais aussi Ladyland, le combo d’Eric Truffaz. Par ailleurs Benita compose pour des documentaires et pour des défilés de mode (Hermès). Depuis quelques années, le contrebassiste s’intéresse à la musique du monde (notamment avec Mieko Miyazaki au koto) et à la musique électronique.
Garcia apprend les percussions au CNR de Lyon. Après six ans dans l’Orchestre Symphonique d’Istanbul, Garcia rentre en France et accompagne Don Cherry puis Barre Phillips. Il rejoint ensuite le Collectif Mu à Macon avant de se tourner vers le drum’n’bass et l’électro via Cosmik Connection. Laurent de Wilde, Truffaz, Benita,Rita Marcotulli… font appel à lui.
Hervé consacre son émission aux deux quintets « historiques » de Davis. La soirée commence par une version énergique de « Solar », jouée dans une veine bop : thème – solos (trompette, saxophone, piano, contrebasse) – Stop-chorus de la batterie – thème.
Le trompettiste nait en 1926 et meurt en 1991. Fils de chirurgien dentiste (comme Le Lann…), Davis commence la trompette vers ses dix ans et son professeur, Elwood Buchanan, lui apprend à jouer sans vibrato. Hervé passe rapidement sur l’apprentissage, les cours à la Juilliard, l’école du be-bop au Minton’s, le caractère ombrageux du trompettiste, la boxe, ses combats contre le racisme, ses influences (Lester Young)… pour déboucher sur la naissance du cool, à la fin des années quarante. Hervé rappelle ensuite la tournée triomphale de Davis à Paris, en 1949, sa rencontre avec tous les intellectuels de l’époque et son idylle avecJuliette Greco. Soulignant le rôle particulièrement important de Davis dans l’histoire du jazz, Hervé attribue également à Davis (et Art Blakey) la naissance du hard bop.
Après cette introduction biographique, Hervé présente le premier quintet de Davis (1955 – 1957) : John Coltrane (ts), Paul Chambers(b) et Philly Joe Jones (d) (Red Garland est au piano). Le premier quintet joue essentiellement des standards et des compositions de Davis. C’est à la même époque que Davis enregistre la musique d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle (1957).
Le quintet d’Hervé joue les premières pièces modales de Davis, dont « Milestones » (morceau éponyme de l’album de 1958 sur lequel Julian Cannonball Adderley a rejoint le quintet, au saxophone alto). « Milestones » permet d’apprécier le drive robuste de Garcia et la walking souple de Benita. Le Lann et Guillaume s’en donnent à cœur joie avec des solos vifs et modernes, et Hervé dialogue joliment avec la batterie.
Le pianiste souligne non sans humour que 1959 est une excellente année pour le bordeaux, bien sûr, mais aussi parce que c’est son année de naissance et celle de Kind Of Blue… Dans le quintet de Davis, Bill Evans remplace Garland et Jimmy Cobb prend la place de Jones. Hervé explique, clavier sous les doigts, le principe du jazz modal et enchaîne sur un « All Blues » joué assez proche de la version originale, avec une pression constante maintenue par un motif rythmique tendu.
Hervé détaille ensuite la construction de « So What » avec sa structure AABA, basée sur sept notes articulées autour d’un rif (joué par Benita) et d’une réponse (de l’orchestre). L’effet est garanti !
A l’opposé de Coltrane et d’Adderley qui jouaient beaucoup de notes, Davis introduit le minimalisme. Le Lann explique que les principales différences entre l’approche d’un Dizzy Gillespie et d’un Davis viennent de la valorisation des silences et de son impact sur la sonorité : le travail sur le son est inversement proportionnel au nombre de notes jouées... Pour trouver un son personnel, Davis utilise une embouchure profonde qui lui donne un son doux et ouvert, mais puissant dans les aigus. Evidemment la célèbre sourdine Harmon (baptisée sourdine Miles dans le milieu…) contribue pour beaucoup au son de Davis… Pour illustrer ces considérations, après avoir décrit l’harmonisation de « Blue In Green » dans les superstructures, écrite par Davis et Evans, le quintet interprète le morceau avec beaucoup d’élégance : contrepoints subtils du piano sur le solo soigné de la trompette (qui commence avec la wa-wa), batterie onctueuse aux balais, contrebasse qui balance et ténor qui nuance son propos avec des phrases rapides.
Hervé s’attaque ensuite au deuxième quintet (1960 – 1968) : Herbie Hancock (p), Ron Carter (b) et Tony Williams (d) (George Colemanbientôt remplacé par Wayne Shorter au saxophone). Davis constitue la version définitive de ce quintet en 1963 lors de l’enregistrement deSeven Steps To Heaven.
Après un couplet sur les effets désastreux de la drogue sur les jazzmen, la voix cassée de Davis (suite à une opération sur ses cordes vocales, suivie d’une altercation avec un organisateur de concerts…), Hervé rappelle l’engouement de Davis pour Shirley Hornqui jouait beaucoup d’accords complexes, de phrases rapides séparés par des silences abruptes. Avec l’arrivée de Shorter qui a quitté les Jazz Messengers pour rejoindre Davis, le quintet travaille avant tout les couleurs et la structure de la musique.
« Four » est joué straight, dans un style bop moderne, et permet d’écouter un superbe solo de Benita, servi par un son grave, profond et plein de relief.
Hervé parle, tout en s’accompagnant d’accords, puis démarre sur une version de « My Funny Valentine » pleine de tact (enregistrée par Davis au Plugged Nickel, à Chicago). Les dialogues piano – trompette dans l’introduction et piano – contrebasse rivalisent de finesse.
Autour de 1965, la déferlante du free-jazz met à la mode l’intervalle de quarte au lieu des l’intervalle de tierce. « ESP », composé sur la base d’une série de quartes, est joué à toute allure par les solistes qui s’appuient sur une contrebasse et une batterie particulièrement foisonnantes !
Davis sait choisir les meilleurs musiciens pour servir sa musique et attache un soin particulier au batteur. De fait, il a l’habitude de dire : « j’ai le tempo absolu ». Et s’il joue dos au public, ce n’était pas par snobisme, mais parce qu’il veut bien entendre la grosse caisse et faire face à ses musiciens, comme tout chef d’orchestre. « Nefertiti » a été écrit pour la batterie : pendant que les soufflants font tourner le thème tranquillement et  que le couple contrebasse - piano maintient la pulsation, la batterie fait son show à base de roulements et de splash.
Pour conclure Hervé récapitule : Davis est un peintre, un grand chef d’orchestre, un grand trompettiste… à la base de la plupart des évolutions dans le jazz de la deuxième moitié du vingtième siècle, en bref : un sorcier. Le quintet clôt cette soirée Davis par une version de « Sorcerer » pétulante à souhait… à l’image de la Leçon de jazz !

C’est l’été…



Chofé biguine la

Caratini Jazz Ensemble & Alain-Jean Marie Biguine Réflections
Entre les comédies musicales de Broadway et les chansons réalistes de Montmarte, un peu au sud, il y a les biguines de Pointe-à-Pitre…
La biguine nait au XIXe dans les Antilles françaises et devient populaire en Europe dans les années 30. C’est une danse écrite en 2/4 et basée sur lecinquillo, une formule rythmique syncopée dont le motif est, grosso modo, « tam ta-tam ta-tam » (!). L’engouement pour la biguine atteint son apogée en occident avec le tube de Cole Porter : « Begin The Beguine ». Composé en 1935 sur le piano du Ritz, à Paris, puis intégré à la comédie musicale Jubilee, ce thème est devenu un standard du jazz.
En 1992, Alain Jean-Marie fonde le trio Biguine Réflections, avec Eric Vincenot à la basse électrique et Jean-Claude Montredon à la batterie, pour reprendre à sa façon des biguine. Patrice Caratiniadapte les Biguine Réflections pour le Jazz Ensemble en 2001 et demande à Jean-Marie d’en être le pianiste. Chofé biguine est jouée et enregistrée en concert à Fort de France et Basse-Terre. Dix ans plus tard, Caratini retombe sur les bandes et décide d’en faire un album :Choffé biguine la. Le jazz Ensemble reprend également ce programme lors d’un concert à Pierrefitte, le 31 mars 2011, dans le cadre du Festival Banlieues Blues.
Depuis 1997, l’effectif du Jazz Ensemble est resté stable avec André Villéger (saxophones alto, soprano, et clarinette), Matthieu Donarier(saxophones ténor, soprano et clarinette), Pierre-Olivier Govin(saxophones alto et baryton. Rémy Sciuto lui a succédé depuis),Claude Egea et Pierre Drevet (trompette), Denis Leloup (trombone),François Bonhomme (cor), François Thuillier (tuba), David Chevallier (guitares), Thomas Grimmonprez (batterie)  et, bien entendu, Caratini. Pour Choffe biguine la, l’orchestre joue avec le trio Jean-Marie – Vinceno – Montredon.
Chofé biguine la propose onze morceaux plutôt courts : quatre thèmes sont de Jean-Marie, « Diamant H2O » est de Montredon, deux titres sont d’Al Lirvat, « Serpent maigre » a été composé par Alexandre Stellio et le morceau éponyme est signé Robert Mavounzy ; l’orchestre joue également « Tu, mi delirio », tube de César Portillo de la Luz et « Mazurka pour ma mie » d’Henri Salvador.
Comme d’habitude, les arrangements de Caratini respirent l’enthousiasme et l’allégresse : chœurs des soufflants tonitruants (« Haiti », « Serpent maigre »), rythmique dansante (« Tou sa sé pour doudou »), entrelacs des voix (« Jean-Claude »), chorus courts et vifs… Le piano joue un rôle clé et Jean-Marie est particulièrement à l’aise dans ce répertoire. Il swingue à tout va (« Pa oublier ti commission la »), fait des incursions dans le be-bop (« Vallée heureuse » avec walking et chabada), alterne jeux note à note ou en accords (« Diamant H2O »), répond à l’orchestre (« Pas oublier ti commission la ») ou joue en contrepoint (« Serpent maigre »). Même si le disque est placé sous le sceau des danses caribéennes, les ambiances sont variées : outre les biguines, le Jazz Ensemble joue également un joli blues des îles (« AJM Blues »), un boléro bien senti (« Tu, mi delirio »), un clin d’œil à La Nouvelle-Orléans (« Serpent maigre »), une mazouk (« Mazurka pour ma mie ») etc.
Chofé biguine la s’approprie un genre musical populaire avec modernité et sans complexe. Caratini et ses compères proposent une véritable ode à la bonne humeur !
Le disque
Chofé biguine la
Caratini Jazz Ensemble : Patrice Caratini (b, orc), André Villéger (sax, cl), Matthieu Donarier (sax, cl), Pierre-Olivier Govin (sax), Claude Egea et Pierre Drevet (tp, bgl), François Bonhomme (cor), Denis Leloup (tb), François Thuillier (tu), David Chevallier (g, bjo) et Thomas Grimmonprez (d).
Avec  le trio Biguine Réflections : Alain Jean-Marie (p), Éric Vinceno (el b) et Jean-Claude Montredon (d).
Universal – EmArcy
0602527630120
7 mars 2011

Liste des morceaux
01. « Pas oublier ti commission la », Al Lirvat (4:24).
02. « Haïti » (5:38).
03. « Jean-Claude » (4:32).
04. «  AJM blues » (5:36).
05. «  Diamant H2O », Montredon (5:22).
06. « Vallée heureuse » (6:24).
07. « Tou sa sé pou doudou », Lirvat (3:56).
08. « Serpent maigre », Alexandre Stellio (4:28).
09. « Tú, mi delirio »,César Portilo de la Luz (7:25).
10. « Chofé biguine la », Robert Mavounzy (4:16).
11. « Mazurka pour ma mie », Henri Salvador (3:30).
Les compositions sont signées Alain Jean-Marie sauf indication contraire.

De Montmartre à Broadway : Patrice Caratini joue la comédie

Les 10 et 11 juin, l’orchestre de Patrice Caratini présente auxTrois Baudets De Montmartre à Broadway, une reprise de deux projets, autour de Cole Porter et de chansons réalistes françaises du début du vingtième.
Boulevard de Clichy, au milieu des sex shops et autres cabarets, Les Trois Baudets est une salle singulière. Créée en 1947 par Jacques Canetti, figure emblématique de la production musicale française, ce lieu est désormais un établissement culturel de la ville de Paris. Vaste, moderne, lumineux et bien rénové, Les Trois Baudets s’abrite derrière une belle façade Art Déco. Outre le bar et restaurant qui offre une vue pittoresque sur le boulevard, ce centre culturel met à disposition une salle de spectacle de deux cent cinquante places dont la programmation est orientée avant tout vers la chanson, mais aussi le spectacle vivant.
Caratini propose deux soirées en deux parties : Anything Goes avecSara Lazarus, consacrée à Porter et De l’amour et du réel avecHildegarde Wanzlawe, dédié aux chansons réalistes françaises. Astucieusement, le bassiste commence la première soirée par Anything Goes et la deuxième par De l’amour et du réel ; ce qui permet aux couches-tôt d’assister à un set chaque soir et de ne rien manquer du programme…
A la fin des années soixante, Caratini accompagne les musiciens américains de passage à Paris (Chet BakerDizzy GillespieJohnny GriffinLee Konitz…), des pianistes du cru (Georges ArvanitasAlain Jean-Marie…) et des artistes de variété (Georges BrassensMaxime LeforestierGeorges MoustakiRenaudHenri Salvador…). Boîte à musique, un disque en duo avec le guitariste Marc Fosset, lui vaut le prix de l’Académie du jazz, en 1977. Son premier big band date de 1980 : le Onztet. Caratini tourne ensuite avec Stéphane Grappelli, Fosset et Martin Taylor. A partir des années quatre-vingt-dix, ses talents de chef d’orchestre sont souvent mis à contribution : création d’Anna Livia Plurabelle d’André Hodeir, l’Orchestre Philarmonique de Radio France avec Cesairus Alvim et Eddie Gomez, l’Orchestre National de France… Associé à François Jeanneau et Andy Emler, Caratini dirige le projet La Scène et Marnaise de Création Musicale.
Le Caratini Jazz Ensemble voit le jour en 1997. L’orchestre, dix à quinze musiciens, fait le lien entre les big bands de l’ère swing et la musique d’aujourd’hui. Il compte d’innombrables concerts et six disques à son actif. La force de cet orchestre c’est d’avoir réussi à rester stable et associer des musiciens de jazz  mainstream et d’avant-garde du plus haut niveau : André Villéger (saxophones et clarinette),Matthieu Donarier (saxophones et clarinettes), Rémi Sciuto(saxophones et flûte, il remplace Pierre-Olivier Govin), Claude Egeaet Pierre Drevet (trompette), François Bonhomme (cor), Denis Leloup (trombone), François Thuilier (tuba), David Chevallier(guitares et banjo),  Alain Jean-Marie ou Manuel Rocheman (piano),Thomas Grimmonprez (batterie) et Sebastian Quezada (percussion). Auxquels s’ajoutent Caratini (contrebasse) et Lazarus ou Wanzlawe (chant).
Broadway : Anything Goes
Les Trois Baudets - 10 juin 2011
Anything Goes est une comédie musicale écrite en 1934 par Porter. Le Caratini Jazz Ensemble rend hommage à ce compositeur prolixe qui, à l’instar des frères Gershwinet d’Irving Berlin, a marqué de son empreinte la musique populaire américaine et le jazz en composant un nombre considérable de morceaux devenus des standards. Caratini a créé ce projet en novembre 2000 et sorti un disque en 2002 (Harmonia Mundi, collection Chant du Monde). Le concert reprend la plupart des titres du disque : « Get Out Of Town » et « My Heart Belongs to Daddy » (1938 - Leave It To Me), « All Of You » (1955 – Silk Socking), « What Is This Thing Called Love » (1929 – Wake Up And Dream), « Too Darn Hot » (1939 –Kiss Me Kate), « You’d Be So Nice » (1943 - Something to Shout About), « You’re The Top » (1934 - Anything Goes), « Night and Day » (1932 -Gay Divorce) et « Love for Sale » (1930 - The New Yorkers). Caratini ajoute « I Concentrate On You » (1940 – Broadway Melody Of 1940) et « Before The Night », une composition de son cru pour introduire « Night And Day ».
Le programme d’Anything Goes est chanté par Lazarus. La chanteuse apprend d’abord le piano classique puis le saxophone ténor pour pouvoir jouer dans l’orchestre de son école. Lazarus passe ensuite au chant, tourne en Europe et poursuit des études de littérature anglaise à Harvard, en parallèle avec la musique. C’est Illinois Jacquet qui la pousse définitivement vers le jazz. Lazarus s’installe à Paris où elle joue avec Jacky Terrasson, Jean-Marie, Ricardo Del FraSteve WilliamsBireli Lagrene
Caratini commente chaque morceau, souvent avec une bonne dose d’humour, comme par exemple à propos de « My Heart Belongs To Daddy » : « inévitablement quand on baigne dans cette époque, on rencontre des tas de gens qui ont laissé des traces et on va jouer maintenant une chanson qui a été interprétée par Marylin Monroe… qui n’est pas là ce soir ». Ou quand il explique que le Jazz Ensemble va jouer « You’re The Top » « avec une orchestration d’origine sauf qu’il nous manque une quarantaine de violons… ».
Caratini privilégie la tension à la détente : démarrages vifs (« Darn Too Hot », « Get Out Of Town »), chœurs énergiques (« What Is This Thing Called Love », « My Heart Belongs To Daddy »), rythmique dansante (« Get Out Of Town ») et solos dynamiques (« You’ve Been So Nice »).
L’orchestration laisse de l’espace aux solistes qui prennent tous au moins un chorus au cours de la soirée. Caratini s’amuse également avec les contrastes entre les sonorités : duos saxophones – voix («My Heart Belongs To Daddy » ou « Darn Too Hot »), dialogue guitare (à douze cordes) – voix (« Love for Sale »), conversation saxophone – batterie (« Night and Day »), trio tuba – trompette – voix (« You’ve Been So Nice »), clarinette ou flûte traversière en contrepoint de l’orchestre (« Before The Night ») etc. Dans la plupart des morceaux les chœurs jouent des rifs qui maintiennent les solistes sur la braise (« All Of You »). A côté de ce rôle à la Count Basie, les soufflants ont aussi des passages de délires collectifs qui mettent du piquant dans les interprétations (« What Is This Thing Called Love »). La rythmique joue un rôle clé d’impulsion, indispensable pour mettre du relief dans ces standards, proies faciles pour la guimauve... La basse danse joyeusement (walking de « Get Out Of Town »), la guitare soutient la pulsation (« What Is This Thing Called Love »), le piano déploie un phrasé bop vigoureux (« All Of You ») et la batterie, d’une mobilité à toute épreuve, dispense un drive détonnant.
Le bassiste mélange habilement le passé et le présent : « What Is This Thing Called Love » commence par une interprétation straight à la manière des comédies musicales, puis part dans un développement rapide et moderne ; « You’re The Top » est joué dans la version sautillante d’origine ; « Before The Night » est une mélopée contemporaine qui débouche sur « Night And Day », d’abord interprété par Fred Astaire et Ginger Rogers, avant que l’orchestre n’en donne une version pleine de swing, tandis que Gay Divorce est projeté sur l’écran, derrière les musiciens… L’orchestre s’amuse également à glisser des citations qui brouillent allègrement les époques et les styles. C’est ainsi que « Lullaby Of Birdland » apparaît au milieu de « You’ve Been So Nice », « Hot House » (Tadd Dameron) se mêle à « What Is This Thing Called Love » etc.
Caratini ne tergiverse pas avec la qualité des musiciens de son orchestre : le choix de Lazarus est donc parfait pour ce répertoire. La chanteuse possède une belle voix medium qu’elle maitrise avec souplesse (« Get Out Of Town », « Love For Sale ») et précision (« Darn Too Hot », « You’re The Top »). Son coffre lui permet de converser sans complexe avec l’orchestre, même quand il hausse le ton (« What Is This Thing Called Love »). Lazarus est particulièrement à l’aise avec le rythme : sa mise en place limpide et son phrasé jazz impeccable donnent de l’éclat à son chant (scat dans « You’ve Been So Nice »).
Une musique flamboyante, orchestrée avec brio et servie par des interprètes irréprochables : Anything Goes dans la bonne direction !
Montmartre : De l’amour et du réel
Les Trois Baudets - 11 juin 2011
De l’amour et du réel a été créé en 2004 et un disque est sorti en 2008 chez Harmonia Mundi (collection Chant du Monde). Dans ce programme, Caratini a arrangé des chansons réalistes françaises pour son Jazz Ensemble et Wanzlawe.
Le courant réaliste apparaît à la fin du dix-neuvième et fleurit dans l’entre-deux guerres. Ce mouvement, essentiellement citadin, voire parisien, se caractérise par des chansons à texte qui décrivent surtout les côtés noirs de la vie quotidienne, un peu comme le blues aux Etats-Unis. Des poètes, dramaturges, écrivains… participent au mouvement, tels que Jacques PrévertMaurice Magre,Francis CarcoBernard Zimmer… La plupart du temps, les textes sont interprétés par des chanteuses très expressives, dont les plus célèbres sont FréhelDamiaLys GautyMarie Dubas, sans oublier, bien sûr,Edith Piaf et Juliette Gréco.
De l’amour et du réel fournit l’essentiel du répertoire de la soirée : « Mon légionnaire » (Raymond Asso & Marguerite Monnot – 1936), « La vipère du trottoir » (Jean Rodor & Vincent Scotto – 1921), « Je ne t'aime pas » (Magre & Kurt Weill – 1934), « Barbara » (Prévert  &Joseph Kosma – 1946), « La grasse matinée » (Prévert & Kosma – 1946), « Pluie » (Zimmer & Jean Lenoir – 1933) et « Du gris » (Ernest Dumont & Ferdinand-Louis Benech – 1920), auxquels s’ajoute « Départ » (Gaston Groener & JeanTranchant – 1933), extrait deShort Songs, un trio monté en 2008 avec Caratini, Wanzlawe et Sciuto.
Wanzlawe aborde le chant par la musique classique avant de se tourner vers le jazz, d’écumer les clubs bretons et parisiens, notamment au sein du Jacky Bouilliol Quartet, mais aussi les festivals. Depuis 2004 la chanteuse a intégré le Caratini Jazz Enemble. En parallèle Wanzlawe joue au théâtre (au sein de la compagnie Le ciel d’émail, des lectures de nouvelles d’Anton TchekovLe procès de Lucullus deBertold Brecht mis en scène par Pierre Hoden…) et enseigne le chant à l’ARPEJ.
Les musiciens sont les mêmes que pour Anything Goes, excepté Jean-Marie qui cède la place à Rocheman et Quezada qui s’installe aux percussions.
Les chansons réalistes sont plus longues et structurées que les thèmes de Broadway. Elles laissent moins de place aux solistes, qui doivent jongler entre les couplets et les refrains. Pour mettre sa pâte et permettre aux musiciens d’apporter leur touche, Caratini glisse des introductions et des conclusions décalées (démarrage foisonnant de « La grasse matinée », final touffu de « Départ »), pimente son propos en faisant appel à des rythmes latinos (« La vipère du trottoir »), étoffe les mélodies avec des rifs colorés (« Du gris », « Barbara ») et place de nombreux contrechants entre des instruments solistes et la voix (la trompette dans « Mon légionnaire », le tuba dans « Barbara », la clarinette dans « Je ne t’aime pas »…). Le bassiste donne également du caractère aux chants en malaxant la matière sonore : le velouté du trombone (« Mon légionnaire »), des effets bluesy à la trompette (« Je ne t’aime pas »), une ambiance « vaudou » (« Du gris »), des harmonies salsas (« La vipère du trottoir ») etc.
Une fois encore, Caratini a trouvé en Wanzlawe une interprète de choix pour les chansons réalistes : voix grave et légèrement rauque, diction claire et phrasé linéaire. Choix d’autant plus judicieux que Wanzlawe a une présence particulièrement théâtrale et un chant volontiers dramatique, dans la lignée de Barbara ou de Greco.
De l’amour et du réel montre avec panache que la chanson réaliste française mérite un détour.
Caratini réconcilie avec talent les anciens et les nouveaux, la chanson populaire et le jazz, le simple et le complexe… Sa musique est un peu classique, bien organisée, passionnément jouée et pas du tout plan-plan.

Inclinaisons – Partie III

Marion Piras est audacieuse d’avoir proposé une soirée avec trois solos : Michele Rabbia aux percussions, Jean-Charles Richard aux saxophones, et Paolo Angeli à la guitare préparée.
Les bons coups de Michele Rabbia
Le Triton – 28 mai 2011
Le concert commence par un solo de percussions de l’artiste italienMichele Rabbia.
Rabbia apprend la musique au conservatoire de Turin, dont il sort avec un premier prix de percussions. Après avoir suivi des cours de batterie avec Enricho Lucchini, il est admis au Berklee College of Music à Boston. Après deux ans aux Etats-Unis, en 1990, Rabbia revient en Italie et s’installe à Rome. Dès lors il joue et enregistre avec le gotha du jazz moderne : Dominique PifarélyEnrico PieranunziRita MarcotulliVincent CourtoisCharlie MarianoPaolo Damiani,Francesco Bearzatti… Rabbia compose également pour la danse et le théâtre.
En 2005 il compose un spectacle en solo en hommage à des artistes italiens : Carmelo BenePier Paolo Pasolini et Dino Campana. Le concert du Triton est basé sur ce spectacle.
Á gauche, une table avec un or dinateur portable ; au centre, une sorte de grosse caisse symphonique ; derrière, une chaise avec une scie musicale ; à droite, des percussions en tous genres : gongs, cymbales, billes, coupelles, cloches, tambourin… Le décor est planté.
Tel un « cuisinier musical », Rabbia s’active entre la chaise, les tables et la grosse caisse. Le concert consiste en un morceau de trente cinq minutes et d’un bis d’une dizaine de minutes. En fait, le morceau est constitué de plusieurs séquences qui durent entre cinq et dix minutes. Tout commence par une pièce dans la veine de la musique concrète dePierre Henry et Pierre Schaeffer : des bruitages électroniques mystérieux lancés par l’ordinateur sur lesquels Rabbia interagit av ec sa scie musicale. Le percussionniste joue avec les effets de surprise en changeant brutalement de direction au grès des boucles. L’ensemble fait penser à une installation sonore. Dans le deuxième tableau, Rabbia dispose sur la grosse caisse des coupelles métalliques de taille différente avec des billes qu’il fait tourner. Orchestré avec une précision remarquable, ce nouvel instrument se situe entre carillon et gamelan. Après avoir fait monter la tension, Rabbia  enlève une à une les coupelles. Nouveau jonglage sonore avec les mailloches sur la grosse caisse qui font rebondir des balles et des clochettes comme sur un trampoline. Et toujours cette précision diabolique. Les roulements furieux atteignent un paroxysme sonore que Rabbia interrompt par un soudain retour au calme. Il caresse la surface de la grosse caisse puis se lance dans un solo virtuose entre cymbales et peau. Dans la séquence suivante il frotte la grosse caisse puis heurte en rythme trois palets disposés contre le bord. L’effet est d’autant plus saisissant qu’il ajoute des coups de sifflet : un train à vapeur part en voyage ! Bienvenue dans le neo-réalisme musical italien… Ensuite, Rabbia rend un hommage à Gyorgi Ligeti : il place des métronomes qui marquent des mesures différentes sur la grosse caisse et dialogue d’abord avec un tambourin, puis avec un sachet en plastique (sic). Il démonte de nouveau son installation sonore afin d’entamer un duo métronome et claques, jubilatoire… Le bis est un hommage à l’acteur Carmelo Bene(1937 – 2002). Rabbia joue de la scie musicale et d’une cymbale pe n dant que Bene récite de sa voix gr ave et velouté le monologue « Ecco, si spegne il lume », tiré de Manfred et accompagné d’une musique de Robert Schumann (disque sorti en 1980).
Dextérité, imagination, créa tivité, humour, jonglage, sculpture… les qualificatifs ne m anquent pas pour décrire Rabbia et sa musique, mais pour résumer l’impression d’ensemble en un mot : passionnante !
Le souffle de Jean-Charles Richard
Le Triton – 28 mai 2011
Jean-Paul Celea a dé claré forfait et c’est Jean-Charles Richard qui le remplace : la « gr and-mère » cède la place aux binious.
Richard n’est plus à présenter : ses qualités musicales en font un musicien particulièrement recherché sur la scène du jazz. Il joue dans moult ensembles dont Jean-Marie Machado « Danzas », le Sounds Quartet de Marc Buronfosse, le Spoonbox de Claudia Solal ou encore avec Eric LöhrerDavid Patrois...
Faces, le premier album de Richard, sorti en 2006 chez Herrade Fairplay, est un disque en solo. En habitué de l’exercice, Richard tient l’auditeur en haleine. D ’un mo rceau à l’autre, il varie les instruments (saxophone soprano et baryton), les tempos et les climats. Le répertoire du concert reprend des morceaux deFaces, sans les effets de re-recording de l’album.
Le premier morceau repart de  « Fandango » et « El niño ». Tout commence d’abord par une évocation de l’Inde, avec une mélodie lente, un son lointain et des effets de souffle. Cette ambiance méditative est interrompue par des déferlements d’arpèges au saxophone soprano, que John Coltrane ne renierait pas. « Rainouartau tinel » est un hommage à la chanson de geste. Richard joue vite et titille les aigus du baryton, avant d’entamer un passage rythmique savoureux dans lequel il utilise les touches comme un instrument de percussion. « B : portrait du saxophone soprano », adoubé par Steve Lacy, ressemble à une pièce de musique contemporaine avec le soprano qui triture le si dans tous les sens. Richard se lance ensuite dans un contrepoint au baryton entre une mélodie aigue et une basse continue, le tout sur un rythme entrainant, qui débouche sur un passage rythmique joué uniquement avec le bec. Près de dix minutesépoustouflantes ! La « Réflexion sur le langage d’Olivier Messiaen » d’Alain Margoni est un morceau virtuose de musique contemporaine en hommage au compositeur et à ses partitions inspirées par le chant des oiseaux. Pour terminer, Richard joue une courte pièce amusante, vive et  énergique, en forme d’interlude.
Un jazz assumé – le rythme est un élément central dans le jeu du saxophoniste – et une forte dose de musique contemporaine : la musique de Richard est un chant excitant et singulier.
Les cordes de Paolo Angeli
Le Triton – 2_ mai 2011
Le dernier concert solo de la soirée est confié au « guitariste-bricoleur » Paolo Angeli.
Né en Sardaigne (comme Paolo Fresu), Angeli apprend la guitare à neuf ans avec son père.
Encore enfant, il commence à chanter et à jouer avec des groupes de rock qui animent des bals, carnavals et autres fêtes de village. A dix-neuf ans, Angeli est diplômé de l’école… nautique ! Il déménage à Bologne
et fait partie du Laboratorio di Musica & Immagine, un big band de quatorze musiciens qui mélange joyeusement les genres musicaux, dont l’improvisation collective. Dès lors, Angeli accumule les expériences : avec MistressFred Frith (l’opéra « Pacifica »), Stefano ZorzanelloJon Rose… Angeli apprend également le tuba avec Banda Roncati. Le guitariste enregistre beaucoup : des solos (Mede, drawing Ci
rcle, Tessuti…), avec des orchestres (Nita l’angelo sul trapezio avec les musiciens de Bologne), mais aussi en duo – formule qu’il affectionne – avec Frith, Antonello SallisHamid DrakeHélène Breschand,Takumi Fukushima… Depuis 1996, avec Nanni Angeli, il anime Isole che parlano, un festival à Palau axé sur des rencontres entre la musique traditionnelle et l’avant-garde. Parallèlement, Angeli a passé une maitrise d’ethnomusicologie et publié
un ouvrage de référence sur le « canto a chitarra ».
Avant d’aborder le concert, impossible d’échapper à « l’installation musicale » d’Angelini. Au début des années 90, Angeli découvre avecGiovanni Scanu le Canto a chitarra de Gallure et Logudoro (deux régions du nord de la Sardaigne). Véritable électrochoc, cette rencontre amène Angeli à créer la « guitare sarde préparée : instrument orchestral à 18 cordes – sorte d’hybride entre guitare baryton, violoncelle et batterie – agrémentée de martelets, pédaliers, hélices à pas variable. Avec cette singulière guitare transformée – réalisée par l’artisan Francesco Concas ». En 1997, Linee di fuga est le premier disque d’Angeli en solo sur c
ette guitare. Suivent, en 2003, Bucato puis de nombreux autres disques enregistrés en concert. Intéressé par les possibilités de l’instrument,Pat Metheny déclare : « selon moi, Paolo Angeli ouvre des voies inédites majeures pour la guitare, par ses innovations dans la conception de l’instrument ». Le guitariste américain passe donc commande : deux nouvelles guitares sardes préparées sont créées par Angeli et la lutherie Stanzani, dont une a séduit Metheny.
Angeli joue « Mascarade » et un « Hommage aux Indignés », deux pièces de vingt minutes, et, en bis, un blues Sarde d’une dizaine de minutes.
A l’instar du solo de Michele Rabbia, la musique d’Angeli est extra-ordinaire. « Mascarade » commence par un jeu rythmique entrainant, semblable à une marche, puis Angeli alterne phrases de blues et rythme (Angeli est pieds nus et joue avec deux pédales). L’ensemble est particulièrement entraînant, mais la machine s’emballe rapidement. Entre mandoline et guitare, avec beaucoup d’humour (des spectateurs éclatent même de rire), Angeli gère les passages mélodiques, rythmiques et les silences avec un sens de la mise en son exemplaire. Il tripote une batterie d’interrupteurs et de boutons pour installer des climats de tous genres : rock, baroque, folklorique, rythmique, acoustique, contemporains, free… Et toujours sur un rythme captivant ! Il s’amuse avec ses boucles électroniques, mais passe vite d’une séquence à l’autre. A l’image des bruitistes du vingtième, Angeli glisse des bruitages quasi-cinématographiques et manie l’humour avec talent, comme quand il imite les grincements d’un bateau sur le point de rompre ou les machines d’une usine… La vie quotidienne s’intègre naturellement au milieu de sa musique. Soudain, c’est un retour dans le temps avec un trio baroque de toute élégance, joué à l’archet (la sonorité rappelle la viole de gambe), en pizzicato et aux pieds. Les pérégrinations du guitariste débouchent sur un bel canto très rythmé qui s’accélère comme un sirtaki et s’achève sur une partie uniquement rythmique. Des sons électroniques servent de transition à une mélodie italienne qui dérape aussitôt vers un rock noisy, avec des touches de musique du moyen orient… Visiblement touché par le mouvement des Indignés espagnols, Angeli leur dédie un hommage. Il ajoute des clochettes sur le chevalet de sa guitare. D’abord mystérieux, avec un ensemble de bruits, de rythmes réguliers et de mélodies, le morceau devient ensuite un mélange de folklore et de free. Le guitariste fait monter la tension en jouant avec tous les sons à sa disposition. Après être repassé par des contrepoints baroques, Angeli enchaîne avec un passage de guitare virtuose que relaient des sonorités acoustiques et électriques. Le blues qui clôt la soirée commence par une mélodie émouvante portée par un rythme entraînant. Angeli entame alors un chant, avec une voix impressionnante : haut perchée, exempte de vibrato et avec des modulations méditerranéennes ; un chant folklorique, accompagné par une guitare bluesy et des effets noisy. Les spectateurs en restent le souffle coupé.
Angeli joue sa musique comme bon lui semble et enchevêtre tous les styles, du jazz au rock en passant par le free, la musique baroque, la musique contemporaine, la musique populaire… Tel un troubadour, il prend son temps pour jouer ce qu’il à dire et raconte des histoires pleines de rebondissements. Angeli invente le comix-musical… A écouter absolument.
Ainsi s'achèvent trois soirées exceptionnelles. Preuve par les notes que la recherche peut être complexe et les développements ludiques !