22 novembre 2014

Janvier 2014

A la découverte de… Pierre Durand

La musique
J’ai découvert le jazz à l’adolescence, mais je détestais cette musique ! Ce n’est que vers dix-neuf ou vingt ans que j’ai appris à l’aimer, en écoutant Archie SheppGeorge BensonJohn Scofield etCount Basie. Des musiciens aux racines blues… Cela dit, dès mon plus jeune âge, j’ai été attiré par la musique : tout petit, vers quatre ans, je prenais déjà des casseroles et faisais semblant de jouer… J’ai commencé la guitare vers cinq ans avec un professeur d’accordéon qui tenait un magasin de musique à côté de la maison. Il me faisait travailler dans son arrière-boutique. Ensuite je suis entré au conservatoire. L’ambiance ne me plaisait pas et j’étais un mauvais élève ! A quatorze ans, j’étais sur le point de tout laisser tomber quand j’ai rencontré Philippe Lombardo. Il m’a redonné le goût de la musique et de la guitare en me faisant découvrir le blues. Ce fût une véritable révélation et j’ai sauté dedans à pieds joints ! J’ai quitté le conservatoire et pris des cours avec Philippe. C’est lui qui a réussi à m’amener au jazz, malgré mes réticences… Par la suite, j’ai poursuivi mon apprentissage avec en duo avec le pianiste Philippe Bestion. C’était passionnant d’essayer de faire sonner les couleurs du piano sur la guitare… En parallèle j’étais inscrit en fac de sciences économiques. Après avoir  décroché – péniblement – mon Deug, j’ai su que je ne poursuivrai pas dans cette voie et j’ai choisi de me consacrer à la musique. Pendant deux ans j’ai fréquenté l’American School of Modern Music, puis le conservatoire de Noisiel, où j’ai suivi les cours de Franck Leriche, qui insistait beaucoup sur le rythme. Après j’ai intégré le CNSMDP, dont je suis sorti, trois ans plus tard, en 2003. J’ai décidé de ne pas y jouer les prolongations parce que je trouvais que j’avais déjà été étudiant trop longtemps et me sentais déconnecté de l’ambiance estudiantine…
Les influences
A la base, j’ai été influencé par B.B. KingJohn Lee HookerChuck BerryStevie Ray VaughanRory GallagherFreddy KingEtta JamesOtis RushAlbert KingPeter Green et, bien sûr, « The Voice » Lightnin’ Hopkins… Parmi les jazzmen, Scofield, Benson, Bill Frisell, et John Abercrombie ont également un gros impact sur ma musique. Tout comme les saxophonistes Dexter Gordon et, surtout,Steve Grossman, les compositeurs Charles Mingus, le Liberation Orchestra, Ornette Coleman… et des pianistes comme Keith Jarrett,Joe ZawinulHal GalperHank JonesBill Evans… Beaucoup de musiciens m’ont influencé ! D’abord et surtout les musiciens avec qui j’ai joué ou avec qui je joue. Et je continue d’être influencé par beaucoup de gens. En fait par tout le monde, jeune ou vieux, jazz ou pas jazz… Peu importe ! il n’y a pas de bons ou de mauvais pots, ce qui compte c’est ce qu’il y a à l’intérieur… Il y a tellement de musiciens fabuleux !
Cinq clés pour le jazz
Qu’est-ce que le jazz ? La seule musique qui mélange toutes les musiques du monde avec l’improvisation comme colonne vertébrale.
Pourquoi la passion du jazz ? Il est ouverture, surprise et anti-ronronnement.
Où écouter du jazz ? Live, dans un endroit où il y a un comptoir et où tu peux boire un coup sans qu’on te fasse les gros yeux…
Comment découvrir le jazz ? Il faut l’écouter en se disant que le jazz est comme le cinéma : il y a plein de genres différents.
Ce n’est pas parce que tu n’aimes pas Jean-Luc Godard que tu n’aimes pas le cinéma.
Ce n’est pas parce que tu n’aimes pas Bruce Willis que tu ne vas plus aller dans une salle.
C’est juste que ce n’est pas ton style de cinéma.
Pour le Jazz c’est pareil : il y a du jazz très influencé par le rock ou le punk, la musique contemporaine ou l’électro, la pop – ça, ça ne manque pas… – ou la musique Afro …
Une anecdote autour du jazz ? François Théberge est appelé pour jouer et arranger des titres pour un musicien africain. Il écoute les morceaux. Il n’y a évidemment pas de partitions et des percussionnistes à foison !
- François : D’accord. Je vois l’ambiance. C’est super ! Ça tourne terrible ! Ouahou ! Qu’est-ce que ça joue… C’est monstrueux ! Et là, c’est le premier temps ?
- Réponse (tout sourire) : Mmmh…
- Non, mais sérieusement, c’est bien là le premier temps, non ?
- Oui, oui…
- Ah… ben là, on croirait que c’est plutôt à cet endroit le premier temps… C’est là alors !?
- Oui, aussi… C’est comme tu veux…
Le portrait chinois
Si j’étais un animal, je serais un singe,
Si j’étais une fleur, je serais une fleur de cerisier,
Si j’étais un fruit, je serais une poire,
Si j’étais une boisson, je serais du vin,
Si j’étais un plat, je serais des gencives de porc,
Si j’étais une lettre, je serais π,
Si j’étais un mot, je serais liberté,
Si j’étais un chiffre, je serais 5,
Si j’étais une couleur, je serais rouge,
Si j’étais une note, je serais… bleue
Les bonheurs et regrets musicaux
Aujourd’hui, si je n’ai aucun regret musical, j’ai en revanche plus de mal à parler des moments de bonheurs musicaux car ce sont des moments du quotidien en musique, des éclats de rire ou des moments de partage difficilement descriptibles... D’un point de vue musical, je ne suis pas satisfait de ce que je peux jouer et je devrai m’inquiète le jour où je serai satisfait musicalement ! Cela dit j’ai quand même de bons souvenirs ! Avec le recul, ce que je préfère dans tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, ce sont les arrangements pour quatuor à cordes que j’ai écrit pour Marine Bercot à l’occasion de son premier album,Les amants, paru en 2005 chez Harmonia Mundi. Je suis assez content aussi d’avoir fait danser un black de la Nouvelle Orléans sur le morceau « Who The Damn’ Is John Scofield? », tiré du disque Chapter One: NOLA Improvisations (Les disques de Lily), que j’ai enregistré à La Nouvelle Orléans. Il passait par là alors que l’ingénieur du son et moi écoutions le morceau et, malgré la chaleur à crever et l’humidité étouffante, il s’est mis à danser !... Mais peut-être qu'il était juste rond comme une pelle !
Sur l’île déserte…
Comme le pianiste Ivo Pogorelic : « j’espère ne jamais atteindre cette île »...
Les projets
J’ai beaucoup de projets ! D’abord, je continue sur la lancée deChapter One avec des concerts en solo à l’Arrosoir, Jazzèbre, Son Libre… et Jazz à Vienne en juillet prochain. Je suis très heureux de cette date car c’est à Jazz à Vienne que j’ai écouté mon premier concert de jazz… Dans quelques mois, je vais enregistrer sur le même label, Les disques de Lily, le Chapter Two, avec le Roots Quartet –Hugues MayotGuido Zorn et Joe Quitzke. Nous finissons aussi d’écouter l’enregistrement d’un concert en trio avec Sylvain Cathalaet Franck Vaillant, dans le but de sortir un disque en juin. Je travaille également sur d’autres projets : un duo improvisé en ciné-concerts avec Richard Bonnet, un quartet avec Richard Turegano, un duo avec cet immense contrebassiste qu’est Guido Zorn… Sans compter les formations dont je suis membre comme le Xtet de Bruno Régnier, Brother D Blue Band, Yarin d’Yves Rousseau… Je fais aussi une infidélité au jazz pour un projet de chanson qui me passionne autant ! Il s'agit du troisième album de Marine Bercot que nous venons de finir d'enregistrer. Je ne sais pas encore quand l'album sortira, mais il a le mérite d'être original dans un univers de chansons que je connais mal mais qui me paraît un peu aseptisé...
Trois vœux…
Ne jamais cesser d’être heureux.
Pour aller plus loin...

Les passagers du delta

ALP Trio
De 1986 à 1993 Denis Levaillant tourne en trio avecBarre Phillips et Barry Altschul. L’ALP Trio laisse une empreinte mémorable avec Les passagers du delta, un spectacle musical lumineux !
Depuis le début des années quatre-vingts dix, Denis Levaillant est absorbé dans des créations pour le théâtre, des compositions électroacoustiques, des morceaux pour ensembles vocaux, des concertos, des  quatuors à cordes, des suites pour orchestre, des musiques de ballet, des contes musicaux, des études, des pièces de concert… pour la plupart publiés par DLM Editions, le label qu’il a créé en 1987. En septembre 2013, Levaillant renoue avec le jazz, non pas par le biais d’une nouvelle formation, mais via un livre-disque qui contient un CD inédit avec un enregistrement en concert, lors du festival Banlieues Bleues en 1989, et un CD avec la réédition de Passages, disque enregistré en 1987 au Studio Davout et paru chez Thésis (THJ 82016). Comme la plupart des publications de DLM Editions, le livre-disque est d’une réalisation particulièrement soignée et élégante. Dans un format proche du digest, outre les deux disques, Les passagers du delta contient un livret de cinquante-huit pages, avec une introduction de Pascal Anquetil, des notes d’écoute de Levaillant, les biographies des musiciens et des photos de Jean-Pierre Leloir et de Guy Le Querrec. A noter que le livret est bilingue français – anglais. L’introduction d’Anquetil retrace brièvement l’histoire du trio. Les notes d’écoute de Levaillant décrivent et comparent précisément la musique des deux disques et il est amusant de rapprocher ses propres notes avec celles du pianiste.
Levaillant a composé vingt-quatre des vingt-sept morceaux, Altschul en signe deux et Phillips un. Dix titres sont communs aux deux disques, ce qui permet de comparer la version du concert avec celle du studio. « Free Mandela » n’apparaît que sur le disque du concert (il sera libéré un an plus tard, le 11 février 1990…), tandis que six morceaux ne figurent que sur le disque Thésis. Même si l’enregistrement compte seize pièces, contre onze interprétées pendant le concert, le premier dure une cinquantaine de minutes alors que le trio a joué pendant une heure devant le public de la MC93 de Bobigny. Dans les versions en studio, les morceaux sont parfois pris sur un tempo plus rapide que pendant le concert et les musiciens prennent moins de temps pour développer leurs idées. Globalement, les dialogues paraissent plus vivant et la prise de son plus chaleureuse en concert qu’en studio.
Levaillant développe un style de piano bien à lui, virtuose et rythmique, fait de traits abstraits contemporains émaillés de propos concrets tirés du jazz, un peu dans l’esprit de Martial Solal (« Paris – New York Railway »). Aussi rompu aux lignes dansantes en pizzicato qu’aux phrases ardues à l’archet, Phillips appartient à la famille des contrebassistes mélodistes qui libèrent leur instrument de sa fonction harmonique. Quant à Altschul, son drumming chantant, allié à une puissance et un foisonnement énergiques, le placent dans la continuité de Max Roach (son solo dans « Drum Role » n’est d’ailleurs pas sans rappeler The Long March), voire d’Elvin Jones.
Contrairement à la plupart des trios, la contrebasse et la batterie ne sont pas au service du piano : Altschul, Levaillant et Phillips placent leurs jeux sous le signe de l’interaction à tout va (« Drive In »). Qualité d’autant plus marquée que les rythmes sont au cœur de leur musique (« Dance From Nowhere »), avec, souvent, des riffs qui rappellent l’Afrique (« Free Mandela », « Rhythmic Training »). La subtilité des échanges entre les trois musiciens (« Open Runs »), la complexité des développements (« By Easy Stage ») et l’expressivité de leurs propos (« Paris - New York Railway ») se situent entre la musique contemporaine et le free (« Pressing On »), tout comme leur approche de la matière sonore, à l’instar de Phillips à l’archet (« Mellow Moment »), Levaillant dans les cordes (« Dance From Nowhere ») ou Altschul avec ses percussions (« Drum Role »). Pourtant ALP ne rejette pas les belles mélodies (« Time Colors »), s’appuie sur une pulsation puissante (« Drive In ») et maintient une tension constante (« Dance From Nowhere »). Les passagers du delta portent bien leur nom car, en plus d’être une formation triangulaire, ils voyagent dans le temps ; le passé est bien présent dans leur musique du futur : « Be Out’s Cool » est construit comme un morceau de bebop, le titre de « Around The Blues » est explicite et « Just Arrived » évoque le burlesque…
L’ALP Trio déborde de créativité et, vingt-cinq ans après, sa musique n’a rien perdu de sa modernité, ni de sa verve. Les passagers du deltaest un livre-disque superbe tant pour l’objet lui-même que pour les textes et les photos, sans oublier, bien entendu, la musique !
Les musiciens
Levaillant apprend le piano classique, l’harmonie et le contrepoint avec Magdeleine Mangin. Dans les années soixante-dix il s’oriente vers l’improvisation, compose intensément pour la radio et, en parallèle, passe une maitrise de philosophie. Au début des années quatre-vingt, Levaillant crée la compagnie Bleu 17 qui présente des spectacles multidisciplinaires, avec de la musique, du chant, du théâtre, de la magie, des jeux de lumières… comme Deux pièces à louer (1983), Les pierres noires (1984), l’opéra O.P.A. Mia (1990), Un petit rien-du-tout neuf (2006)… Levaillant utilise également les traitements numériques pour composer, notamment au sein de l’INA-GRM : Drama Symphony(1995), ElektroSpacePiano (2003)… Depuis le début des années quatre-vingts dix, il a composé des concertos (Echo de NarcissePaysage de Conte, l’Opéra de la lune…), des quatuors à cordes (Le clair, l’obscur), des ballets (La petite danseuse) etc.
Né à New York, Altschul commence par le piano et la clarinette, qu’il abandonne pour la batterie, apprise aux côtés de Charlie Persip. En 1964, Altschul joue avec Paul Bley, puis avec la Jazz Composer’s Guild Orchestra, Roswell RuddAlan Silva… Le quartet Circle avec Chick CoreaDave Holland et Antony Braxton, voit le jour au début des années soixante-dix, (Conference Of The Birds). Il joue ensuite dans les groupes de Braxton et de Sam Rivers. En 1976, You Can’t Name Your Own Tune est son premier enregistrement sous son nom. Altschul partage son temps entre l’Europe et les Etats-Unis.
Originaire de San Francisco, Phillips étudie d’abord les langues romanes à l’université de Berkeley ! En 1962, il part à New York pour apprendre la contrebasse classique avec Frederick Zimmermann. Passé au jazz, Phillips enregistre notamment avec Jimmy Giuffre,Archie SheppLee KonitzMarion Brown… En 1967, il émigre en Europe et s’installe dans le sud de la France en 1972. En 1968, Phillips enregistre en solo (Basse Barre) puis, deux ans plus tard, c’est Music From Two Basses avec Dave Holland. En 1969, il forme The Trio avecJohn Surman et Stu Martin. Entre 1980 et 1990, il est membre du London Jazz Composers Orchestra de Barry Guy. Phillips compose aussi pour le cinéma (Jacques RivetteRobert Kramer…) et la danse (Carolyn Carlson).
Les disques
Les passagers du delta
ALP Trio
Denis Levaillant (p), Barry Altschul (b) et Barre Phillips (d).
DLM Editions – DLM 2613
Sortie en septembre 2013.
Liste des morceaux
Disque 1
01. « Free Mandela » (5:08).
02. « Drive In » (4:44).
03. « Rhythmic Training » (4:54).
04. « Piano Station » (4:01).
05. « Time Colors » (4:38).
06. « Dance From Nowhere » (9:08).
07. « Drum Role », Altschul (5:26).
08. « Be Out’s Cool », Altschul (6:25).
09. « Mellow Moment », Phillips (5:01).
10. « Paris - New York Railway » (7:30).
11. « Around The Blues » (4:44).
Disque 2
01. « Drive In » (3:27).
02. « By Easy Stage One » (1:30).
03. « Paris - New York Railway » (4:45).
04. « Open Runs » (2:03).
05. « Around The Blues » (3:22).
06. « Rhythmic Training » (3:39).
07. « Dance From Nowhere » (4:08).
08. « Time Colors » (4:56).
09. « Piano Station » (1:50).
10. « By Easy Stage Two » (2:27).
11. « New York - Paris Railway » (2:12).
12. « Drum Role », Altschul (3:13).
13. « Be Out’s Cool », Altschul (3:20).
14. « Pressing On » (5:22).
15. « Mellow Moment », Phillps (3:44).
16. « Just Arrived » (2:06).
Tous les morceaux sont signés Levaillant, sauf indication contraire.

Ligne Sud Trio

Le pianiste Christian Gauberts’est fait un nom comme arrangeur et compositeur  dans le milieu de la variété et du cinéma. Pour Ligne Sud Trio,son premier disque d’obédience jazz qui sort chez Cristal Records, Gaubert s’est entouré de deux autres musiciens originaires de la Côte d’Azur :Jannick Top à la basse électrique et André Ceccarellià la batterie. Le trio invite également Thomas Savy à jouer du saxophone soprano sur « Lumières citadines ».
Gaubert signe les treize compositions du disque et, clin d’œil au passé récent, la durée de chaque morceau tourne autour de celle d’une face de quarante-cinq tours. Rompu à l’exercice cinématographique, les thèmes de Gaubert sont tous plus mélodieux les uns (« Romantisme congénital ») que les autres (« Lumières citadines »).
Ligne Sud Trio s’inscrit dans la lignée des trios cool : le piano couche tranquillement ses développements sur les coussins soyeux agencés par la paire rythmique (« Calme impressionniste »). Touché cristallin et doigté clair, Gaubert joue essentiellement dans le registre medium-aigu (« Sensualité extrême orientale ») des phrases linéaires (« Autour de Mi »), dans lesquelles perce une once de lyrisme (« Hector »), de nostalgie (« Maman Noël »), voire de mélancolie (« N’oublions pas »). Ce qui ne l’empêche pas de s’élancer de temps en temps dans des mouvements plus vifs (« Un beau jour de novembre »). Top alterne lignes sobres (« Romantisme congénital »), riffs funky (« Hector », « Fusion des styles »), motifs groovy (« Un beau jour de novembre »)… Il reste toujours discret et la sonorité sourde de sa basse assure une base entraînante, à l’instar de son solo dans « Hector ». Egal à lui-même, Ceccarelli met sa science des rythmes au service du leader : balais subtils (« Calme impressionniste »), chabada affleurant (« Veillées contemporaine »), baguettes qui se montrent tantôt latines (« Contrastes urbains »), tantôt binaires (« Fusion de styles ») ou qui valsent (« N’oublionspas »)… Ceccarelli déploie un jeu aérien, souple et musical, qui fait danser les morceaux (« Un beau jour de novembre »). Quant à Savy, son intervention ingénieuse met du sel dans le discours du trio.
Le cinéma, la variété, la Méditerranée… autant d’influences qui imprègnent Ligne Sud Trio : une musique douce et plutôt légère, mélodieuse et gracieuse…
Les musiciens
Gaubert sort du conservatoire de Marseille avec des premiers prix en piano, solfège et harmonie. Dès 1966, Gaubert entame une carrière particulièrement active dans le domaine de la variété : il écrit des arrangements pour Charles AznavourGilbert BécaudSerge GainsbourgEddy Mitchell… compose pour Mireille MathieuNicole CroisilleCéline DionJohnny HallydayYves DuteilTom Novembre… Côté spectacle, en 1976, il réalise également la comédie musicale La plus belle histoire sur une musique de Georges Auric etGilbert Sigrist. A partir de 1967, d’abord aux côtés de Francis Lai, Gaubert arrange et compose également pour le cinéma (Claude LelouchNicolas GessnerMichel LangFrancis Leroi…), la télévision (Nestor Burma), la publicité…
C’est au lycée musical de Marseille que Top apprend le piano et le violoncelle. Après avoir obtenu un premier prix pour chacun des instruments, il se tourne vers la basse électrique qu’il accorde de quinte en quinte, comme le violoncelle. En 1971, il forme Troc avec Ceccarelli et Alex Ligertwood. L’année suivante, Top rejointChristian Vander avec qui il joue, jusqu’en 1976, soit dans Magma, soit dans ses propres projets. A partir de 1977, Top collabore avecMichel Berger et France Gall en tant que musicien et directeur musical. Rôle qu’il assure également auprès d’Hallyday entre 1985 et 1955. Top joue et arrange pour de nombreux musiciens – Francis CabrelBernard LavilliersJacques Dutronc… –, participe à la direction musicale de spectacles, à l’instar de Starmania, Notre Dame de Paris, Zizi Jeanmaire, les Ballets Roland Petit… et compose également pour le cinéma.
A quinze ans, Ceccarelli accompagne les thés dansants organisés dans les salons de l’Hôtel Royal de Nice et, l’année suivante, en 1962, il devient le batteur des Chats sauvages : sa carrière est lancée… Six disques et deux ans plus tard, Ceccarelli retourne dans l’orchestre du Casino du Sporting Club de Monaco. Il partage alors son temps entre la variété – Claude François –, les studios d’enregistrements et le jazz, notamment avec Ivan Jullien (Synthesis en 1966), Top, Jean-Claude Naude. En 1979, Ceccarelli part aux Etats-Unis pour jouer avec Bunny Brunel et Chick Corea. A partir de la fin des années quatre-vingt, Dee Dee Bridgewater fait fréquemment appel à lui. Dans les années quatre-vingts dix, Ceccarelli commence d’enregistrer sous son nom. En 2000, il fonde le Trio Sud avec Sylvain Luc et Jean-Marc Jaffet. Troc se reforme en 2011 avec Ligertwood, Claude EngelEric Legnini et Top.
Savy étudie la clarinette classique, d’abord au CNR de Paris, puis au CNSMDP, d’où il sort avec un premier prix d’improvisation en 1997. Savy joue aussi bien du jazz (Christophe Del SassoRaphaël Imbert,Pierrick PédronDavid El-Malek…) que de la musique contemporaine (INA-GRM, Radio-France) ou de l’électro (Arnaud Rebotini et Vincent Artaud). Il passe de la clarinette basse à la basse électrique, mais joue également du saxophone ténor ou soprano…
Le disque
Ligne Sud Trio
Christian Gaubert
Christian Gaubert (p), Jannick Top (b) et André Ceccarelli (d), avec Thomas Savy (ss).
Cristal Records – DR 216
Sortie en novembre 2013.
Liste des morceaux
01. « Romantisme congénital » (4:40 ).
02. « Hector » (4:34). 
03. « Calme impressionniste » (5:18). 
04. « Sensualité extrême orientale » (5:33).
05. « Lumières citadines » (4:45). 
06. « Maman Noël » (4 :16). 
07. « Bill nostalgie » (4:24). 
08. « Autour de Mi » (3:48). 
09. « N'oublions pas » (5:18). 
10. « Veillée contemporaine » (5:22). 
11. « Contrastes urbains  » (5:16).
12. « Un beau jour de novembre » (4:45). 
13. « Fusion de styles » (3:30). 
Toutes les compositions sont signées Gaubert.

Wunderbar Orchestra

Formé en 2011, le septuor du corniste Victor Michaudenregistre un premier disque éponyme, Wunderbar Orchestra, qui sort en juin 2013 chez Bruit Chic. Ce nouveau label, créé en 2013 par Yoann Loustalot et Michaud, produit la musique de plusieurs groupes associés aux deux musiciens, parmi lesquels Aérophone de Loustalot, The West Lines avecAntoine PolinEtienne Siemniak et Cédric Piromalli, Champagne & Petits Fours de Michaud… et Wunderbar Orchestra.
Pour le Wunderbar Orchestra, Michaud complète le cor par un autre cuivre, avec Loustalot à la trompette ou au bugle, deux bois – les saxophones alto ou soprano d’Olivier Zanot et le baryton ou la flûte d’Etienne de la Sayette – plus une section rythmique composée deFrançois Chesnel au piano, Blaise Chevallier à la contrebasse etArnaud Lechantre à la batterie.
Le répertoire de Wunderbar Orchestra est constitué de cinq compositions de Michaud, « No Boum », co-écrit avec Monsieur Gadou, « Time Remembered » de Bill Evans et le standards be-bop « Night In Tunisia », signé Dizzy Gillespie et Frank Paparelli.
Le cor ne court pas les rues du jazz, même si la plupart des amateurs se souviennent que Gunther Schuller joue du cor dans Birth Of The Cool ou que Julius Watkins est l’un des maîtres cornistes du jazz, notamment avec son quartet The Jazz Modes (codirigé avec Charlie Rouse), ses enregistrements avec John Coltrane (Africa/Brass Sessions), Thelonious Monk (Thelonious Monk And Sonny Rollins),Charles Mingus (At UCLA)… et l’excellent Change Of Pace de Johnny Griffin.
Le credo du Wunderbar Orchestra, c’est le groupe. Les solos sont secondaires et servent le plus souvent de ponctuation dans le déroulement des thèmes joué par l’ensemble de l’orchestre, à l’instar du saxophone soprano dans « Happy Hours ». D’ailleurs les chorus tournent rapidement à des jeux de questions – réponses avec le reste de l’orchestre (« Wunderbar ») ou à des contre-chants (le cor dans « No Boum »). Les contrepoints des bois se superposent aux chœurs des cuivres, qui se mêlent aux ostinatos du piano, tandis que la section rythmique joue des riffs entraînants (« Jungle Ad Libitum ») : le Wunderbar Orchestra pioche largement dans la boîte à outils de la musique de chambre pour donner une couleur tout à fait personnelle à ses morceaux. D’ailleurs, à l’écoute de Wunderbar Orchestra, l’auditeur peut penser que chaque pièce est une composition du septuor, parfois parsemée de citations familières (« Night In Tunisia »). Si l’instrumentation du type fanfare avec piano et l’écriture sophistiquée évoque Carla Bley (« Destination inconnue »), le Wunderbar Orchestra a également assimilé l’héritage de Duke Ellington (« Jungle Ad Libitum »), de la pop vintage (« Happy Hours »), des romantiques (« No Boum »), d’Ahmad Jamal (« Night In Tunisia »), de Sun Ra (« Mission To Saturn »…), mais aussi des orchestres de la West Coast, comme ceux de Gerry Mulligan avec ses nombreux jeux de contrepoints (« Misison To Saturn »)…
Animé par maintes sources d’inspiration, Wunderbar Orchestra est un disque mélodieux et original, qui marie la subtilité de la musique de chambre et l’énergie du jazz.
Les musiciens
Loustalot et Chevallier ont déjà eu l’occasion d’être présentés, notamment lors de la sortie de Flyin’ With du trio Aérophone.
Michaud joue d’abord du cor dans la région de Bordeaux, en compagnie de Loustalot (Grand Six), Monsieur Gadou, le collectif Yes Igor… Sorti du CNSMDP en 2008, il participe aux formations des frères Belmondo, de Riccardo Del FraMédéric Collignon, de la Sayette… En parallèle, Michaud joue également dans un groupe garage-rock, un duo de reprises de musiques de variétés du début du vingtième, le brass band La Brasserie Moderne etc.
Après avoir étudié le saxophone classique au conservatoire de Toulon et passé sa licence de musicologie à Nice, Zanot sort du CNSMDP en 1998. En 2001, il fait partie du Blowing Trio de Laurent Coq et intègre le tentet de Stan Laferrière, puis, en 2005, le big band deGérard Badini. Zanot a également joué en compagnie de Dee Dee BridgewaterSophie AlourDavid Prez
De la Sayette se partage entre le saxophone, la flûte, les claviers… et joue dans des contextes très éclectiques : du jazz avec Frix Quartet ou le Wunderbar Orchestra au reggae (Exode), en passant par la musique bretonne (Ti Jaz) et irlandaise (Rosena Horan), la variété (CharlElie Couture), l’éthio-jazz (Akalé Wubé), le funk (Human Beings), le rock (la Danse du Chien)… En parallèle, de la Sayette anime Des oreilles avec des trous dedans sur Radio Libertaire, compose pour la web-série Antoine, Bibi et Casimir…
Après être sorti du CRR de Caen, Chesnel joue aussi bien dans des contextes classiques (Maîtrise de Caen, Epicorne…) que jazz aux côtés de musiciens tels que Géraldine LaurentJean-Luc CappozzoJean-Charles RichardLaurent Dehors… Par ailleurs, depuis 2007, Chesnel enseigne au CRR de Caen.
Lechantre commence la batterie à l’école Dante Agostini, puis il étudie les percussions classiques au conservatoire de La Rochelle et le jazz à l’ENM de Saint-Nazaire. Après avoir participé à des formations de rock, blues… il s’oriente vers le jazz et s’installe à Pari où il joue avec Xavier RichardeauFrançois ThébergeFabien MaryRick Margitza… En 2001 il forme un trio avec Edouard Bineau, qui deviendra le Wared Quintet. En parallèle, il joue avec le quartet d’André Villéger et Michel Perez et, en 2010, avec Benny Golson. En 2011, Lechantre se fixe à Nantes et participe à la création de l’orchestre Bleu Citron tout en jouant dans les groupes de Michaud,Pierrick MenuauNicolas Rousserie
Le disque
Wunderbar Orchestra       
Victor Michaud
Yoann Loustalot (tp, bugle), Olivier Zanot (as, ss), Etienne de la Sayette (bs, fl), Victor Michaud (cor), François Chesnel (p), Blaise Chevallier (b) et Arnaud Lechantre (d).​
Bruit Chic – BC004
Sortie en juin 2013
Liste des morceaux
01. « Jungle Ad Libitum » (4:13).
02. « Destination inconnue » (5:02).
03. « Time Remembered », Evans (6:18).
04. « Happy Hours » (4:41).
05. « No Boum », Michaud & Mr. Gadou (4:33).
06. « Night in Tunisia », Gillespie & Paparelli (9:15).
07. « Mission to Saturn » (9:17).
08. « Wunderbar » (6:56).
Toutes les compositions sont signées Michaud sauf indication contraire.

2014