22 novembre 2014

Janvier 2013

Derniers reflets – Yoann Loustalot

Depuis Primavera, en 2006, de l’eau a coulé sous les ponts : Yoann Loustalot sort son quatrième opus, Derniers reflets, chez Fresh Sound New Talent.
Blaise Chevallier est toujours à la contrebasse et Antoine Paganotti est de retour à la batterie. Mais le changement majeur est la présence du piano de François Chesnel. Jusqu’à présent, en effet, Loustalot a enregistré en quartet avec une guitare (Maxime Fougères dans Primavera et YO5), un saxophone (Olivier Zanot dans YO5) ou en trio trompette, contrebasse et batterie (Aérophone).
Comme dans ses autres albums, Loustalot joue ses compositions, à l’exception de « Hibernatus », signé Chesnel.
Chesnel navigue entre un lyrisme sobre (« Promenade avec Tomasz ») et des phrases délicates d’inspiration classique (« Dans les feuilles »). Ces contrepoints (« Après la neige », « Vers luisants ») et unissons (« Sous la glace ») sont en symbiose avec Loustalot. A la trompette ou au bugle, Loustalot possède une sonorité ample et chaleureuse. Ses introductions et passages a capella (« Premier reflet », « Intro mélodie oubliée ») sont empreints de majesté. Volontiers cool (« Hibernatus »), Loustalot ajoute des effets qui renforcent l’élégance de son jeu (résonnance lointaine dans « Deuxième reflet »). Pas de walking pour Chevalier, qui joue des lignes et motifs souples et profonds (« Promenade avec Tomasz », « Après la neige »), montre une belle maitrise à l’archet (« Vers luisants »), dialogue avec le piano sur un ton impressionniste plein de grâce (« Mélodie oubliée ») ou souligne d’un son caverneux le mouvement solennel de « Dernier reflet ». Paganotti manie ses baguettes avec subtilité (« Mélodie oubliée »). Loin des chabadas et autres stop-chorus, il imprime un rythme dansant aux morceaux (« Après la neige », « Dans les feuilles ») et ses roulements maintiennent le quartet sous tension (« Sous la glace »). Avec ses échanges basés sur des alternances de contre-chants et d’unissons, « Heures perdues » est un bel exemple de cohésion de  groupe.
La musique de Loustalot trouve ses sources dans le bop, bien sûr, mais aussi dans le cool. Derniers reflets a également des points communs avec le Miles Davis d’Ascenseur pour l’échafaud (« Premier reflet », « Deuxième reflet »). Ajoutons à cela une touche d’Oliver Nelson (le rif initial de « Heures perdues » s’apparente au démarrage de « Stolen Moment » dans The Blues And The Abstract Truth) et de Claude Debussy (« Mélodie oubliée », « Sous la glace »)… Loustalot réussit une synthèse tout à fait personnelle de ces différents éléments et son quartet a trouvé le bon équilibre pour interpréter sa musique.
Les musiciens
Après des études de trompette classique aux conservatoires de Versailles et de Bordeaux, Loustalot se consacre au jazz. Il forme Grand Six avec Monsieur Gadou et accompagne le bluesman Victor Brox. Installé à Paris, il joue avec le Vintage Orchestra, Olivier Ker OurioSteve WilliamsDave Liebman… En 2008 Loustalot rejoint le Pireneos Jazz Orchestra. En plus de son quartet, Loustalot continue sa route avec le trio d’Aérophone et le quintet de YO5, et joue également dans Kurt Weill Project de Chesnel.
Chesnel est diplômé en jazz et en histoire de la musique du Conservatoire à Rayonnement Régional de Caen, où il enseigne. Outre son projet autour de l’œuvre de Kurt Weill, Chesnel se partage entre la musique de chambre et il a joué avec Laurent DehorsPierrick PédronJean-Luc CappozzoBarry Guy
Paganotti commence par étudier le piano au conservatoire et apprend aussi la batterie, qui devient son instrument. Mais c’est en tant que chanteur qu’il intègre Magma, d’abord en 1992, puis de 1999 à 2008, avec sa sœur Himiko Paganotti. En 2004 il forme Paghistree avec sa sœur et Emmanuel Borghi aux claviers. En 2009, le groupe se transforme en SLuG avec, en plus, John Trap à la guitare et Gabriel Dilasser à la basse.
Le disque
Derniers reflets
Yoann Loustalot Quartet
Yoann Loustalot (tp, bgl), François Chesnel (p), Blaise Chevalier (b), Antoine Paganotti (d).
Fresh Sound New Talent – FSNT 412
Sortie en octobre 2012
Liste des morceaux
01. « Promenade avec Tomasz » (7:45).
02. « Après la neige » (5:12).
03. « Premier reflet » (1:34).
04. « Dans les feuilles » (5:48).
05. « Heures perdues » (3:35).
06. « Intro mélodie oubliée » (1:38).
07. « Mélodie oubliée » (4:48).
08. « Hibernatus Chesnel » (2:01).
09. « Vers luisants » (3:49).
10. « Deuxième reflet » (1:23).
11. « Sous la glace » (5:43).
12. « Dernier reflet » (5:34).
 Tous les morceaux sont signés Loustalot sauf indication contraire.

Et vint un mec d’outre saison

Marcel Kanche et I.Overdrive trio
A cinquante-cinq ans,Marcel Kanche décide d’oser chanter Léo Ferré : « il avait à peu près cet âge quand je l’ai découvert, il a bercé mes vingt ans ». Soutenu par l’épouse du poète-chanteur, Marie, et son fils, Mathieu, il fait appel à I.Overdrive triopour l’accompagner. Kanche a choisi Rémi GaudillatPhilippe Gordiani et Bruno Tocanne parce que Ferré aurait aimé leur hommage à Syd Barrett, et que leur disque a été publié chez Cristal records, son label…
Avec une dizaine de disques à son actif, quelques tubes, écrits pour M(« Qui de nous deux ? ») ou Vanessa Paradis (« Divine Idylle »), la chanson d’Arsène Lupin, le Printemps de Bourges… et ses chansons à texte, Kanche suit son bonhomme de chemin, à l’écart des modes et des paillettes, mais avec la reconnaissance de ses pairs et de nombreux musiciens de jazz : Jules BikokoAkosh SLaurent CoqDon Cherry,Fred FrithJohn GreavesVincent Ségal… D’abord élève de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts du Mans, Kanche s’oriente ensuite vers des études de musicologie et, à l’adolescence, décide de se consacrer à la chanson. Dans les années quatre-vingt, son groupe, Un Département, navigue entre rock expérimental, free jazz, punk... A partir des années quatre-vingts dix, Kanche se consacre davantage à ses chansons à texte.
La plupart des textes d’Et vint un mec d’outre saison ont été écrits à la fin des années soixante et font partie de la période Barclay de Ferré : « C’est extra » de L’Eté 68 (1969), « Cette blessure », « La The Nana » et «  Le chien » sont tirés d’Amour Anarchie (1970), « A mon enterrement » et « La solitude » viennent de l’album éponyme (1971), et « Préface » fait partie d’Il n’y a plus rien (1973, mais écrit en 1969). Le quartet interprète aussi « Ni dieu ni maître », également publiés par Barclay dans Ferré 64. S’ajoutent « Requiem » (Je te donne– 1977) et « Tu penses à quoi ? » (La frime – 1977), enregistrés pour CBS. Quant à « Epilogue », il a été écrit en 1956 pour La Nuit, un ballet commandé par Roland Petit, et que Ferré a repris dans L’Opéra du pauvre (1983). Enfin, « Le chemin d’enfer », poème de 1966, est un inédit. 
La belle voix grave et profonde et la diction limpide de Kanche conviennent à merveille aux textes littéraires de Ferré. Dans la plupart des cas, Kanche dit les textes sobrement, et, lorsqu’il esquisse la mélodie, son phrasé à peine modulé évoque Serge Gainsbourg (« Tu penses à quoi ? », « Ni dieu ni maître »), voire Bernard Lavilliers, quand I.Overdrive Trio met une ambiance rock (« C’est extra », « Préface »). Les versions originales sont davantage chantées et, en dehors peut-être de « Requiem », Ferré est plus théâtral. Même si Ferré a toujours été porté sur la déclamation, ses interprétations gardent souvent un côté mélodieux, renforcé par des arrangements qui restent globalement proches des thèmes. Le I.Overdrive trio adopte une posture différente. Le trio plante des décors tour à tour rock progressif (« Epilogue », « C’est extra », « Requiem »), quasi metal (« Le chien »), entrainants (« La The Nana »), éthérés (« Cette blessure »), solennels (« A mon enterrement »), tendus (« Préface »)… Le trio se met entièrement au service du texte et la structure des morceaux ne laisse pas de place pour des chorus. Fidèle à lui-même, Tocanne déborde d’énergie, de musicalité et son groove rythme les paroles. Avec ses contrepoints lointains, ses effets expressifs ou ses lignes majestueuses, Gaudillat complète la voix et forme comme un chœur mélodique. Quant à Gordiani, ses rifs et traits vigoureux et la sonorité électrique touffue de sa guitare assurent une touche rock puissante et apportent de la densité à l’accompagnement.
Des chansons à texte poético-agitatrices sur un jazz d’avant-garde explosif : Et vint un mec d'outre saison n’est pas qu’une énième interprétation des chansons de Ferré, mais bien une relecture moderne, marquée par le cœur et les tripes de Kanche et de l’I.Overdrive trio !
Le disque
Et vint un mec d'outre saison
I.Overdrive trio - Marcel Kanche
Marcel Kanche (voc, kbd), Rémi Gaudillat (tp, bgl, kbd), Philippe Gordiani (g) et Bruno Tocanne (d).
Cristal Records – CR 198
Sortie en septembre 2012
Liste des morceaux
  1. « Epilogue » (5:09).
  2. « La solitude » (3:55).
  3. « Tu penses à quoi ?  » (4:00).
  4. « C'est extra » (4:02).
  5. « Cette blessure » (4:06).
  6. « Préface » (3:40).
  7. « Le chemin d'enfer » (6:41). .
  8. « A mon enterrement » (4:54).
  9. « La the nana » (3:17). 
  10. « Ni dieu ni maitre » (3:35).
  11. « Le chien » (1:45).
  12. «  Requiem » (5:22).
Tous les morceaux sont de Ferré

Quest – Circular Dreaming

Créé en 1981 avec Dave LiebmanRichie Beirach,George Mraz (bientôt remplacé par Ron McClure) et Al Foster (qui cède rapidement sa place à Billy Hart), le groupe Quest fait partie des groupes mythiques du jazz. Pendant dix ans il enregistre abondamment et tourne dans le monde entier. Reformé en 2005, puis en 2010, Quest compte treize disques à son actif. Circular Dreaming est sorti en octobre 2012, chezEnja.
En 1968, Filles de Kilimanjaro marque la fin du second quintet historique de Miles Davis et le début de sa période électrique. L’année suivante, Davis demande à Liebman de participer à l’enregistrement de son premier disque de fusion : On The Corner, qui ne sort qu’en 1972. Liebman tourne jusqu’en 1975 avec le groupe de Davis et enregistre cinq disques aux côté du trompettiste. Quest rend hommage à Davis – reprise de « M.D. », composé par Liebman en 1975 pourLookout Farm – mais aussi au deuxième quintet du trompettiste :Circular Dreaming est constitué de morceaux au répertoire du fameux quintet. « Pinocchio » et « Nefertiti » de Wayne Shorter, et « Hand Jive » de Tony Williams, ont été écrits pour Nefertiti (1967), « Prince Of Darkness » et « Vonetta », toujours de Shorter, pour Sorcerer(1967), et « Paraphernalia », encore de Shorter, pour Miles In The Sky(1968). S’ajoute le célèbre « Footprints », que Shorter a composé en 1966 pour Adam’s Apple, enregistré avec Herbie HancockReginald Workman et Joe Chambers. Enfin, Quest joue également le morceau titre de l’album, signé Beirach.
La musique de Quest fait une synthèse entre les héritages du bop, du free et du jazz modal. Le bop se retrouve dans la mise en place rythmique, plutôt régulière et souvent dansante, à l’image des passages en walking, soutenus par un chabada enlevé (« Footprints », « Hand Jive » et « Nefertiti »). Le free s’impose davantage dans les chorus du saxophone ténor (« Footprints »), mais aussi dans des interactions touffues entre la batterie foisonnante, les phrases véloces du piano, les motifs entêtants de la contrebasse et les lignes délirantes du saxophone (« Paraphernalia »). Quant au jazz modal, il laisse évidemment son empreinte sur les thèmes, mais aussi dans les contrechants entre les instruments (« M.D. ») qui peuvent parfois évoquer la musique contemporaine, notamment les interventions de Beirach (« Circular Dreaming »).
Au soprano, Liebman possède une sonorité particulièrement agréable – à la fois ronde et pleine – en parfaite symbiose avec ses longues phrases sinueuses. Dans Circular Dreaming, Liebman met le timbre plus ferme et rugueux de son ténor au service de ses développements débridés. Très à l’aise dans les structures contemporaines complexes, Beirach joue volontiers legato dans les ballades, avec un velouté teinté de lyrisme. McClure est un bassiste élégant, qui s’appuie sur un son clair et boisé pour poser des rifs légers et dansants ou des chorus mélodieux. Aux techniques du bop – tempos vifs, charleston très présente, chabada rapides, roulements fulgurants… – Hart ajoute des éléments de polyrythmie free. Ils étoffent d’autant plus sa partie que le batteur a une frappe puissante, sans être brutale.
Après plus de trente ans d’existence, Quest possède toujours une vitalité, une musicalité et une modernité qui fait plaisir à entendre :Circular Dreaming en est la preuve !
Les musiciens
A neuf ans, Liebman commence le piano classique, mais adopte rapidement le saxophone et, à quatorze ans, forme son premier groupe de jazz : l’Impromptu Quartet. Dans les années soixante, Liebman se perfectionne au Queen’s College, prend des cours avec Lennie TristanoJoe AllardCharles Lloyd et travaille avec Larry Coryell,Lenny WhiteRandy Brecker… En 1968, Liebman partage son temps entre l’enseignement et les groupes de Chick CoreaSteve Grossman, puis Miles Davis, dont il intègre l’orchestre en 1972. En parallèle Liebman forme Lookout Farm avec Beirach, puis, à la fin des années soixante-dix, le groupe Quest avec Beirach et joue avec John Scofield.  Dans les années quatre-vingt, il ne joue presque plus que du saxophone soprano. En 1991, inspiré par la musique de Davis, il forme le Dave Liebman Group. A la fin des années quatre-vingts dix, il rejoue du saxophone ténor et crée le Saxophone Summit avec Joe Lovano,Michael Brecker et Ravi Coltrane. C’est en 2005 que Liebman reforme Quest.
Formé au piano classique par James Palmieri, Beirach découvre le jazz à treize ans. Dans les années soixante, il écume les clubs de New York et joue entre autres avec Lee KonitzFreddie Hubbard… En 1967, il est élève du Berklee College of Music, puis de la Manhattan School of Music, dont il sort en 1972. Beirach intègre la formation de Stan Getz, puis Lookout Farm, avec Liebman. En 1976 il enregistre Eon pour ECM et joue avec Chet Baker, Scofield et John Abercrombie. Les années quatre-vingt ont marquées par des solos et Quest. Dans les années quatre-vingts dix, Beirach joue souvent en trio, notamment avec Hart, et revient au classique en improvisant sur des thèmes de Bela Bartok,Claudio MonterverdiFederico Mompou… Depuis 2000, Beirach est installé à Leipzig où il enseigne le piano jazz au Conservatoire Felix Mendelssohn-Bartholdy.
McClure apprend d’abord le piano et l’accordéon avant d’adopter la contrebasse. Diplômé de l’Hartt School of Music, il rejoint le sextet deBuddy Rich en 1963, puis l’orchestre de Maynard FergusonHerbie Mann et le trio de Winton Kelly. De 1966 à 1969, McClure fait partie du quartet de Lloyd, avec Keith Jarrett et Jack DeJohnette. Il joue aussi avec Carla Bley et Henderson dans les années soixante-dix, avant d’intégrer Quest.
Hart accompagne d’abord Otis Reding, puis Shirley HornWes MontgomeyHerbie HancockMcCoy Tyner, Getz… Il rencontre Liebman pendant l’enregistrement du disque de Davis, On The Corner, en 1972. Depuis les années quatre-vingts dix, Hart enseigne à l’Oberlin Conservatory of Music, au New England Conservatory of Music et à la Western Michigan University. Il joue également avec son quartet –MarkTurnerEthan Iverson et Ben Street – et les trios de Jean-Michel Plc et d’Assaf Kehati.
Le disque
Circular Dreaming
Quest
Dave Liebman (ss, ts), Richie Beirach (p), Ron McClure (b) et Billy Hart (d).
ENJA – ENJ-9594 2
Sortie en octobre 2012.
Liste des morceaux
01. « Pinocchio », Shorter (04:54).
02. « Prince Of Darkness », Shorter (06:29).
03. « Footprints », Shorter (07:21).
04. « M.D. », Liebman (07:26).
05. « Hand Jive », Tony Williams (05:38).
06. « Vonetta », Shorter (04:21).
07. « Nefertitti », Shorter (06:29).
08. « Circular Dreaming », Beirach (07:44).
09. « Paraphernalia », Shorter (09:56).

Le Klangfarben Ensemble

Monologue de Schönberg et Variations sur une collection de timbres
En 2010, François Cotinaud forme le Klangfarben ensemble, littéralement « l’ensemble des couleurs de sons », un groupe composé de neuf musiciens, d’une comédienne et de deux danseurs, dirigé par soundpainting. Les Variations sur une collection de timbres (en référence au mot Klangfarben) sont créées en 2011, suivi du Monologue de Schönberg en 2012 et de Fleeting Patterns / Figures éphémères en 2013. Le labelMusivi et  Ayler Records sortent les deux premières créations du Klangfarben ensemble en octobre, accompagnées de trois morceaux supplémentaires et d’un documentaire d’une demi-heure, signéPatrick Morel.
Sur le disque, il y a deux types d’œuvres : « Le Monologue de Schönberg » et « Temps compté (temps perdu) » mêlent textes et musique, tandis que les « Variations sur une collection de timbres » est instrumental.
Dans « Le Monologue de Schönberg », Cotinaud « rend hommage àArnold Schönberg, qui écrivit vers 1910 ses premières pièces de mélodies de timbres (Klangfarbenmelodie), puis à John Cage, qui ouvre vers 1950 - 1960 les champs du silence, du bruit, de l'aléatoire et du sens dans la musique. Comment Schönberg pouvait-il penser son époque, comment aurait-il considéré le point de vue de Cage, et comment aujourd'hui regarderait-il les performances de l'ensemble Klangfarben et ses « Variations sur une collection de timbres » ? Trois dates : 1910, 1960, 2010 ; trois points de vue ». « Temps compté (temps perdu) » est une sorte de poème en prose qui décrit le temps qui passe à travers les pensées d’une personne qui liste ce qu’elle « voudrait » devoir faire et ce qu’elle doit faire. La comédienne Françoise Purnode met ces textes en relief avec beaucoup d’esprit. Ecrits dans un style plutôt familier, les textes sont vivants et servent aussi de matériau aux musiciens. Les deux prises du « Monologue 1960 » montrent d’ailleurs clairement la liberté laissée aux interprètes. Ni slam, ni rap, ni spoken words, l’exercice s’apparente davantage à la radiodiffusion d’une pièce de théâtre, d’une poésie ou d’un conte. Il y a de fortes chances pour qu’un auditeur peu accoutumé à cet univers soit dérouté par le disque, mais le film de Morel permet justement de décoder ce « spectacle auditif ».
Avec les « Variations sur une collection de timbres », nous revenons en territoire connu. Les cinq variations sont joyeuses, enlevées et font penser à une fanfare contemporaine. La musique swingue et rebondit gaiement de questions – réponses en homophonies, de bric-à-brac de notes en chorus bluesy... Expressives à souhait, les « Variations sur une collection de timbres » sont un véritable jour de fête. Jubilatoire !
Un mot à propos du soundpainting. Elève d’Antony Braxton, après être passé par le Berklee College of Music, Walter Thompson pose les bases du soundpainting en 1974, avec un orchestre d’étudiants de la Creative Music School de Woodstock. Le principe du soundpainting est de diriger un orchestre qui improvise, à partir d’un langage de signes. Dans les années quatre-vingt, Thompson peaufine son langage avec le Walter Thompson Orchestra et, dans les années quatre-vingts dix, il ouvre le  soundpainting à la danse, au théâtre, à la poésie, aux arts visuels… Les mille deux cent et quelques gestes du soundpainting indiquent qui doit faire quoi, comment et quand. En 1998, Thompson est invité par David Liebman et Ed Sareth au congrès annuel de l’International Association of Schools of Jazz en Espagne, puis par François Jeanneau au CNSMDP… C’est le début de la diffusion du soundpainting en Europe.
Le film de Morel donne du sens au « Monologue de Schönberg » et au « Temps compté », et illustre la technique du soundpainting. Voir Cotinaud diriger l’orchestre avec autant de précision en utilisant le soundpainting est impressionnant et convaincant. Comme il l’explique, l’improvisation est possible jusqu’à cinq musiciens, mais, au-delà, cela devient périlleux et le soundpainting est une aide salutaire. Les images montrent avec brio les interactions entre les musiciens, les danseurs, les comédiens et le soundpainter. Tout le monde joue : les musiciens sur leurs instruments, la comédienne avec le texte, les danseurs sur la table, avec le vibraphone (pour une partie de ping-pong) ou autour des musiciens… Quant aux interventions de Cotinaud, de la violoncellisteDeborah Walker et du trompettiste Andrew Crocker, ils apportent un éclairage intéressant sur la démarche musicale du Klangfarben Ensemble. « Le Monologue de Schönberg » se découpe en trois parties : les débuts et la rivalité avec Claude Debussy, le renouveau avec Cage (« De Cage, il ne reste que le silence », se dit Schönberg à lui-même...) et le présent, avec les spectacles pluri disciplinaires. Si la première partie se concentre davantage sur le texte et que la troisième est un mariage entre danse et texte, la partie consacrée à Cage tourne au délire car, comme l’explique Cotinaud, en huit minutes, les douze artistes doivent faire douze actions, pour représenter les douze tons que Schönberg a fait voler en éclat…
Le coffret du Monologue de Schönberg et Variations sur une collection de timbres confirme que les spectacles du Klangfarben Ensemble doivent être vus pour que toutes les richesses de la pluridisciplinarité puissent s’apprécier à leurs justes valeurs, mais que les pièces instrumentales se suffisent à elles-mêmes et sont enthousiasmantes !
Les musiciens
François Cotinaud
Saxophoniste, clarinettiste, compositeur, soundpainter, enseignant… Cotinaud apprend d’abord le piano, puis la batterie. Il suit ensuite les cours de Cecil Taylor à la Creative Music School de Woodstock, puis étudie, entre autres, avec Joe LovanoJimmy LyonsSteve Lacy… A la fin des années soixante-dix, Cotinaud et Alan Silva créent l’I.A.C.P., une école d’improvisation et de jazz, à Paris. En 1977, il monte Texture avec Denis Colin et joue dans le Celestrial Orchestra de Silva. En 1985, Cotinaud forme un quartet avec Ramon Lopez,Heriberto Paredes, Thierry Colson et Gilles Coronado. Il sort Solo loco en 1998, dédié à la musique de Luciano Berio. A partir de 1999, avec le collectif Alka, il propose de nombreux projets qui mêlent poésie, littérature et musique. Activité que Cotinaud poursuit au sein de Poetica Vivace, l’ATIM, Haliple etc. Formé au soundpainting par Thompson et Jeanneau, Cotinaud rejoint le SPOUMJ en 2006, crée le Klangfarben Ensemble en 2010 et monte le premier festival de Soundpainting en France (octobre 2013).
Arnold Schönberg
Né en 1874 en Autriche, Schönberg a commencé sa carrière de « théoricien de la souffrance rédemptrice » (Emile Vuillermoz –Histoire de la musique – Le livre de poche) sur les traces des romantiques – principalement Richard Wagner et Richard Strauss – avec, notamment, son sextuor à cordes, La nuit transfiguré (1899). Comme le constate Vuillermoz, « Schoenberg est un romantique, un impressionniste et un féérique qui a embrassé la carrière de professeur d’abstraction ». En effet,  au début du vingtième, la musique de Schönberg évolue et se détache progressivement des relations tonales. En 1912, Le Pierrot lunaire consacre Schönbeg comme l’un des novateurs majeurs et Vuillermoz de noter que « cette musique agit directement sur nos nerf et fait constamment appel à notre sensualité auriculaire ». Les théories musicales de Schönberg basées, entre autres, sur le dodécaphonisme et les séries ont influencé la plupart des compositeurs du vingtième. Installé aux Etats-Unis à partir de 1933, Schönberg, qui continue de composer et d’enseigner jusqu’à sa mort, en 1951, parle ainsi de sa démarche : « ma musique n’est ni moderne, ni ancienne. Elle est mal jouée »…
John Cage
Cage est né en 1912. D’abord attiré par la littérature, puis la peinture, il ne se tourne vers la musique que dans les années trente. Il étudie d’abord avec Henry Cowell, de qui il s’inspire pour ses pièces de piano préparé, puis avec Schönberg qui, d’une certaine manière, lui ouvre les portes de la musique aléatoire. Dès 1935, Cage commence à composer pour la dance moderne avec une œuvre écrite pour Syvilla Fort. Si les premières compositions de piano préparé peuvent faire penser à Erik Satie, à partir des années cinquante, Cage se consacre presqu’essentiellement à la musique aléatoire, en utilisant différentes méthodes de tirages, dont le Yi Jing. Il compose également la musique des spectacles de son compagnon, le chorégraphe Merce Cunningham. Décédé en 1992, Cage a eu une influence sur la plupart des compositeurs de musique concrète comme Philip GlassTerry Riley,Pierre Schaeffer et Pierre Henry… mais aussi sur d’autres compositeurs de musique contemporaine à l’instar de Yoko Ono,Morton Feldman… ainsi que de nombreux musiciens de jazz. PourLucien Rebatet, élogieux envers Schönberg : « Cage est surtout un bricoleur, qui n’est guère parvenu à organiser en compositions ses trouvailles » (Une histoire de la musique – Bouquins – Robert Lafont)…
Les disques
Monologue de Schönberg & Variations sur une collection de timbres
François Cotinaud et le Klangfarben ensemble
Valentine Quintin (voc), Françoise Purnode (comédienne), Julie Salgues, Marie-Laure Caradec, Delphine Bachacou et Jean-Philippe Costes Muscat (danse), Deborah Walker (cello), Fidel Fourneyron ou Matthias Mahler (to), Andrew Crocker (tp, bgl), Luis Vina (ts, b cl), Emmanuelle Somer (hb, cor anglais, b cl), Florent Thiant (acc), François Choiselat (vib) et Philippe Cornus  (perc)
Film documentaire de Patrick Morel (30:24).
Ayler Records – AYLCD/DVD-001
Sortie en octobre 2012
Liste des morceaux
Monologue de Schönberg
01. « Monologue 1910 (part 1) » (5:20).
02. « Monologue 1910 (part 2)  » (5:06).
03. « Monolog ein-zwei-drei » (1:59).
04. « Monologue 1960 » (3:36).
05. « Monolog vier-fünf » (2:17).
06. « Monologue 2010 » (7:11).
07. « Monolog sechs » (1:50).

08. « Klang » (3:08).

09. « Farben » (6:18).

Variations sur une collection de timbres
10. « Variations 1 » (3:17).
11. « Variations 2 » (3:59).
12. « Variations 3 » (3:59).
13. « Variations 4 » (1:55).
14. « Variations 5 » (8:02).

15. « Temps compté (temps perdu) » (3:40).

16. « Monologue 1960 » (alternate) (4:58).                   

Toutes les compositions sont signées Cotinaud.

David Eskenazy Trio

Le 12 décembre au Studio de L’ermitage, David Eskenazy présenteFrom The Ancient World, enregistré au studio La Buissonne pour le label Ophélia. L’occasion de découvrir la musique de ce trio venu du grand sud…
Un entretien avec David Eskenazy
Bob Hatteau : Parlons d’abord de votre parcours. Comment êtes-vous « tombé dans la marmite du jazz » ?
David Eskenazy : Après 5 ans de guitare, un oncle, qui allait souvent en Pologne, m'a ramené une contrebasse d'étude de Cracovie. Bien disposé à amortir le cadeau, je me suis jeté sur l’instrument avec la fougue d'un jeune lion – que j'étais… Très vite, j'ai joué du jazz avec des bons musiciens de ma région : Stéphane DumontDaniel Thierry… qui sont d’ailleurs devenus un peu mes mentors à cette époque.
En 1999, votre premier disque, Retrato em branco e preto, est consacré à la musique brésilienne. Quelle est l’influence de cette musique sur votre approche de la composition, des rythmes et de l’improvisation ?
La musique brésilienne, en tout cas celle qui m'a bercé – car le sujet est trop vaste pour le nommer sous un terme générique – a été une véritable passion… D’abord, sur le plan poétique, je trouve que la texture de ces voix, la poésie de cette langue chantée par des poètes comme Joao BoscoDjavanJoao GilbertoCaetano… et le groove nonchalant très particulier de cette musique produisent une atmosphère singulière, qui m'a tout de suite fasciné. Sur le plan proprement musical, cette combinaison unique d’harmonies romantiques européennes, de jazz et de rythmes plus ou moins directement issus de l'Afrique m'a énormément influencé. Elle a certainement contribué à développer un sens mélodique et harmonique très lyrique. 
La musique du Poésismic Trio, avec le pianiste Fred Breton et le percussionniste  Gustavo Ovalles, est également marquée par les musiques latines, comme le prouve Sors par là ! votre deuxième disque, sorti en 2007. From The Ancient World marque-t-il un changement de direction dans votre démarche musicale ?
Oui, c'est exact : From The Ancient World témoigne d'une recherche stylistique et esthétique différente. Elle tranche avec mes influences latines… sauf pour les mélodies « Sonho de luz » et « Folkinho » – qui portent d'ailleurs des noms brésiliens – et le groove de « Joyful Monkey ». Tout le reste s'inscrit dans la musique baroque voire médiévale, avec des harmonies beaucoup plus sobres et pures. Mais aussi des principes d'écritures qui sont, à mon sens, plus profonds, plus secrets, plus mystérieux, moins tape à l'œil ! Il y a aussi un côté pop, parce que certains morceaux ont pour vocation de devenir des « tubes » (sourire) : « From The Ancient World », « Sous l'oranger », « Michel Strogoff »… Par ailleurs, la conception rythmique est résolument issue du jazz moderne, mais aussi du rock et des musiques anciennes.
Quel message voulez-vous faire passer avec le titre From The Ancient World ? 
Je fonctionne pas mal par « rencontres » avec des idées : le titre a surgi de je ne sais où ; tout s'est aligné et la décision était prise ! J'aimais son atmosphère à la fois mystérieuse et évocatrice, l'imaginaire qu'il stimulait en moi… Je ne sais pas pourquoi… C’est à la fois des paysages de forêt dense, de falaises rocheuses antiques battues par les eaux, mais aussi des paysages intérieurs, du plus profond de l'être, des endroits de l'âme… Peut-être un endroit originel, celui où se passe la création…
La pochette du disque est la photographie d’une cabane au milieu d’un champ bordée d’une forêt sombre, avec une lumière éclatante qui s’échappe de sa porte… Un clin d’œil aux contes fantastiques From The Ancient World ?
Je n'ai pas choisi cette photo : elle est venue à moi ! Et, encore une fois, tout s'est aligné... Je n'ai pas directement pensé aux contes fantastiques, mais je suis content que la photo vous y fasse penser !... Pour moi, c'est précisément ça la poésie d'une chose : un espace mystérieux… très vivant, mais inexplicable… à l'abri de l'argumentation mentale. Un espace qui peut générer des images de nature différentes pour l'un et pour l'autre… L'univers des contes me parle beaucoup car il est relié à cette profondeur d'un monde retiré, d'un endroit originel...
En dehors de la musique d’Amérique du sud, quelles sont vos principales autres influences musicales en termes de genres et de musiciens ?
J'ai énormément de sources d’influences. Elles sont très diverses, mais elles ont toutes en commun de toucher à cette dimension de l'art où l’on atteint l’essentiel. Cette dimension où l’on est complètement dégagé du poids mental de vouloir prouver quoi que ce soit, de vouloir séduire ou de vouloir convaincre.
Dans la musique romantique, baroque et classique, je cite en premier, et de loin, un compositeur qui, pour moi, dit tout ce que j'aime dans la musique tonale : Gabriel Fauré. Bien entendu, citer Johann Sebastian Bach est aussi une évidence…
Dans la musique contemporaine, tout ce qui se fait ne me touche pas, mais des compositeurs m'ont ouvert de vrais chemins intérieurs :Gyorgy LigetiGiacinto ScelsiMorton FeldmanKrzysztof Penderecki
La poésie, bien sûr, est une autre source d’influence : Arthur RimbaudStéphane MallarméWilliam Butler YeatsSaint-John PerseChico Buarque
Mais aussi l’art chinois…
Et le cinéma : David LynchOrson WellesFederico FelliniPierPaolo Pasolini
Bon, je m'arrête là car la liste est infinie !  
Retrato em branco e preto est un solo de guitare et de chant. DansSors par là ! vous jouez de la basse et de la voix. Qu’est-ce-qui a dicté le passage à la contrebasse pour From The Ancient World ?
Je me sens bien plus compositeur qu'instrumentiste. Donc ce qui dicte l'instrumentation est lié à l'essence du projet et à la manière dont il doit sonner. Pour From The Ancient World, j'aimais l'idée de revenir à une forme d'une sobriété extrême, boisée, naturelle.
Dans Sors par là ! etFrom The Ancient World, vous jouez en trio. Pourquoi cette formule plutôt qu’une autre ?
Le défi d'explorer une formation aussi courante que le trio piano – contrebasse – batterie me plaisait… Et je pense que cette exploration du trio va rester fertile pendant quelques temps !
Par ailleurs, en tant que compositeur, ces dernières années j’ai écrit des œuvres assez ambitieuses sur le plan instrumental : un ballet pour douze cors en 2007, et une œuvre vocale pour seize voix solistes et une mezzo-soprano, qui est en cours. Ces projets, bien que passionnants, sont très lourds, d’un point de vue logistique et économique. Je crois aussi qu’au-delà des raisons déjà évoquées, j'avais envie de revenir à une forme simple, souple, mobile, et économiquement viable. Le trio est une bonne formule pour pouvoir à la fois créer et tourner sans trop de difficultés…
Qu’apportent Ploton et Grégoire à votre musique ?
Ce sont d'excellents musiciens, avec une qualité sonore remarquable, une précision rythmique incroyable, une grande créativité et beaucoup de sensibilité esthétique et musicale... Comme ma musique est très écrite, le caractère de leur interprétation est absolument essentiel et, dans les parties improvisées, c’est leur langage musical personnel qui doit s’exprimer.
Vous avez composé tous les morceaux de From The Ancient World. Pourquoi privilégier vos compositions plutôt que les standards ?
Comme je l’ai déjà dit : je me sens d’abord compositeur, avant d’être instrumentiste. Imaginer des formes en musique est vraiment ce qui me met en marche, me met en mouvement, me touche au plus profond… En fait, je ne me sens pas spécialement rattaché à la tradition des standards : je n'en possède ni la pratique, ni l'envie…
De quelle manière travaillez-vous le développement de vos compositions avec Rémi Ploton et Julien Grégoire ?
Les choses vont assez vite : ma musique est très cadrée et les musiciens avec qui je travaille sont efficaces… En général, le cœur de mes compositions ne pose aucun problème, mais, paradoxalement, nous pouvons achopper sur des détails, qui peuvent demeurer irrésolus pendant des mois, voire des années... Allez comprendre !
Un deuxième point caractéristique, c'est que, comme je ne suis pas vraiment issu du milieu jazz, même si je l'ai pratiqué, j'écris souvent des choses qui demandent aux musiciens de sortir de leurs codes habituels. Parfois, c'est assez douloureux pour tout le monde ! Et, pour l'instant, je ne parviens pas à savoir si c'est une vraie volonté artistique – j'ai tendance à le croire… - ou juste un problème à régler (rire) ! En fait, il me semble qu'un interprète est souvent plus créatif s’il s’exprime en dehors de sa zone de confort.
Comment s’est passé l’enregistrement au studio La Buissonne ?
Vite et bien ! En deux jours de prises : le confort technique et humain offert par ce studio et Gérard de Haro est fabuleux !
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le label Ophélia ?
Le label Ophélia signe son premier opus avec cet album. Ce qui marque aussi, sans doute, une nouvelle ère dans mon travail de création. J'aime l'idée d'avoir mon label, avec une vraie identité artistique, que je puisse décliner sous plusieurs formes, projets…
Le nom du label n'est pas anodin ! C'est un clin d'œil au poème de Rimbaud, « Ophélie », qui commence par :
« Sous l'onde calme et noire où dorment les étoiles, la blanche Ophélia flotte comme un grand lys, flotte très lentement, couchée en ses longs voiles… »
Ce poème résume à peu près tout ce que j'ai envie de raconter en musique ! Un endroit calme, où l'âme est au repos, soulagée du bruit et de la vanité, où l'acceptation de la mort tient une belle place et rend la vie encore plus immédiate, vraie…
Pouvez-vous nous parler de vos projets à venir avec ce trio, avec le Poésismic Trio ou autres ?
En ce qui concerne mes projets, pour le moment, c'est mon nouveau trio qui va occuper le devant de la scène : le 8 décembre nous avons joué au Jam, à Montpellier, le 12 au Studio de l’Ermitage, à Paris, et nous préparons une tournée en 2013.
Mais j’ai de nombreux autres projets en gestation ! Un deuxième album avec ce trio, qui affirmera une ligne esthétique encore plus incisive ! Une œuvre contemporaine pour seize voix solistes et mezzo-soprano, que j'avais laissée en attente, mais qui verra surement le jour avec la compagnie de théâtre Le tour du cadran. Et c’est un projet très stimulant ! Ensuite j’ai plein d'envies protéiformes : un album pour la voix de Sofia Ribeiro, de la musique de chambre (pour trio à cordes et piano), plus tout le reste… Je lutte davantage pour arriver à réaliser une chose après l'autre que pour trouver des idées !
David Eskenazy Trio au Studio de l'ermitage
Le trio d’Eskenazy est donc constitué de Rémi Ploton au piano etQuentin Boursy à la batterie, remplacé par Julien Grégoire pour le concert du 12 décembre. L’ambiance est plutôt sympathique avec beaucoup de parents et amis dans le public.
Le trio joue les sept morceaux du disque, reprend « Barbapapa Girl » de Sors par là ! (en 2006, avec le Poesismic Trio) et ajoute un inédit : « Beauty In The Beast ». Tous les thèmes sont signés Eskenazy. Le programme du concert est bien équilibré avec une alternance de morceaux vifs et de ballades.
En dépit des nombreuses expériences d’Eskenazy et de Ploton dans le domaine des musiques d’Amérique du sud, il n’y a nulle trace de bossa nova et autres musiques latines dans le répertoire de From The Ancient World. La musique et la sonorité du trio évoquent plutôt la pop dans la lignée d’EST (morceau éponyme de l’album) ou de The Bad Plus(« Beauty In The Beast »).
Toujours élégantes (« Barbapapa Girl », « Michel Strogoff »), parfois romantiques (« Sous l’oranger », « En deux secondes »), les mélodies d’Eskenazy sont soignées. D’ailleurs le jeu de Ploton se coule naturellement dans cette approche mélodieuse : phrases mélancoliques (« Folkinho », « Barpapa Girl »), séquences nostalgiques (« En deux secondes »), introductions lyriques (« Sonho de luz »)… Sur le plan rythmique, les musiciens privilégient des rifs dansants (« From The Ancient World »), des motifs répétitifs entraînants (« Beauty In The Beast »), des ostinatos (« Sous l’oranger ») et autres pédales entêtants (« Michel Strogoff »). La batterie dense et puissante de Grégoire (« Barbapapa Girl ») accentue encore le côté transe (« En deux secondes »), même s’il sait également s’adapter aux atmosphères plus paisibles (« Sous l’oranger »). Quand il ne joue pas un motif répétitif (« Beauty In The Beast » et « Joyful Monkey »), Eskenazy ponctue le discours de ses acolytes par des lignes souples (« Barbapapa Girl »), voire décontractées (« Folkinho »), ou encore, il emploie l’archet pour faire ressortir le lyrisme du piano (« En deux secondes »). De manière générale le contrebassiste favorise le registre grave de la contrebasse, même si ses chorus font  des incursions dans les aigus (« Folkinho »). Les trois musiciens interagissent en bonne intelligence, se ménagent suffisamment d’espace pour s’exprimer et gèrent habilement la tension (« Sonho de luz », « Beauty In The Beast »).
Eskenazy et son trio propose une musique raffinée, entraînante, marquée par la pop et folk… et incontestablement attachante !   
Les musiciens
Eskenazy commence par le chant, la guitare, l’harmonie… puis, à l’adolescence, il apprend la contrebasse et la basse électrique pour jouer avec les jazzmen de sa Normandie natale. A côté du jazz, Eskenazy se découvre une passion pour la musique brésilienne et la bossa nova en particulier.  A Montpellier, où il s’est installé en 1999, il monte un solo de guitare et chant autour de la musique brésilienne et enregiste Retrato em branco e preto. Dans les années deux mille, il compose abondamment, des morceaux entre jazz, musique contemporaine et tradition brésilienne. En 2006, Eskenazy crée le Poésismic trio avec Gustavo Ovalles et Fred Breton. Ils enregistrentSors par là !
Diplômé d’Etat de jazz après avoir passé une licence de musicologie, Ploton se consacre au jazz et à la musique cubaine. Il compose, arrange et joue dans divers groupes (Vincent PerierDoudou GouirandRiccardo Del Fra …) et a enregistré avec Dominique Di Piazza et André Ceccarelli. Côté latino, Ploton joue avec des orchestres de salsa et a aussi créé un spectacle de musique et de danse cubaine : La nueva banda. En parallèle à ses activités de musicien, il enseigne à l’Ecole de Musique Municipale de Frontignan depuis 2008.
A neuf ans Grégoire commence l’apprentissage de la batterie. A l’adolescence, il rentre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Montpellier pour y étudier les percussions classiques, mais s’oriente rapidement vers le rock et le jazz. Son bac de musicologie en poche, Grégoire rejoint les classes d’André Mallau et de Serge Lazarevich au CRR de Perpignan, où il obtient ses diplômes d’études musicales. Grégoire a l’occasion de jouer avec Julien LourauBojan ZJoël Allouche… Il est aussi membre du Melquiadès Quartet, du Grand ensemble KOA… accompagne le chanteur Joanda et crée le Watcher Hill Jazz Quartet en 2012.
Le disque
From The Ancient World
David Eskenazy
Rémi Ploton (p), David Eskenazy (b) et Quentin Boursy (d).
Ophelia
Distribution parinternet
Sortie en décembre 2012

Liste des morceaux
01. « From The Ancient World » (7:06).
02. « Sous l’oranger » (4:43).
03. « Michel Strogoff » (9:02).
04. « Folkinho » (4:37).
05. « Sonho de luz » (6:14).
06. « Joyful Monkey » (5:45).
07. « En deux secondes » (7:14).
Tous les morceaux ont été composés par Eskenazy.

Tchangodei – The Bow

En 1982, Tchangodeienregistre The Bow, avecSteve Lacy au saxophone soprano et Oliver Johnson à la batterie. « The Bow », « Growth Of Life », « War Dance », « African Dance » and « Spirale » sont mis en boîte et le disque sort chez Volcanic Records en 1984, sous la référence 13013. Ce 33T fait l’objet d’une édition en CD en 1999, avec deux titres supplémentaires : « Clichés » et « The Wasp », en duo avec Lacy. En décembre 2012, Volcanic Records a l’excellente idée de rééditer le disque sous le titre L’arc, en ajoutant trois duos de Tchangodei avecHenri Texier, repris de Don’t Be A Half Shell (2005), et « L’arc », un dialogue entre le pianiste et Johnson.
L’arc a quarante ans, mais n’a pas pris une ride, sauf peut-être la prise de son du piano, légèrement cristalline (le contraste avec les trois duos avec Texier est clair). Le texte de la pochette, signé Tchangodei, rend hommage à Johnson, retrouvé assassiné sur un banc près des Halles, à Paris, en 2002 : «  j’aimais beaucoup Oliver Johnson ; il n’était pas seulement un excellent musicien mais un artiste, dans le vrai sens de ce mot. […] Le journal « Le Parisien » a publié un entrefilet relatant ce meurtre en quelques lignes. Je n’ai pu m’empêcher de rire devant tant de dérision : comment osent-ils ? ».
Accords puissants du piano, batterie foisonnante, soprano dense et montée en tension progressive, sur une rythmique hypnotique et redoutable : John Coltrane n’est certes pas loin (« The Bow », 6) etThe Bow est évidemment marqué par l’esthétique free, mais la patte du trio se fait sentir dans les timbres – le son de Lacy, les tambours et le phrasé « monkien » de Tchangodei – et le traitement des rythmes – intense et profond.
Tchangodei a beaucoup de présence et partage son jeu entre une main gauche qui assure un rôle de contrebasse (« The Bow », « African Dance », « The Wasp »), des accords ou motifs rythmiques qui se marient aux fûts (« Growth Of Life » et « L’arc »), des ostinatos (« War Dance », « Spirale »), des embardées free (« Clichés »), des envolées bluesy (« The Wasp »)… Lacy possède une sonorité inhabituellement chaude pour un saxophone soprano, avec un gros son dense et plein. D’un swing (« Growth Of Life ») ou d’un balancement (« Spirale ») appuyé, Lacy passe à des effets expressifs (cris rauques dans « War Dance », effets dans les aigus dans « Spirale »), des passages free (« The Bow »), mais aussi des lignes sourdes et émouvantes (« The Wasp »). Johnson déploie son drumming vigoureux et charnel sur les tambours (« Growth Of Life », « War Dance » et « L’arc »), maintient Tchangodei et Lacy sous pression (« Clichés », « Spirale »), sans jamais oublier la danse (« African Dance », « L’arc »).
Les trois duos avec Texier sont un peu incongrus car, même s’ils sont fort intéressants et s’inscrivent toujours dans la mouvance free, l’ambiance qu’ils dégagent est complètement différente : dans « Face à la vie », le piano déroule sa mélodie sur les larmoiements aux accents indiens de la contrebasse, jouée à l’archet ; « Lumière dans le brouillard » se base sur un dialogue véloce entre le piano et la contrebasse en pizzicato, sur fonds de continuo à l’archet et de pédale rythmique sur la caisse de la contrebasse ; quant à « Sans couleur », après une superbe introduction de Texier, le piano et la contrebasse se lancent dans un dialogue mélodieux.
The Bow mérite amplement cette réédition et permet d’écouter (ou de réécouter, pour les plus chanceux) une musique énergique, tendue, entraînante et plus que jamais d’actualité !
Les musiciens
Né au Bénin dans une famille de musiciens et de griots, Tchangodei s’intéresse très jeune à la musique et se forme à l’écoute de Billie HollidayRay CharlesEarl HinesTeddy Wilson... Par la suite il est également influencé par Thelonious Monk et Cecil Taylor. Installé à Lyon, Tchangodei commence sa carrière professionnelle dans les années quatre-vingt avec des musiciens tels que Lacy, Johnson, Louis SclavisArchie SheppSteve Potts, Texier, Sunny MurraySonny Simmons, Mal Waldron… Il a enregistré une vingtaine de disque en leader. En dehors de la musique, Tchangodei peint et dirige le Bec de Jazz, un bar qui lui sert aussi de local de répétition.
Au début des années cinquante, Lacy commence sa carrière comme clarinettiste et saxophoniste soprano dans des orchestres de Dixieland, à Manhattan. Il abandonne rapidement la clarinette et rencontre Cecil Taylor. Lacy rejoint l’avant-garde et rencontre Thelonious Monk qui, avec Duke Ellington, aura une influence majeure sur le saxophoniste. En 1958 il enregistre Reflections, Steve Lacy Plays The Music Of Thelonious Monk avec Mal Waldron et, deux ans plus tard, Monk l’invite à le rejoindre dans son quartet pendant quelques mois. En 1966 Lacy s’installe en Italie, puis à Paris en 1969, avec son épouse, la violoniste et chanteuse Irene Aebi. Il multiplie les expériences, avec le chorégraphe Merce Cunningham, les poèmes de Brion Gysin, la philosophie de Lao Tseu, les écrits de la  Beat Generation, l’opéra… A la fin des années soixante-dix, Lacy tourne avec son groupe composé, entre autres, d’Aebi,, de Steve Potts aux saxophones alto et soprano,Jean-Jacques Avenel à la contrebasse et Oliver Johnson à la batterie. En 2002 Lacy retourne à New York et enseigne au New England Conservatory jusqu’à sa mort en 2004.
Johnson accompagne Atilla ZollerHampton HawesYusef Lateef,Johnny Griffin… puis il rejoint la scène free aux côtés d’Antony Braxton, The Art Ensemble of Chicago, David MurrayDewey RedmandSam Rivers… Installé à Paris à la fin des années soixante, il joue avec Lacy de 1978 à 1989 et monte le trio TOK avec Takashi Katoet Kent Carter. Dans les années quatre-vingts dix, il sombre dans l’alcoolisme et son activité devient erratique jusqu’à son assassinat, près des Halles, en 2002.
Formé d’abord au piano, Texier commence sa carrière à quatorze ans dans un orchestre de Dixieland. Au début des années soixante, il découvre le free jazz et abandonne le piano pour la contrebasse, qu’il apprend en autodidacte. Texier rejoint l’orchestre de Jef Gilson et, en parallèle, accompagne Phil Woods, Griffin, Chet BakerBill Coleman,Bud Powell… sans oublier Don Cherry ! Dans les années soixante-dix, Texier joue dans diverses formations, avec John Abercrombie,Gordon BeckMichel PortalDidier Lockwood… Son Transatlantik Quartet, formé dans les années quatre-vingt avec Joe LovanoSteve Swallow et Aldo Romano, lance sa carrière discographique chez Label Bleu. Depuis, Texier sort pratiquement un disque tous les deux ans : de la célèbre trilogie Carnet de routes – Suite africaine – African Flashback avec Louis Sclavis, Romano et les photographies de Guy Le Querrec, à son Nord-Sud Quintet, en passant par les non moins fameux Azur Quartet, Strada Sextet et autres Red Route Quartet…
Le disque
L’arc
Tchangodei
Steve Lacy (ss), Tchangodei (p) et Oliver Johnson (d), avec Henri Texier (b).
Volcanic Records – 13013
Sortie en Décembre 2012.
Liste des morceaux
01.  « The Bow » (8:09).
02.  « Growth of Life » (7:18).
03.  « War Dance » (9:51).
04.  « Clichés » (4:55).
05.  « African Dance » (4:04).
06.  « Spirale » (9:54).
07.  « The Wasp » (6:52).
08. « Face à la vie » (3:41).
09. « Lumière dans le brouillard » (3:27).
10. « Sans couleur » (5:33).
11. « L’arc » (5:32).
Toutes les compositions sont signées Tchangodei.

Bruno Tocanne – In A Suggestive Way

Pour rendre hommage àPaul MotianBruno Tocanne a formé un quartet de choc avecQuinsin Nachoff au saxophone et clarinette,Rémi Gaudillat à la trompette et Russ Lossing au piano. Deux Français, un Canadien et un Américain pour enregistrer dans le New Jersey, In A Suggestive Way, qui sort en décembre chez Instant Music Records.
Le quartet fait mentir Boileau : il ne s’embarrasse pas d’une unité d’ambiance (les musiciens jouent sans entrave), ni de temps (de une à huit minutes), mais tient l’auditeur en haleine du début à la fin ! Et In A Suggestive Way dégage une grande cohérence. Cohérence dans les approches musicales : importance du rythme, thématiques dans la lignée de la musique du vingtième et interactions dans l’esprit d’Ornette Coleman. Cohérence également dans les jeux : finesse de l’écoute, clarté des phrasés, précision de la mise  en place, maitrise des nuances… Toujours aussi subtil et mélodieux, Tocanne participe aux dialogues et gère la tension avec une pertinence rare. Servi par une indépendance des mains impressionnante, Lossing jongle avec les voix, les cordes, les boucles, les tons… dans une veine toute contemporaine. Nachoff passe d’un unisson énergique à une envolée free, en faisant un crochet par un duo contemporain avec la batterie ou un chorus poignant, presque murmuré. La sonorité brillante de la trompette de Gaudillat met du piquant dans les questions-réponses avec ses compères, tandis que son jeu, tout en souplesse, s’adapte aussi bien aux dialogues avant-gardistes qu’aux passages mélancoliques.
Les clins d’yeux à Coleman sont nombreux : « Ornette And Don » est une référence explicite ; une section rythmique amputée est une autre caractéristique fréquente chez Coleman, même s’il est vrai qu’il joue le plus souvent sans piano, mais avec une contrebasse ; les thèmes de fanfare dissonants exposés par les soufflants à l’unisson qui débouchent sur de joyeux contrepoints à quatre voix (« One P.M. », « Frémissements »)… A côté de ces péripéties d’inspiration « colemaniennes », Lossing se joint volontiers aux jeux rythmiques de Tocanne en se plongeant dans les cordes de son piano (« Canto 1 », « Voltage(s) »). Les quatre musiciens croisent aussi le fer dans des joutes de notes et des tours de passe-passe intenses qui relèvent de la musique contemporaine (« NYC To NJ », « Whatever », « A Suggestive Way »). Le quartet ne se prive pas pour autant de mettre un certain lyrisme au service de morceaux élégants (« Kumo To Mine », « Firely »), voire majestueux (deuxième partie de « One P.M. », « Bruno Rubato »). 
Comme la musique du disque, le graphisme recherché et minimaliste signé Senem Diyici, qui illustre la pochette, laisse le champs-libre à notre imagination in a suggestive way !
Tocanne achève 2012 et commence 2013 en beauté : In A Suggestive Way, est inventif, captivant, lumineux !
Les musiciens
Entre les New Dreams, le I.Overdrive trio, le Libre Ensemble, Docteur Lester… Tocanne et Gaudillat ne sont plus à présenter…
D’origine canadienne et diplômé en musicologie de l’Université de Toronto, Nachoff est particulièrement actif sur la scène de l’avant-garde new yorkaise. Qu’il joue avec le quatuor de la violonisteNathalie Bonin (Magic Numbers, avec Mark Helias et Jim Black), le violoncelliste Ernst Reijseger et le pianiste John Taylor (Horizons Ensemble), ou avec Tocanne, Nachoff fait partie de ses musiciens qui marient la musique contemporaine et le jazz. Il a d’ailleurs composé des pièces pour l’ensemble Toca Loca, un concerto pour la violoniste Bonin, une œuvre pour le clarinettiste Peter Stoll et le quatuor Cecilia… En parallèle, il enseigne au Banff Centre for the Arts, à l’Université de Toronto et son groupe a été en résidence au Queensland Conservatorium de Brisbane…
Membre du quintet de Motian pendant des années, Lossing est, à l’instar de Nachoff, aussi présent dans le milieu du jazz que de la musique contemporaine. Le pianiste a accompagné le gotha de l’avant-garde newyorkaise, de Dave Liebman à John Abercrombie, en passant par Chris SpeedEllery EskelinTony MalabyLoren Stillman… Il compte près d’une cinquantaine de disques à son actif en sideman ou en leader et a composé plus d’une vingtaine de musique de films ou de documentaires.
Le disque
In A Suggestive Way
Bruno Tocanne
Russ Lossing (p), Quinsin Nachoff (ts, cl), Rémi Gaudillat (tp) et Bruno Tocanne (d).
IMR 007
Sortie en décembre 2012.
Liste des morceaux
01. « Bruno Rubato », Tocanne & Sophia Domancich (3:36).
02. « NYC to NJ », Lossing & Gaudillat (1:09).
03. « Canto 1 », Lossing (8:26).
04. « Ornette And Don », Gaudillat (3:32).
05. « Kumo To Mine », Nachoff (5:53).
06. « One P.M. », Gaudillat (8:38).
07. « A Suggestive Way », Tocanne & Nachoff (2:50).
08. « Firely », Nachoff (5:24).
09. « Voltage(s) », Gaudillat, Lossing & Tocanne (3:12).
10. « Whatever », Lossing & Tocanne (3:04).
11. « Frémissement », Gaudillat (5:49).

Rabih Abou-Khalil – Hungry People

Après plus de vingt ans chez ENJA, Rabih Abou-Khalil change de label et rejoint Harmonia Mundipour Hungry People, publié en octobre 2012.
Abou-Khalil est entouré d’un quartet d’habitués : au tuba, au serpent et à la basse, Michel Godard, compagnon de route depuis le début des années quatre-vingts dix, et, aux percussions,Jarrod Cagwin, rencontré au début des années deux mille. Quant àGavino Murgia (saxophone soprano) et Luciano Biondini (accordéon), ils complètent un quartet avec lequel Abou-Khalil a déjà enregistré l’album Morton’s Foot, en 2003.
Hungry People comporte dix morceaux, tous composés par Abou-Khalil. Comme le souligne le musicien à propos du titre de l’album, dans un entretien donné à Jazz News (numéro 16 de novembre 2012) : Hungry People n’est pas seulement une évocation de la faim dans le monde, « il y a aussi la faim qu’ont les musiciens de jouer. Mais bien sûr, c’est une manière les problèmes politiques qui ont pour conséquences toutes sortes de famines ». Les titres des morceaux sont explicites (« A Better Tomorrow », « Dreams Of A Dying City »…), en forme de clin d’œil (« Bankers’ Banquet » pour le « Beggars Banquet » des Rolling Stones) et ne manquent pas d’humour (« Shaving Is Boring, Waxing Is Painful », « Fish And Chips And Mushy Peas », « Shrilling Chicken »…).
Mélange original et personnel de musique orientale, de tradition classique et de jazz, la musique d’Abou-Khalil est immédiatement reconnaissable. Des thèmes élégants (« Dreams Of A Dying City ») aux accents nostalgiques (« A Better Tomorrow ») alternent avec des mélodies entraînantes (« Shrilling Chicken ») qui invitent à la danse (« Hats And Cravats »). Les phrases sinueuses de l’oud (« If You Should Leave Me »), les glissandos de l’accordéon (« When The Dog Bites ») et du saxophone soprano (« When Frankie Shot Lara ») évoquent les maqâm, au même titre que les chœurs instrumentaux qui accompagnent les solistes (« Shrilling Chicken ») ou les unissons parsemés de contrepoints (« Shaving Is Boring, Waxing Is Painful »). Les mesures composées (« Fish And Chips And Mushy Peas »), superpositions de rifs (« When Frankie Shot Lara ») et autres croisements des voix (« If You Should Leave Me »), donnent lieu à des échanges rythmiques particulièrement riches. Entre le son chaleureux de l’oud, le chant brillant de l’accordéon, les timbres graves du tuba et du serpent, le ton lumineux du soprano et la sonorité éclatante de la batterie, Abou-Khalil joue allègrement avec une palette sonore à mi-chemin entre musique orientale et jazz. L’expressivité a une place centrale dans Hungry People, comme les cris de poulet qui émaillent « Shrilling Chicken », les borborygmes qui répondent au tuba dans « Bankers’ Banquet », les phrases free qui ponctuent les lignes moyen-orientales (« Fish And Chips And Mushy Peas »)…  
Abou-Khalil propose une musique enjouée et raffinée, mélodieuse et inventive, sérieuse et drôle… Hungry People navigue entre les eaux tumultueuses de la musique arabe et les flots mouvementés du jazz sans jamais perdre son cap !
Rabih Abou-Khalil
Abou-Khalil joue de l’oud dès cinq ans et étudie la musique à l’Académie des Arts de Beyrouth. En 1978, il fuit la guerre civile et s’exile à Munich où il apprend la flûte avec Walter TheurerBitter Harvest, son premier disque en leader, sort en 1984 chez MMP. A partir de 1986 Abou-Khalil enregistre une vingtaine d’albums. De Between Dusk And Dawn (1986) à Trouble In Jerusalem (2010), tous ses disques sont publiés chez ENJA, à l’exception de Nafas (ECM - 1998). En 2012, Abou-Khalil rejoint World Village, le label jazz d’Harmonia Mundi car « après une vingtaine de disques, il était temps de changer. J'ai l'impression que la France est au centre de la musique en Europe, en termes de business, d'offres, de lieux de diffusion. La culture est ici plus préservée » (entretien donné dans Jazz News n° 16 de novembre 2012). Si Abou-Khalil joue essentiellement sa musique, il fait toujours appel à des musiciens venus d’horizons très variés : Charlie Mariano,Sonny FortuneKenny Wheeler, Steve SwallowNabil Khaiat, The Balanescu Quartet, Dominique PifarelyVincent CourtoisEllery EskelinGabriele Mirabassi
Le disque
Hungry People
Rabih Abou-Khalil
Rabih Abou-Khalil (oud), Gavino Murgia (ss), Luciano Biondini (acc), Michel Godard (tu, serpent, b) et Jarrod Cagwin (d, perc).
World Village 479078
Sortie en octobre 2012.
Liste des morceaux
01.  « Shrilling Chicken » (4:11).
02.  « When The Dog Bites » (5:12).
03.  « A Better Tomorrow » (6:43).
04.  « Bankers' Banquet » (5:32
05.  « Dreams Of A Dying City » (5:37).
06.  « Fish And Chips And Mushy Peas » (4:42).
07.  « Hats And Cravats » (6:08).
08.  « When Frankie Shot Lara » (6:32).
09.  « If You Should Leave Me » (7:05).
10.  « Shaving Is Boring, Waxing Is Painful » (4:48).
Toutes les compositions sont signées Abou-Khalil, sauf indications contraires.