22 novembre 2014

Octobre 2013

The Day After – The Volunteered Slaves

Créé en 2002, lors du festival Jazz In Marciac, The Volunteered Slaves promène son « jazz afro punk » de scènes en clubs depuis plus de dix ans et, après Streetwise(2005) et Breakfast In Babylon(2009), le sextet sort son troisième opus, The Day After, en septembre, chezPlus Loin Music.
Le nom du groupe est inspiré du « Volunteered Slavery » deRahsaan Roland Kirk, tiré de l’album éponyme, enregistré au Newport Jazz Festival en 1968. Olivier Témime aux saxophones, Emmanuel Duprey aux claviers, Akim Boumane à la basse, Arnold Moueza aux percussions et Julien Charlet à la batterie étaient déjà présents sur les deux précédents disques, mais, à la guitare, Hervé Samb succède àJérôme Barde.
Côté répertoire, The Day After propose onze morceaux : Duprey en signe cinq, Charley, Samb et Moueza en apportent chacun un, The Volunteered Slaves joue également « Rock It » d’Herbie Hancock(Future Shock – 1983), « Don’t Stop ‘Till You Get Enough » de Michael Jackson (Off The Wall – 1979) et « People Make The World Go ‘Round » de The Stylistics (1972).
En dehors de l’introduction du morceau éponyme et de « Long Legs », conclusion paisible du disque, les neuf autres morceaux sont dynamiques et particulièrement entraînants. The Volunteered Slaves s’appuient sur la batterie imposante, régulière et souvent binaire de Charlet, Le batteur joue la plupart du temps un rythme funky costaud (« VSOP »)), fait une incursion dans du rock quasi-hard (« Chapeaux Chinois (From The Roots To The Top) ») ou s’allie à Boumane pour faire vrombir un rif (« No Matter What They Say ») qui rappelle celui de « Foxy Lady » (Jimi HendrixAre You Experienced – 1967). Les lignes sourdes, les motifs minimalistes syncopés (« Snake’s Stairs ») et les phrases rapides du bassiste renforcent également le caractère funky de la musique. Moueza apporte le côté africain (« Rock It ») et caribéen (« Waiting For The Big Stuff »), et son tour de chant colle tout à fait à l’atmosphère soul du morceau (« No Matter What They Say »). Duprey s’en donne à cœur joie avec ses claviers pour glisser des effets vintages wawa (« Snake’s Stairs »), couinements (« Waiting For The Big Stuff »), électro (« Rock It »), sonorité funk (« Tahrir Square »)… qui évoquent les années soixante-dix et quatre-vingt. Samb complète la panoplie funky en mêlant ses accords et autres arpèges au foisonnement ambiant. Quant à ses chorus, ils penchent peut-être davantage vers le rock que le funk : hendrixien dans « No Matter What They Say », saturé dans « Snake’s Stairs » ou véloce (« People Make The World Go ‘Round »). Unique souffleur, Temime endosse le rôle de premier soliste du sextet. Son jeu nerveux, hérité du hard-bop (« Rock It »), sa sonorité puissante (« Waiting For The Big Stuff »), son discours neo-bop moderne (« VSOP ») et sa mise en place dansante (« Chapeaux Chinois (From The Roots To The Top) ») sont autant de caractéristiques qui pimentent la musique de The Volunteered Slaves.
Avec The Day After, The Volunteered Slaves poursuivent sur leur lancée funky chamarrée, dansante, pleine d’une vitalité parfaitement décomplexée…
Les musiciens
TemimeSamb et Charlet ont déjà été présentés, respectivement lors des chroniques de Give Me The High SignTime To Feel et Electric Excentric.
Duprey étudie le piano classique au Conservatoire de Caen, puis le jazz, la composition, l’arrangement et la direction d’orchestre à l’American School of Modern Music. Il dirige ensuite l’orchestre Le petit Marcelot, fonde les Nuits Blanches au Petit Opportun, enseigne au Caen Jazz Action etc. Au début des années deux mille il remporte des prix au Tremplin Jazz d’Avignon, aux Trophées du Sunside… Duprey joue dans le quartet de David El Malek, le quintet de Jérôme Barde, le sextet d’Eric Le Lann… et a monté un trio avec Mourad Benhammou  et Sal La Rocca.
A l’âge de sept ans, Moueza commence la batterie. En Guadeloupe, il découvre le gwo-ka et s’oriente vers les percussions caribéennes : congas, bongos, timbales tambours… Diplômé d’Etat en percussions, Moueza est professeur au CIM et au Centre de Musiques Traditionnelles d’Ile de France. Mouez accompagne aussi bien Julien ClercManu Dibango et Zouk Machine que Randy BreckerTrilok Gurtu et Tania Maria.
Le disque
The Day After
The Volunteered Slaves
Olivier Temime (ts), Hervé Samb (g), Emmanuel Duprey (kbd, p, synthé), Arnold Moueza (perc, voc), Akim Bournane (b) et Julien Charlet (d).
Plus Loin Music – PL4564
Sortie en septembre 2013.
Les morceaux
01. « Rock It », Hancock (5:16).
02. « Waiting For The Big Stuff », Duprey (4:30).
03. « Snake’s Stairs », Charlet (3:43).
04. « VSOP », Samb (4:27).
05. « Chapeaux Chinois (From The Roots To The Top) », Duprey (5:04).
06. « Don’t Stop ‘Till You Get Enough », Jackson (4:46).
07. « Tahrir Square », Duprey (4:51).
08. « The Day After », Duprey (5:45).
09. « No Matter What They Say », Moueza (5:01).
10. « People Make The World Go ‘Round », Stylistics (5:47).
11. « Long Legs », Duprey (3:34).

Pour ceux qui aiment le Jazz…

En 2000, Valérie-Anne Giscard d'Estaing fonde l’agence Photo12 et, en 2005, elle ouvre la Galerie Photo12, au 14 de la rue des Jardins Saint-Paul, à deux pas du lycée Charlemagne et du quai des Célestins. Du 13 septembre au 16 novembre, la galerie propose une exposition de photographies autour du jazz, dont le commissaire n’est autre queDaniel Filipacchi.
Pour son exposition, Filipacchi reprend le nom de la célèbre émission de radio créée avec Frank Ténot en 1955 pour Europe n°1 : « Pour ceux qui aiment le Jazz… » (dont le générique, « Blues March », l’hymne d’Art Blakey et des jazz Messengers, composé par Benny Golson, est resté célèbre).
La Galerie Photo12 expose (et vend) une trentaine de photos dans un format qui tourne autour de trente centimètres par quarante. A côté des stars de la photographie de jazz que sont William P. Gottlieb,William Claxton et Herman Leonard, se trouvent des photographes tout aussi célèbres, mais qui se sont davantage illustrés dans d’autres domaines que le jazz : Bob Willoughby, spécialiste des stars de cinéma, Norman Seeff, photographe des personnalités publiques,Jean-Marie Périer, membre de l’agence Photo12 et expert de la variété française, Filipacchi, homme de presse, etc.
Prises sur le vif et dans l’action, avec des contrastes marqués, mais sans affèterie, les cinq photos de Claxton sont particulièrement expressives, à l’instar du splendide portrait de Billie Holiday. De Gottlieb, dont les photos sont tombées dans le domaine public le 16 février 2010, Photo12 expose un magnifique tirage de Nat King Colevu de dessus, qui pose au piano.Les quatre clichés de Leonard sont caractéristiques de son style : les musiciens sont photographiés dans l’atmosphère des clubs, le plus souvent en train de jouer, mais les prises de vue esthètes avec des halos, clair-obscur, contre-plongée, cadrage aux trois-quarts… statufient les artistes, comme la célébrissime image de Dexter Gordon dans les volutes de sa cigarette. Les quatre musiciens saisis par Willoughby sont pensifs, au repos ou en attente et il émane une grande tranquillité de ces photos, à la mise en scène soignée : Miles Davis assoupi dans un fauteuil ou l’impressionnant gros plan sur Coleman Hawkins, accoudé sur son saxophone. En dehors d’Herbie Hancock les mains croisées sur un piano, les trois autres photos de Seeff ont des points communs avec celles de Willoughby : les sujets sont attentifs ou pensifs, commeQuincy Jones et sa fille, Davis avachi dans les coulisses ou l’élégant portrait de Nancy Wilson. Dans les quatre tirages exposés, Périer prend les musiciens à contrepied dans des lieux et des postures inhabituelles : Dizzy Gillespie en maillot de bain en train de jouer de la trompette avec le pavillon dans l’eau, Davis dans un transat au bord d’une piscine qui regarde une dame en bikini… Quant aux six photos de Filipacchi, il s’agit de photos posées, classiques : trois portraits en buste sur fonds uni (Louis ArmstrongJohn Lewis et Lester Young qui joue du saxophone), un gros plan d’Armstrong, un plan large sur Lionel Hampton dans un studio de photographe et un joli cliché de Baker, assis de profil dans un parc (le Luxembourg ?), avec sa trompette et, au deuxième plan, Liliane Rovère qui se fond dans le flou du parc…
Les amateurs qui ont la chance d’avoir sous la main Jazzlife (Claxton chez Taschen), The Golden Age of Jazz (Gottlieb chez Fireside) et Jazz Memories (Leonard chez Filipacchi ou Douglas Records) trouveront sans doute que Pour ceux qui aiment le jazz… est, certes, une belle exposition, mais un peu courte. Et il est dommage qu’il n’y ait que des listes de prix, mais pas de catalogue… Cela dit, c’est toujours l’occasion de découvrir (gratuitement) quelques clichés mythiques de musiciens de jazz et autres photos instructives, bien mis en valeur. 

Les vingt ans d’Archimusic et Le rêve de Nietzsche

L’association Archimusic fête ses vingt ans en grande pompe : un séjour à Pointe-Noire (République du Congo) cet été, pour inaugurer le nouvel espace culturel Yaro, rénové sous l’impulsion de l’association, une série de concerts – deux à La Java à Paris et deux aux 26 Couleurs à Saint-Fargeau-Ponthierry – avec une pléthore d’invités, et un disque, Le rêve de Nietzsche, publié par le Label Triton en octobre !
En 1993, Jean-Rémy Guédon crée Archimusic pour réunir des musiciens du jazz et de musique classique, qui jonglent avec compositions et improvisations. D’Archimusic, en 1995, au Rêve de Nietzsche, en 2013, l’orchestre a exploré moult voies : Parthéos (1998) reste dans la continuité d’Archimusic13 Arpents de Malheurs (2001) met en musique des mots du sculpteur, peintre et poète Jean Arp,Sade Songs (2006) se base sur l’œuvre du Marquis, Terres Arc-en-Ciel(2010) pénètre dans les musiques africaines, antillaises… A côté de ces disques, le Grand Ensemble invite la comédienne Laurence Masliahpour « Don Quichotte Again! » (2003), joue sur des textes de Marc Aurèle (« Pensées pour moi-même » - 2007), se mêle au MégaOctet d’Andy Emler (« Présences d’esprits » - 2010)… Mais Archimusic, ce n’est pas seulement le Grand Ensemble : c’est aussi le Trio Ka-Tam – Guédon, Thierry Jasmin-Banaré et Antoine Banville –, un duo avecMaryse Ngalula, le Trio de Traverse, le duo Sur le dos de la langue, avec Elise Caron, le quintet Guédon / Laviso / Saint-Prix… et de nombreuses autres collaborations tous azimuts.
Les vingt ans d’Archimusic à La Java
La célébration parisienne de l’anniversaire se déroule le 1er et le 2 octobre à La Java, dans le cadre des soirées Son Libre qu’Alexandre Authelain et Cyril Hernandez organisent depuis 2010.
La Java occupe le sous-sol du Palais du Commerce. Situé rue du Faubourg du Temple et construit en 1924, ce bâtiment art-déco mérite le détour : un passage débouche sur un double escalier tournant qui mène à des coursives, dont les planchers sont pavés de verre ; au deuxième niveau, une verrière enluminée complète l’éclairage ; le vitrail coloré de l’entresol est une invitation à descendre au sous-sol… La Java a toujours fait danser : bal-musette jusqu’en 1940 ; interlope de 1943 à 1968 ; dédiée à l’accordéon et rebaptisée Le Baldi (du nom de son chef d’orchestre) jusqu’à la fin des années soixante-dix ; spécialiste de l’underground dans les années quatre-vingt ; sanctuaire de la salsa à partir des années quatre-vingt-dix… En 2006, La Java change de direction et le club revient à une programmation musicale éclectique, mais aussi à des spectacles vivants…
Le concert du 2 octobre commence dans le passage : du rez de chaussée, les spectateurs peuvent voir et écouter les musiciens qui évoluent sur les coursives des deux étages. Après une brève introduction d’Hernandez, quatre instruments se présentent en solo a capella, comme dans Pierre et le loup : c’est d’abord la clarinette basse d’Emmanuelle Brunat, suivi du hautbois de Vincent Arnoult, puis le basson de Vincent Reynaud, pour finir par la clarinette deNicolas Fargeix. Les morceaux sonnent d’autant plus contemporains que des klaxons insistants, le vrombissement des moteurs, des gueulements énervés, le ramdam d’un camion poubelle, les pétarades des deux roues... répondent en chœur aux solistes imperturbables ! Les quatre musiciens se réunissent ensuite pour interpréter une courte pièce qui, à première vue, semble être un gag à la Peter Schickele : un tantinet bancale, entre classique et romantique, dans un style pompier… Guédon apprend ensuite aux spectateurs que le morceau a été composé par Friedrich Nietzsche himself ! Il est vrai que Nietzsche aurait souhaité devenir un grand compositeur, qu’il a écrit plus d’une quarantaine d’œuvres, encouragé par Richard Wagner (en toute sincérité ?), mais vivement critiqué par Hans Guido von Bülow : « Une fois encore – ne le prenez pas mal – au reste vous qualifiez vous-même votre musique de détestable – elle l’est effectivement, plus détestable que vous ne le croyez, non point préjudiciable à l’intérêt commun, mais pire que cela : préjudiciable à vous-même qui ne pouvez plus vilainement tuer vos excès de loisir qu’en violant de la sorte Euterpe »…
Une fois installé à La Java, le concert se poursuit par un duo entre Guédon au ténor et Ngalula, chanteuse et guitariste de Kinshasa. Accords sobres et voix chaude pour une ballade africaine, ponctuée par les effets de souffle, les phrases aigues et les escapades free du saxophoniste. Vient ensuite Terres Arc-en-ciel, avec le Grand Ensemble qui rejoint les deux protagonistes pour « Oko Samba », une deuxième chanson signée Ngalula. Sur un thème entraînant, une rythmique dansante et le chœur des soufflants, la chanteuse joue avec les intervalles et le morceau prend la tournure d’une musique zaïroise latino… Pour le troisième morceau du concert, l’orchestre invite Hernandez, son cajon et sa caisse claire. « Sagba » est une composition de Guédon,  écrite en 2006 à partir d’une cérémonie vaudou enregistrée lors d’une tournée au Bénin. Guédon commence par jouer un hymne profond, dans un style qui rappelle celui de Charles Lloyddans Lift Every Voice. Puis la rythmique vrombit et le quatuor se lance dans une tournerie qui évoque la musique irlandaise avec, en contrepoint, la trompette et le saxophone en mode fanfare. Sur ce foisonnement de voix et de rythmes, Guédon prend un chorus furieux et strident. David Pourradier Duteil et Hernandez croisent leurs percussions dans un jeu de questions – réponses énergique et ludique.
Après cette première partie, Le rêve de Nietzsche peut devenir réalité : Jasmin-Banaré et sa basse remplacent Yves Rousseau et sa contrebasse, tandis que le rappeur Jimmy Justine fait son entrée en scène. Un quatuor contemporain, un duo free jazz – Guédon et Fabrice Martinez à le trompette et au bugle – et une section rythmique rap jazz : mélange étonnant et détonnant ! Au départ Guédon pensait créer Le rêve de Nietzsche avec Michel Onfray, qui n’a finalement pas donné suite. C’est donc avec Rocé qu’Archimusic monte le projet au printemps 2011, dans le cadre d’une résidence au Tamanoir, à  Gennevilliers. Mais comme le rappeur ne peut plus se rendre disponible, Guédon propose à Justine de se lancer dans l’aventure : la première a lieu en novembre 2012 à La Fonderie, à Malakoff, et, l’enregistrement du disque, au Studio Sextant, au même moment.
A La Java, Guédon et ses compères jouent « 1 KatNiet » et « DarKniet », dont les textes sont tirés du Gai Savoir. Les lignes du quatuor évoluent subtilement, tout en croisements sophistiqués, contre-chants piquants, chœurs dissonants, motifs expressifs (le basson dans « 1KatNiet », le hautbois dans « DarKniet »)… Le contraste est saisissant avec la batterie puissante (dans le solo de « 1 KatNiet », les roulements des tam-tams africains ne sont pas loin…) et les rifs grondants de la basse, parfois slappés (« 1 KatNiet »). Martinez et Guédon naviguent entre le quatuor, la voix et la section rythmique… Complices dans leurs délires free, ils dialoguent à bâton rompu (« 1 KatNiet »), prennent des solos débridés dans une ambiance touffue (cris aylériens de Guédon dans « DarKniet »), rebondissent sur une phrase scandée en boucle par Justine : « nous, incompréhensibles » (« 1 KatNiet ») et « tu ne tueras point » (« DarkNiet »)… Justine s’appuie sur la régularité et la pulsation du couple basse – batterie pour découper ses phrases. Rythme et intelligibilité des textes guident son chant. Le flow est dynamique, avec des intonations nuancées, une voix grave et une diction claire. Si, à l’instar de la plupart des rappeurs, la main droite tendue suit et ponctue le texte, le bras gauche et le déplacement de ses jambes de Justine évoquent davantage le popping (plus connu sous le nom de smurf en France).  
Musique pittoresque, concert animé et cocktail fort sympathique : le joyeux anniversaire d’Archimusic !
Le rêve de Nietzsche
« C'est le rêve de Nietzsche, faire des idées et des sons une même matière en fusion », ainsi parlait Guédon de cette nouvelle aventure…
Le brouet free, rap et contemporain reste omniprésent dans le disque. Les morceaux sont conçus comme des suites et durent plus de dix minutes, sauf l’introduction, « EternalPremNiet », et la conclusion, «  Hymn For Four », plus courtes. Prise de son et mixage aidant, les voix – paroles et musiques – sont plus claires sur le disque que pendant le concert. « EternalPremNiet », basé sur Humain, trop humain, est entraînant avec son leitmotiv H.U.M.A.I.N. et un chorus très « rollinsien » de Guédon. « 1 KatNiet »  et « 2 KatNiet » (Ecce Homo et autres extraits) commencent tous les deux par un quatuor contemporain. Comme pendant le concert à La Java, le solo de Pourradier Duteil est monumental (« 1 KatNiet ») et l’entrelacs des phrases, des motifs mélodiques et des rythmes met la musique sous haute tension, tant celle de « 1 KatNiet » que « DarkNiet » ! Après avoir constaté amèrement avec Nietzsche que « Les singes sont bien trop bons pour que les hommes puissent descendre d’eux » (Par-delà bien et mal), Justine et Guédon dialoguent avec verve sur un texte inspiré par la morsure de la vipère (Ainsi parlait Zarathoustra). Dans « SoNiet », le duo Martinez et Guédon évoque un dessin animé ou un burlesque. Il débouche sur un emballement free et, après un retour au calme avec le quatuor, Justine scande Ainsi parlait Zarathoustra – De la canaille avec conviction, sur le vrombissement de la batterie et le slap de la basse. Après un chorus captivant de Martinez au bugle, « SoNiet » se conclut sur une mélodie élégante très XXe.
Sur scène comme sur disque, les mots et les notes fusent, les rythmes explosent, la musique tonitrue… Impossible de résister au tourbillon d’Archimusic et ne pas sombrer dans Le rêve de Nietzsche !
Nietzsche (en très bref…)
Né en 1844, Nietzsche est un enfant prodige, particulièrement doué… pour la musique : si ses talents de compositeur sont contestables, en revanche c’est un excellent pianiste. Mais sa famille – des grands-parents et parents pasteurs luthériens – souhaite qu’il fasse des études de théologie et de philologie classique. Extrêmement brillant, Nietzche est professeur à l’université de Bâle à vingt-et-un ans, sans même avoir eu besoin de soutenir de thèse…. C’est la lecture d’Arthur Schopenhauer qui le pousse vers la philosophie et c’est dans la musique de Wagner qu’il pense trouver l’expression parfaite de sa pensée philosophique.  De 1869 à 1872, Nietzsche fréquente assidûment le couple Wagner et dédie La Naissance de la tragédie au compositeur. A partir de 1876, Nietzsche rejette Schopenhauer, trop pessimiste, et Wagner, trop germanique. Malade depuis 1874, il finit par démissionner de l’enseignement, en 1879, et voyage à travers l’Europe d’une station thermale à l’autre. C’est également à cette époque que Nietzsche écrit son œuvre philosophique : Humain, trop humain (1878), Le Voyageur et son ombre (1879) et Aurore (1881), dans lesquels, servi par son style poétique, il s’oppose au cartésianisme ; Le Gai Savoir (1882) réfute l’idée de linéarité du temps et pose les bases de l‘éternel retour ; Ainsi parlait Zarathoustra(1883 – 1885) qui montre comment l’homme animé de sa volonté de puissance créatrice (le « Surhomme ») tue Dieu ; Par-delà bien et mal(1886) et Généalogie de la morale (1887) où il exécute la morale ; leCrépuscule des idoles (1888) qui anéantit toute espèce d’idéalisme ;L’Antéchrist (1888) dans lequel il règle son compte à la religion ; etEcce homo (1888), autobiographie didactique, mi littéraire mi philosophique, qu’Elisabeth Nietzsche – sœur possessive, faussaire (laVolonté de puissance) et, finalement, nazie – ne publie qu’en 1908. En 1889 Nietzsche sombre dans la folie. D’abord interné, il est ensuite recueilli par sa mère, puis par sa sœur, chez qui il meurt en 1900.
Les musiciens
Tous les musiciens du Grand Ensemble font l’objet d’une biographie précise sur le site d’Archimusic.
Percussionniste et artiste multi-média, Hernandez crée des pièces deNicolas Frize et Jean-Pierre Drouet, joue avec Emilie SimonMartha Argerich, Rousseau, Régis Huby… Il compose également pour la danse et le théâtre et met en scène des installations sonores. Depuis 2007, Hernandez tisse des liens étroits avec le Brésil : Passerelles d’ImaginaSon, festival de jazz d’Ibitipoca, PercPan… Hernandez présente ses spectacles multimédias – Javamour, L’espace de nos Songes, Musique à deux mains… – un peu partout dans le monde.
Le disque
Le rêve de Nietzsche
Archimusic
Le Grand Ensemble : Jean-Rémy Guédon (ts), Fabrice Martinez (tp, flh), Vincent Arnoult (htb), Nicolas Fargeix (cl), Emmanuelle Brunat (bcl), Vincent Reynaud (bsn), Yves Rousseau (b) et David Pourradier Duteil (d), avec Jimmy Justine (voc) et Thierry Jasmin-Banaré (b).
Label Triton
Sortie en octobre 2013.
Liste des morceaux
01. « EternalPremNiet », (5:52).
02. « 1 KatNiet », (19:02).
03. « 2 KatNiet », (14:53).
04. « DarkNiet             », (11:04).
05. « SoNiet », (12:40).
06. « Hymn for 4 », (1:07).
Toutes les compositions sont signées Guédon. 

Word – PJ5

En 2010, le guitariste Paul Jarret monte un quintet, lePJ5, avec des compagnons du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris : Maxence Ravelomanantsoa au saxophone ténor, Léo Pelletau trombone, Alexandre Perrot à la contrebasse etAriel Tessier à la batterie. Ils sont jeunes – pas encore trentenaires – et ils vont vite :Floor Dance, un EP, en 2011, un premier prix de composition au concours jazz à La Défense en 2012 et, Word, un premier disque chezSuch Prod en 2013 !
PJ5 invite Stéphane Guillaume à la clarinette basse pour « Stammer » et au saxophone soprano pour « City Owl ». Quant à la « Far North Suite », clin d’œil à la Far East Suite de Duke Ellington et hommage à la Suède, où se trouve une partie des racines de Jarret, elle est écrite pour un nonette : la voix d’Isabel Sörling, les bugles de Benjamin Belloir et Bertrand Luzignant, et l’euphonium d’Anthony Caillet. Jarret a composé les douze titres de Word. Des morceaux de facture habituelle et des intermèdes de moins de deux minutes côtoient la suite.
Word se déroule sur fonds de rock progressif : batterie puissante (« Stammer ») et rapide, sèche et mate (« Talk 1 ») ; motifs répétitifs (« City Owl ») et minimalistes (« Emily’s Sleep »); mélodies dissonantes et délicates, qui contrastent avec la rythmique (« Over The Lazy Dog »). Guillaume propose un chorus de clarinette basse construit habilement, avec une montée en tension progressive, servie par une sonorité séduisante et chaleureuse. Au soprano, après un dialogue impétueux avec le ténor de Ravelomanantsoa, il part dans une envolée aigue et débridée. Ravelomanantsoa joue sur plusieurs registres : soyeux et feutré dans « Emily’s Sleep », perçant dans « Ashfield », neo-bop dans « Far North Suite »… Unissons, contrepoints, décalages, canons, questions-réponses : les interactions du saxophone ténor et du trombone marquent de leur empreinte la musique de PJ5 (« Peanuts »). Quand il joue les chœurs, Pellet profite d’un son brillant et d’un phrasé fluide pour accompagner les solistes avec élégance (« Ashfield »). Il prend des chorus majestueux (« Over The Lazy Dog ») et toujours soignés (« Mutisme »). Les répétitions de rifs sourds (« Stammer »), les phrases grondantes (« City Owl ») et les lignes profondes (« Ashfield ») de Perrot complètent parfaitement le drumming robuste de Tessier (« Over The Lazy Dog »), qui alterne passages binaires violents (« Peanuts ») et gravité (« Ashfield »). Les accords discrets de Jarret n’accaparent jamais la parole et le guitariste laisse beaucoup de place aux soufflants et à la section rythmique (« Over The Lazy Dog »). Si l’introduction, court motif de fugue, et le solo de Jarret dans « Peanuts » sont tout en souplesse et vivacité, à laKurt Rosenwinckel, son interlude dans « Ode » est aérien et planant, davantage dans l’esprit de John Abercrombie. « La Far North Suite » fait un peu bande à part dans Word : par sa durée (plus de onze minutes), par sa forme (succession d’ambiances, plus pop que rock) et, bien sûr, son instrumentation, avec notamment les vocalises langoureuses et mystérieuses de Sörling…
Avec ce disque de jazz rock alternatif, ascendant acoustique, PJ5 révèle un caractère bien trempé et la fougue de Word devrait en combler plus d’un !
Les musiciens
Jarret apprend la guitare par le biais du rock et du blues. Licencié en musicologie jazz et musiques improvisées à  Paris VIII, il décroche son Diplôme d’Etudes Musicales au CRR de Paris en 2011.  Jarret participe à des projets rock, folk, variété, musiques latines… et, côté jazz, il a créé un trio, le PJ5 et le PJ9.
A sept ans, Ravelomanantsoa commence le saxophone. Après son bac, il étudie d’abord à l’ENMD de Saint-Brieuc, puis au CRR de Paris, dans la classe de Jean-Charles Richard, et en sort avec le DEM en 2011.
Pellet commence très jeune à se produire sur scène avec la Compagnie Tutti Frutti. A neuf ans, il débute l’apprentissage du trombone classique au conservatoire de Montpellier, dont il est diplômé (DEM classique). Pellet s’inscrit ensuite au CRR de Paris et, en 2012, il en sort avec un DEM Jazz. Pellet fait partie de l’OJJB de Franck Tortiller,  le Big Band du Xème, le Nonet Palace of Mirrors…
C’est par la guitare classique que Perrot commence ses études musicales. En 2006, il passe à la contrebasse et apprend en parallèle classique et jazz. A partir de 2009, il compose pour le théâtre, tout en jouant dans différentes formations de jazz, dont le JS Trio avec qui il remporte le Tremplin Jeune Talent du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés. En 2010, Perrot intègre le CNSMDP.
Après un apprentissage des percussions classiques au conservatoire de Pau, Tessier se tourne vers la batterie jazz. Il étudie d’abord avecGeorges Paczynski, puis au CRR de Paris et, à partir de 2010, au CNSMDP avec Dré Pallemaerts. En parallèle à ses études Tessier participe notamment à la formation de Ricardo Del Fra.
Le disque
Word
PJ5
Paul Jarret (g), Maxence Ravelomanantsoa (ts), Léo Pellet (tb), Alexandre Perrot (b) et Ariel Tessier (d), avec Stéphane Guillaume (bcl, ss), Isabel Sörling (voc), Benjamin Belloir (flh), Bertrand Luzignant (flh) et Anthony Caillet (euphonium).
Such Prod
Sortie en octobre 2013.
Liste des morceaux
01. « Stammer » (5 :15).
02. « Over The Lazy Dog » (5:23).
03. « Far North Suite » (11:13).
04. « Talk 1 » (1:31).
05. « Emily’s Sleep » (3:08).
06. « Ashfield » (8:27).
07. « Ode » (1:32).
08. « Peanuts » (4:53).
09. « Mutisme » (1:52).
10. « Talk 2 » (1:17).
11. « City Owl » (6:07).
12. « Give It A Name » (0:54).
Toutes les compositions sont signées Jarret.

Time To Feel – Hervé Samb

A côté de sa carrière – très fournie –  d’accompagnateur, le guitariste Hervé Sambanime trois formations : un duo avec le percussionnisteDaniel Moreno, le Hervé Samb Group et le Samb Quartet. En 2009, il publieCross Over avec son Group, mais c’est en compagnie de son quartet que Samb a enregistré Time To Feel, qui sort en septembre 2013 chezSuch Productions.
Samb a constitué son quartet avec des musiciens émérites : le saxophoniste Olivier Temime, le bassiste Reggie Washington et le batteur Chander Sardjoe ! Au fil des plages Samb invite égalementAlioune Seck et Daniel Moreno aux percussions, Alune Wade etCheikh  Diallo au chant et Jozef Dumoulin au piano. Le répertoire deTime To Feel est composé de dix morceaux signés Samb.
Dans Time To Feel les ambiances se suivent : neo-bop dissonant (« Time To Feel »), Afrique (« Sama yaye », « Dorya »), funk (« Four Dimensions », « Seek For Hope », « Drum’s Call »), élégie (« Fathelekou »), hard-bop (« Bop Stuff »), hymne (« Hope »), énigme (« Up N’ Down »)... mais elles ne se ressemblent pas ! Sardjoe allie puissance de frappe, variétés des coups et rapidité d’exécution. Au milieu de son drumming foisonnant émergent un chabada compact (« Bop Stuff »), des splash imposants (« Dorya »), des motifs majestueux (« Hope »)… A la basse, Washington joue des lignes et rifs grondants, qui renforcent le caractère funky des morceaux (« Seek For Hope »). A la contrebasse, sa walking véloce entraîne les solistes dans un hard-bop effréné (« Bop Stuff »), ses phrases à l’archet accentuent la solennité de « Dorya » et le chorus qui introduit « Hope » est particulièrement harmonieux. Cet environnement « neo-hard-bop-funky-moderne » convient parfaitement au saxophone vif et mobile de Temime : fluide et impétueux dans « Bop Stuff », il fait monter la tension dans « Time To Feel », s’emporte dans « Seek for Hope », bourdonne en arrière-plan dans « Up N’ Down »… et s’associe souvent à la guitare pour exposer les thèmes à l’unisson (« Drum’s Call »). Tout au long de Time To Feel, Samb fait preuve d’une versatilité peu commune, d’abord pour ses sonorités : sourde dans le morceau éponyme, aigue et métallique (« Sama yaye »), quasi kora (« Fathelekou »), aérien et saturé (« Seek For Hope »), archtop (« Bop Stuff ») et acoustique (« Dorya »). Versatilité également pour son jeu : il bondit de Wes Montgomery (« Bop Stuff) à un Guitar Hero (« Drum’s Call ») ou un solo virtuose a capella (« Fathelekou ») avec une aisance impressionnante ; il passe de phrases funky fulgurantes (« Four Dimensions ») à des lignes sinueuses et fluides (« Dorya ») ou une astucieuse alternance d’un rif avec des phrases mélodieuses (« Hope »).
Samb a décidé qu’il est temps de mettre son âme en musique : Time To Feel est un cocktail insolite et pétillant de jazz, de musique africaine, de funk… qui reflète avec bonheur l’état d’esprit de ce guitariste virtuose et multiculturel.
Les musiciens
Samb enregistre son premier disque à onze ans avec le groupe Force 5. Trois ans plus tard il monte le Hervé Samb Quintet. Samb intègre ensuite le Conservatoire de Dakar où il suit les cours de Pierre Van Dormael. En 1998, il s’installe à Paris et joue dans les formations deJacques Schwarz-BartDavid MurayPharoah SandersMes’hell Ndegeocello
Néerlandais d’origine indienne né en Indonésie, Sardjoe apprend d’abord la batterie et les percussions au Sweelinck Conservatory d’Amsterdam. A partir de 1994 Sardjoe étudie la musique classique indienne et, en 1995, il va à Bangalore et Madras pour compléter son apprentissage. De retour en Europe, il intègre les formations de Steve Coleman, mais aussi le Mario Canonge Trio et Kartet. Sardjoe mène également une carrière en freelance qui l’amène à jouer aussi bien de la musique contemporaine que du jazz avec, entre autres, Dave LiebmanMark TurnerLee KonitzAndy Milne
Temime (Denise King & Olivier Hutman) et Washington (Uri Caine, Sons d’hiver) ont déjà eu l’occasion d’être présentés…
Le disque
Time To Feel
Hervé Samb
Hervé Samb (g), Olivier Temime (ts, ss), Reggie Washington (b) et Chander Sardjoe (d), avec Alioune Seck (perc), Daniel Moreno (perc), Jozef Dumoulin (p), Alune Wade (voc) et Cheikh  Diallo (voc).
Such Productions
Sortie en septembre 2013.
Liste des morceaux
01. « Time to Feel » (4:29).
02. « Sama yaye » (5:17).
03. « Four Dimensions » (5:27).
04. « Fathelekou » (3:58).
05. « Seek for Hope » (5:33).
06. « Bop Stuff » (4:37).        
07. « Drum's Call » (6:26).
08. « Up N' Down » (6:12).
09. « Dorya » (6:32).
10. « Hope » (5:09).  
Toutes les compositions sont signées Samb.

Tribute To Radiohead Vol. 2

Amnesiac Quartet
C’est en 2010 que Sébastien Paindestre sort son premier volume consacré à la musique de Radiohead. Il baptise son groupe Amnesiac Quartet en référence au cinquième disque du groupe anglais, sorti en 2001. Trois en plus tard, toujours pour Great Winds et Musea Records, le quartet poursuit sa relecture des chansons du quintet de l’Oxfordshire.
Pour ce Tribute To Radiohead Vol 2, le quartet est composé de Fabrice Theuillon au saxophone soprano, Paindestre aux claviers,Joachim Govin à la contrebasse et Antoine Paganotti à la batterie.
Les comédies musicales, les musiques de films et les chansons à succès figurent depuis toujours au répertoire de la plupart des musiciens des jazz (free jazz excepté, et encore…). Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’un groupe aussi populaire que Radiohead fournisse matière à improviser : Brad Mehldau vient immédiatement à l’esprit car, dès 1998, dans le troisième volume de The Art Of The Trio, il joue « Exit Music (For A Film) ». Morceau qui figure également dans le quatrième volume de The Art Of The Trio (1999) et dans Live At Marciac (2011). Par ailleurs, Mehldau interprète fréquemment « Paranoid Android », qui se trouve sur Deregulating Jazz (2000), Largo (2002) et Live In Tokyo (2004). Dans Day Is One (2005), c’est au tour de « Knives Out » de passer sous les doigts du pianiste. Enfin, le titre de l’albumEverything In Its Righ Place (2004) est aussi celui d’une chanson de Radiohead... Dans UndergroundChris Potter s’amuse avec « Morning Bell », tout comme Robert Glasper, qui combine astucieusement « Maiden Voyage » d’Herbie Hancock et « Everything In Its Right Place » (In My Element – 2007). Jamie Cullum ne pouvait pas non plus passer à côté de Radiohead : « High And Dry » est au répertoire de plusieurs de ses disques. En 2011, Yaron Herman inscrit « No Surprises » au menu de Follow The White Rabbit. Dans Exit Music: Songs For Radio Heads, une compilation-hommage à Radiohead, sortie en 2006, The Bad Plus joue « Karma Police », Me’Shell Ndegéocellochante « The National Anthem », The Cinematic Orchestra interprète « Exit Music (For A Film) »…
L’Amnesiac Quartet ne joue pas les morceaux dans un ordre chronologique, mais plutôt en fonction de leurs couleurs sonores. DansTribute To Radiohead Vol 1, les thèmes sont tirés de Kid A (quatrième disque de Radiohead, sorti en 2001), Amnesiac (jumeau du précédent) et Hail To The Thief (sixième opus, publié en 2003). Au programme deTribute To Radiohead Vol 2 : « Knives Out » et « Pyramid Song » (Amnesiac), « Exit Music » (For A Film) », « Climbing Up The Walls » et « The Tourist » d’Ok Computer (troisième disque, en 1997), « Bodysnatchers » (In Rainbows, septième disque, en ligne en 2007) et « Bloom » (The King Of Limbs, huitième disque, diffusé en 2011).
Boucles hypnotiques, bruitages électro, nappes de sons synthétiques, accompagnements minimalistes, rythmique rock douce et mélopées geignardes : dans l’ensemble, les versions originales des chansons deTribute To Radiohead Vol 2 sont dans un mode dépressif. L’Amnesiac Quartet se sert de la section rythmique acoustique pour dynamiser les morceaux (« Climbing Up The Wall ») et utilise le piano électrique et le saxophone soprano pour réveiller les thèmes (« Knives Out »), mais il a recours aux claviers pour rappeler l’atmosphère de Radiohead (« Bloom »). Le jeu serré, foisonnant et léger de Paganotti garantit une cadence entraînante (« Climbing Up The Wall ») et maintient le quartet sous tension (« Pyramid Song »). Govin passe d’une boucle entêtante (« Bodysnatchers ») à des rifs dans une veine rock (« Climbing Up The Wall ») et, dans ses chorus, joue sur le contraste entre sa sonorité mate et ronde et celle, plus pointue, du piano électrique (« Exit Music (For A Film) », «  The Tourist »). Agile, Theuillon alterne notes tenues, traits vifs et petits motifs bondissants (« Knives Out ») et met sa sonorité franche, légèrement aigue et exempte de vibrato au service des mélodies (« Bodysnatchers »). Bien que venu au soprano à l’écoute de John Coltrane, le jeu de Theuillon rappelle sans doute davantage celui de Wayne Shorter. Quant à Paindestre, il s’attache avant tout à créer des climats avec ses claviers : environnement hypnotique (« Bodysnatchers »), bourdonnements et bruitages mystérieux (« Climbing Up The Wall »), modulations croisées avec des dissonances aux accents orientaux (« Bloom »), ostinato cristallin (« Exit Music (For A Film) »)… Ses solos au piano électrique naviguent entre l’esprit de Radiohead (« Bloom ») et une approche plus jazz (« Knives Out », « Pyramid Song »).
L’Amnesiac Quartet ne se contente pas de jazzifier les chansons de Radiohead, mais bien de les personnaliser, en mariant des effets électro à des développements mélodiques originaux, sur une rythmique alerte et expressive.
Les musiciens
En 1990, Paindestre intègre l’Ecole Nationale de Musique et de Danse de Montreuil, où il commence par le piano classique, mais, au contact des élèves de Jean-Claude Fohrenbach, il passe au jazz l’année suivante et arrête sa formation classique en 1994. En 1997 Paindestre rejoint le Now Blues Quartet. En 2001, il monte un trio avec Jean-Claude Oleksiak et Paganotti. Ils enregistrent Ecoutez-moi en 2005. En parallèle il reprend des études classiques au Conservatoire de Bagnolet de 2000 à 2003. Outre l’Amnesiac Quartet, Paindestre participe activement à La Fabrica’son, joue avec le compositeur de musique électroacoustiques Jacques Lejeune, accompagne la chanteuse et actrice Christine Combe, se produit avec le groupe deFabien Humbert… Par ailleurs, avec Sylvain Sourdeix, Paindestre a ouvert la classe de piano jazz du Conservatoire de Santeny et participé à la création du festival La mare au jazz à Lignières-Orgères.
Premier prix du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP) en 2004, Theuillon promène son saxophone dans des contextes très variés : du rock (Rigolus) à la chanson (Florent Richard), en passant par le reggae (Mister Gang & Sunshiners), Magma et le jazz – Surnatural Orchestra, Les arpenteurs de Denis ColinYvan Robilliard Trio… Acôté de ces projets, Theuillon prend part à des projets autour de la scène (George WerlerWissam Arbache…) et du cinéma (« La chute de la maison Usher » de Jean Epstein etc.).
Fils du saxophoniste Pierre-Olivier Govin, Joachim apprend d’abord la guitare et la basse puis, à l’adolescence, après une master class avecEric Löhrer, il décide de passer à la contrebasse. Govin rejoint alors l’American School of Modern Music et continue la musique classique au conservatoire de Paris XIV. Il poursuit ensuite au CNSMDP. Govin a joué et joue avec de nombreux musiciens, dont Laurent CugnyLaïka FatienBaptiste Trotignon, le Paris Jazz Big Band, Aldo Romano
Les présentations avec Paganotti ont déjà été faites dans la chronique de Derniers reflets, le disque de Yoann Loustalot.
Thom YorkeJonny et Colin GreenwoodEd O’Brien et Phil Selwayse sont rencontrés lors de leurs études et ils créent  Radiohead en 1991. Le groupe sort son premier disque, Pablo Honey, en 1993. The Bends (1995) les fait connaître en Grande-Bretagne, mais c’est Ok Computer, publié en 1997, qui les rend populaires dans le monde. Kid A et Amnesiac assurent un succès planétaire au quintet d’Oxford. Hail To The Thief (2003) marque la fin de leur collaboration avec EMI. Dès lors, Radiohead sort ses disques – In Rainbows en 2007 et The King Of Limbs en 2011 – ou des morceaux isolés, sans label, et les propose en téléchargement payant ou gratuit.
Le disque
Tribute To Radiohead – Vol 2
Amnesiac Quartet
Fabrice Theuillon (ss), Sébastien Paindestre (kbd),  Joachim Govin (b) et Antoine Paganotti (d).
Musea Records – GW 3166
Sortie en septembre 2013.
Liste des morceaux
01. « Bloom » (7:52).
02. « Bodysnatchers » (5'26)
03. « Exit Music (For A Film) » (6'13)
04. « Climbing Up The Walls » (5'30)
05. « Knives Out » (8'10)
06. « The Tourist » (6'18)
07. « Pyramid Song » (8'26)
Toutes les compositions sont de Radiohead.