22 novembre 2014

Février 2014

A la découverte de… Daniel Zimmermann

La musique
J’ai découvert le jazz à six ou sept ans en écoutant Scott Joplin… Et, après avoir entendu une compilation de New Orleans Revival, je me suis dit : c’est ce son qui me plaît. Donc spontanément, et suffisamment jeune pour être totalement libre dans mes choix, c’est-à-dire sans faire attention au type, au rôle ou à l’image de l’instrument, j’ai choisi le trombone. J’étais encore enfant quand j’ai commencé dans une école de musique, sans me poser de question. A quatorze ans j’étais bassiste dans des groupes de rock. Ensuite, de seize ans à vingt-trois ans, j’ai joué dans différentes formations de « musiques actuelles » : funk, rock, reggae… Finalement, c’est le CNSMDP qui m’a fait découvrir le – ou les – monde(s) du jazz et les musiciens professionnels. A partir de là, je me suis laissé porter par le vent… Sans plan de carrière, car j’aime ce métier et toutes les musique. Mais comme je suis compositeur de nature, j’ai quand même toujours cherché un cadre qui me permette de jouer mes morceaux.
Les influences
De nombreux musiciens m’ont influencé et m’influencent encore : deMiles Davis à Serge Gainsbourg, en passant par Frank RosolinoRay AndersonGlenn FerrisCharles MingusGeorge RusselWayne Shorter, Police, James BrownLou Reed, Pixies…

Cinq clés pour le jazz
Qu’est-ce que le jazz ? La musique de l’interaction, de l’instant présent et éphémère. Une musique où ce sont les individus qui font le groupe et non le contraire. 
Pourquoi la passion du jazz ? Son immense diversité musicale, son esprit sans frontières, qui explique qu’il soit devenu le « dernier refuge des musiques sans étiquettes »
Où écouter du jazz ? Dans des petits endroits très conviviaux, clubs ou lieux associatifs, le soir. Il faut qu’il y ait un bar et que le lieu ne ferme pas dès la fin du concert…
Comment découvrir le jazz ? Toutes les musiques sont cousines avec le jazz ; tout dépend donc d’où l’on vient. Moi, par exemple, comme je viens du rock, je suis arrivé au jazz par le blues et le jazz fusion.
Une anecdote autour du jazz ? La mort de Rosolino. Je ne comprends pas comment une chose pareille a pu se passer… Si la version officielle est bien la bonne : après le suicide de sa femme, il tombe en dépression puis finit par tuer ses deux fils et se suicide à son tour.
Le portrait chinois
Si j’étais un animal, je serais un sanglier,
Si j’étais une fleur, je serais un bouton d’or,
Si j’étais un fruit, je serais un pamplemousse,
Si j’étais une boisson, je serais un verre de pinot noir d’Alsace,
Si j’étais un plat, je serais un saucisson corse,
Si j’étais une lettre, je serais Z,
Si j’étais un mot, je serais Uh ?,
Si j’étais un chiffre, je serais 2,
Si j’étais une couleur, je serais vert foncé,
Si j’étais une note, je serais .
Les bonheurs et regrets musicaux
DPZ, le groupe que j’ai créé avec Thomas de Pourquery, et Bone Machine, le disque avec mon quartet, sont mes deux plus belles réussites. Quant au regret, c’est de ne pas avoir intégré le groupe d’un musicien comme Henri Texier ou Daniel Humair.
Sur l’île déserte…
Quels disques ? Kind of Blue etIn A Silent Way de Davis, Migus Ah Um et tout Gainsbourg, de 1959 à 1963, plus Histoire de Melody Nelson et L’homme à la tête de chou
Quels livres ? L’intégrale dePierre Desproges.
Quels films ? Si je suis tout seul sur une île, autant prendre un truc qui me fasse rigoler : Le bon, la brute et le truand
Quelles peintures ? Des œuvres de Salvador Dali.
Quels loisirs ? Je suis tout le temps dans la musique… Et, en dehors, ce que je préfère n’est pas compatible avec une île déserte ! Partager du temps avec les miens, voyager en oubliant la musique, aller en Corse, dans le village de ma mère où j’ai passé une partie de a jeunesse, et retrouver mes cousins, des amis d’enfance, la rivière…
Les projets
Aujourd’hui je joue beaucoup avec mon quartet et j’espère aussi que ça va continuer et – ou – repartir avec DPZ, le Sacre du Tympan,Jacques VidalEric Seva et Toufic Farroukh. Demain, j’aimerai enregistrer un disque en leader et en refaire un avec DPZ, puis les jouer un peu partout…
Trois vœux…
1. Avoir du temps pour voir grandir mes enfants et participer au bonheur de ma famille… Ça ne fait pas très « jazzman », ça !
2. Avoir un producteur ou un agent qui investisse un peu sur moi pour m’aider à essayer d’ouvrir certaines portes. Ce qui me permettrait aussi de me reconcentrer davantage sur la musique.
3. Continuer d’avoir l’opportunité de jouer et d’improviser dans des contextes très différents, en multipliant les rencontres musicales et humaines…
Pour aller plus loin...

New Tales – Ozma

Voilà près de treize ans que le groupe Ozma a été formé et son cinquième disque, New Tales, est dans les bacs depuis janvier 2014. Comme les trois précédents, New Tales est publié par le label éclectiqueJuste une trace.
Le quartet fondateur d’Ozma, issu du CNR de Strasbourg, est fidèle au poste (depuisPeacemaker, sorti en 2012, il n’y a plus de trombone), avec David Florsch aux saxophones, Adrien Dennefeld à la guitare, Édouard Séro-Guillaume à la basse etStéphane Scharlé à la batterie. Le principal changement par rapport aux précédents opus, c’est l’ajout d’effets électro, de claviers, de voix et d’ordinateur.
New Tales contient douze morceaux concis, composés par l’ensemble du groupe et, titre oblige, ils relatent les pérégrinations de Jim (« Tales of Jim ») : « la musique de New Tales raconte le parcours d’un personnage fictif, un vagabond moderne qui décide de parcourir le monde et de le découvrir de ses propres yeux, dans toute sa splendeur mais aussi parfois toute sa laideur ».
Dans Peacemaker, le funk délirant des trois premiers albums avaient laissé place à une fusion qui mêlait funk, rock et musiques du monde, dans un esprit qui pouvait rappeler M’Base. Dans le même temps, l’identité visuelle d’Ozma évoluait de l’univers des comics à celui d’un groupe élégant et sérieux. New Tales confirme ce changement de cap. Cette fois, la charte graphique lorgne davantage vers les groupes de rock (la pochette de Dark Side of The Moon de Pink Floyd), voire de hard rock (Back in Black d’AC DC). Cette nouvelle direction est également renforcée par la vidéo de Ramona Poenaru qui accompagne les concerts d’Ozma : une œuvre psychédélique futuriste enveloppe le quartet dans des halos de lumières mystérieuses, d’ondes luminescentes, de rayons phosphorescents…
Côté musique, Ozma continue son virage. Le groupe prime plus que jamais sur les individualités et le quartet se rapproche du rock progressif. Tout au long de New Tales, la rythmique est puissante (« The Drive »), binaire (« Tales of Jim »), touffue (« The Launch »), reprend des motifs de boîte à rythmes (« Supertanker ») sans oublier les origines funky d’Ozma (« The Dance »). La guitare électrique navigue d’une fusion de rock (« Awakening ») et de pop (« The Walk ») à du metal brutal (« Wide and Open »), tandis que le saxophone électrifié sème des effets wawa (« Awakening »), des phrases de shouter (« Monsters »), mais aussi des lignes nonchalantes (« Rest and Rebirth »). Ostinato (« Tales of Jim »), motifs lancinants (« rest and Rebirth »)), boucles (« The Dance »), pédales (« The Walk »)… se mêlent aux de nappes de sons synthétiques (« Belouga ») qui prennent, parfois, une touche vintage (« The Launch »). Des chœurs viennent également compléter la palette sonore (« Dark City » et « Monsters »).  
Au fil des ans Ozma a construit un chemin qui l’amène aujourd’hui aux portes du rock progressif instrumental. New Tales mêle la puissance du rock aux effets électro dans des ambiances souvent planantes, un cocktail qui plaira sans aucun doute à tous les amateurs de musiques tangentielles.
Le disque
New tales
Ozma
David Florsch (ts, electro, voc), Adrien Dennefeld (g, electro, voc), Édouard Séro-Guillaume (b, kbd, voc) et Stéphane Scharlé (d, laptop, voc).
Juste une trace.
Sortie en janvier 2014.
Liste des morceaux
01. « Awakening » (3:00).
02. « The Launch » (5:09).
03. « Wide and Open » (4:40).
04. « Belouga » (5:38).
05. « The Drive » (1:28).
06. « The Walk » (2:53).
07. « Supertanker » (3:16).
08. « Dark City » (5:15).
09. « Monsters » (4:36).
10. « Rest and Rebirth » (3:53).
11. « The Dance » (3:37).
12. « Tales of Jim » (4:25).
Toutes les compositions sont signées Ozma.

Tawfik Ouldammar

Pianiste et compositeur marocain, Tawfik Ouldammar se raconte et nous propose quatre disques à l’écoute…
La rencontre avec la musique, le piano et le jazz
Mon père était mélomane : il écoutait principalement de la musique arabo-andalouse traditionnelle marocaine et algérienne. Mes oncles étaient musiciens – violon et kanoun – et, dans les fêtes de familles, tout le monde participait dans une ambiance festive et conviviale. J’ai baigné dans cet environnement dès mon plus jeune âge. Mon frère ainé est également musicien. Dès qu’il a eu la possibilité de louer un piano, il l’a fait. J’avais huit ou neuf ans et cet instrument a fait irruption dans ma vie. J’ai spontanément commencé à jouer d’oreille les morceaux qui me plaisaient. Pour seul bagage, j’avais les cours de solfège de l’école : bien que bilingue français – arabe et doté d’une culture générale solide, mon père ne considérait la musique que comme un divertissement et souhaitait que nous ayons une formation scolaire solide pour avoir un métier « sérieux ». Pourtant, à l’âge de quinze ans, je me suis inscrit au Conservatoire de Rabat pour suivre les cours de piano et de solfège. J’y suis resté trois ans, puis j’ai bifurqué vers la variété et le Rhythm and Blues, mais, à dix-sept ans, j’ai eu la chance d’assister à un concert de Randy Weston à Rabat. Il venait d’enregistrer African Cookbook. Grâce à mon frère, j’ai pu le rencontrer et nous sommes restés en contact pendant toute la durée de son séjour au Maroc. A partir de là, je me suis intéressé à toutes les formes du jazz ! A côté de la musique, j’étudiais l’architecture. Dans le cadre de mes études, je me suis retrouvé à Toulouse où j’ai vécu sept ans. J’ai suivi les cours du soir du Conservatoire de Toulouse et découvert la « balloche » – je jouais de l’orgue Hammond. Les bals m’ont permis d’apprendre la scène, de développer ma spontanéité et mon sens de l’improvisation…
Le parcours musical
Dans les années quatre-vingt, après mon retour au Maroc, j’ai pris conscience du potentiel qu’offrait la musique marocaine traditionnelle dans un contexte jazz. J’ai commencé à explorer la diversité des rythmes et des modes des différentes régions du Maroc : Rif, Moyen-Atlas, Ahouach, Souss, Gnawa… Le livre d’Alexis ChottinTableau de la musique marocaine (1938), a été une révélation. La musique marocaine est avant tout festive, mais j’ai cherché à lui donner une dimension « concertiste ». Pour appliquer cette approche, le piano est clé car c’est un instrument polyphonique que je peux utiliser sur deux axes : l’un pour le jazz (boogie-woogie, swing…) et l’autre pour la partie descriptive (ambiances et couleurs). J’ai d’abord commencé cette démarche en solo, sous forme de récital dans des auditoriums, centres culturels, associations… Au milieu des années quatre-vingt, j’ai rencontré Georges Herquel. Ensemble, nous avons décidé d’associer son saxophone soprano et mon piano pour se rapprocher un peu plus de l’esprit des musiques marocaines : le piano assurait le soutien rythmique et le soprano se chargeait de la mélodie. Cette formule donnait beaucoup plus de lisibilité à mon approche. A la fin des années quatre-vingt, Hercquel est rentré en France et j’ai continué en solo. Pour mon premier disque, Jamaâ El Fna, je n’ai pas voulu enregistrer en solo, car il n’est pas habituel que le piano puisse transcrire la complexité des rythmes joués par les percussions dans la musique marocaine traditionnelle. En 1999, J’ai réservé le studio Polygone à Toulouse. Il m’a mis en relation avec le contrebassiste Pierre Boussaguet et le percussionniste Tony Marcos. Et Hercquel s’est évidemment joint au trio… Ensuite, j’ai publié Atlas, l’enregistrement d’un concert au Tanjazz Festival 2007 avec les frères Souissi (Hamza à la basse et Ali aux percussions). Par la suite, en 2008 et 2009, j’ai enregistré Evas Oudaya en solo, puis Zelliges en trio, toujours avec les frères Souissi…
Les influences
Mes choix musicaux sont assez éclectiques. J’écoute évidemment en permanence les grand pianistes et organistes classiques : Duke EllingtonThelonious MonkJimmy SmithAhmad JamalOscar Peterson… Pour n’en citer que quelques un ! Cela dit, en général, mes compositions ne sont pas influencées par des styles particuliers. Sauf peut-être « Evasion » – dans l’album Evas Oudayas – inspiré par Keith Jarrett et « Oriental Swing », qui est un ragtime revu à ma manière. En fin de compte, c’est clairement la musique traditionnelle régionale marocaine et les spécificités de mon pays qui constituent mon vivier. Par exemple, pour les mélodies : « Mosaïque » (dans l’album Jamaâ El Fna) est une sorte de petite fresque musicale qui s’appuie sur plusieurs modes du sud et du nord marocains, mais aussi de la musique andalouse ; « Fantasia » fait référence aux courses à cheval traditionnelles, avec leurs chevauchées et leur aspect festif ; « Aïn asserdoune » décrit les cascades de Béni Mellal, dans le Moyen Atlas… Côté rythmes : « Jamaâ El Fna » se base sur une cellule répétitive, comme les motifs Gnawa qui menent à la transe ; « Ahouache » est un clin d’œil aux rythmes de la région de Ouarzazate, tandis que « Souss » renvoie à Agadir…
Le répertoire
Mon travail de composition n’est pas un exercice académique... Il dépend de l’instant présent, de ma sensibilité et de mon inspiration du moment… Majeur, mineur, pentatoniques… c’est juste le cadre ! Sinon, la structure de mes morceaux respecte dans les grandes lignes le schéma classique : introduction, thème, développement et coda. Certains des titres sont entièrement écrits – « Mosaïque », « Aïn asserdoune », « Parfum d’Orient »… –  et d’autres partent d’un thème, mais sont complètement ouverts – « Jamaâ El Fna », « La pendule », « Souss »… Cela dit, selon l’ambiance du concert… ou de mon humeur !... je n’hésite pas à revenir aux standards !  
Jazzman au Maroc
Je me produis essentiellement en solo, mais j’affectionne le trio. Cela dit, ce n’est pas si facile de trouver des partenaires au Maroc… D’autant plus que ma musique n’est pas cataloguée « commerciale ». Ma démarche exploratoire sur l’univers musical marocain me range plutôt du côté de l’expérimental et du culturel. Je ne peux donc jouer que dans des lieux qui s’intéressent à cette approche : centres culturels, festivals et quelques clubs de jazz… Il faut savoir qu’être musicien professionnel au Maroc aujourd’hui n’est pas une sinécure ! Pour survivre, la plupart des musiciens cachetonnent dans les « piano bars » des hôtels, s’arrondissent les fins de mois avec des cours particuliers ou ont un travail alimentaire à côté… Pour ma part, je suis architecte… Et il en va de même pour les enregistrements, les labels et la distribution : le domaine musical n’est pas organisé au Maroc au point d’avoir toute une infrastructure qui permette de promouvoir et de vulgariser la production musicale locale…
Propos recueillis par Bob Hatteau
Les disques
Jamaa El Fna
Enregistré au Studio Polygone à Toulouse en 1999, Jamaa El Fna est articulé autour de cinq thèmes signés Ouldammar, qui se développent sans contrainte de temps (en moyenne, les morceaux frôlent les quinze minutes).
Pour l’enregistrement de Jamaa El Fna, Ouldammar s’entoure du saxophoniste sopranoGeorges Herquel (Saxofolies avec John Tchicai, Global Warning avec Serge Libs…), du contrebassiste Pierre Boussaguet (Gérard BadiniGuy LafiteRay BrownAndré Ceccarelli…) et du batteur Tony Marcos (Yotangor,N’Guyên LêRichard BonaEtienne M’Bappé…), à l’exception de « Mosaïque », joué en solo dans un esprit romantique.
« Jamaa El Fna » est un thème phare d’Ouldammar, repris d’ailleurs par le Michel Fernandez & John Tchicai Group (avec Fred Meyer,Christophe Gauvert et Stéphane Ranaldi). Basé sur un riff hypnotique, des rythmes orientaux et un motif de basse répétitif, le morceau est percussif et tendu. Herquerl prend un solo dans une veine « free world » sur un accompagnement touffu. Quant au chorus d’Ouldammar, il danse allègrement. Même ambiance dans « Ahouach », avec une alternance de phrases chantantes et de cellules rythmiques, mais avec davantage d’accents orientaux et un piano entraînant. Boussaguet joue un solo mélodieux dans « L’Alhambra », relayé par un soprano majestueux, aérien et légèrement réverbéré, à qui succède le piano, grave et solennel. « Sous »  part d’une tournerie et, sur des rythmes moyen-orientaux, la main droite d’Ouldammar accompagne à l’unisson Herquerl, qui se lance ensuite dans un solo libre, sur des percussions qui évoquent l’Afrique.
Premier disque d’Ouldammar, Jamaa El Fna est révélateur de l’esthétique du pianiste : des compositions personnelles, imprégnées de lyrisme et de rythmes complexes.
Le disque
Jamaa El Fna
Tawfik Ouldammar Quartet
Georges Herquel (ss), Tawfik Ouldammar (p), Pierre Boussaguet (b) et Tony Marcos (d).
Sortie en 1999.
Liste des morceaux
01.       « Jamaa El Fna » (14:47).
02.       « Ahouach » (14:56).
03.       « L’alhambra » (13:23).
04.       « Sous » (10:50).
05.       « Mosaïque » (16:27).
Toutes les compositions sont signées Ouldammar.

Atlas
Neuf ans après son hommage à Marrakech et à sa place des trépassés, Ouldammar célèbre le célèbre massif du sud marocain : l’Atlas. Le disqueest enregistré le 16 mai 2007 en concert, à l’occasion du festival Tanjazz de Tanger.
Ouldammar a sorti ce disque au profit des enfants d’Aît Hamza, à l'initiative de Miloudi Nouiga. Sur une période de deux ans, Nouiga a suivi et photographié les enfants de ce village du haut-Atlas, perché à 2075 mètres. Le livret qui accompagne Atlas propose une série de clichés esthètes, tout en clair-obscur, qui dépeignent la vie quotidienne de ces jeunes berbères.
C’est en compagnie de son trio habituel, avec les frères Souissi – Hamza le bassiste et Ali le percussionniste – qu’Ouldammar reprend quatre thèmes de Jamaa El Fna, plus trois nouvelles compositions.
Comme dans Jamaa El Fna, les jeux rythmiques sont omniprésents. (« Atlas »), mais les frères Souissi varient les cadences au fil des morceaux, avec une ambiance de calypso par-ci (« Ahouach »), des riffs groovy par-là (« Balade à Tanger »), un solo de basse efficace (« Jamaa El Fna »), des percussions dansantes (« Sous »)… Quant à Ouldammar, ses trémolos, trilles et autres touchés percussifs (« Atlas ») qui apportent des touches orientalisantes, contrastent avec les passages mélodieux aux accents nostalgiques (« L’alhambra »).
Atlas confirme la démarche musicale révélée par Jamaa El Fna, mais, en l’absence des envolées free de Herquerl, le trio d’Ouldammar sonne sans doute plus proche des traditions musicales marocaines.
Le disque
Atlas
Tawfik Ouldammar Trio
Tawfik Ouldammar (p), Hamza Souissi (b) et Ali Souissi (d).
Sortie en 2007.
Liste des morceaux
01. « Ahouach » (6:31).
02. « Atlas » (13:56).
03. « Balade à Tanger » (8:32).
04. « L’alhambra » (10:19).
05. « La pendule » (10:19).
06. « Jamaa El Fna » (12:37).
07. « Sous » (8:38).
Toutes les compositions sont signées Ouldammar.

Evas Oudaya
En 2008, Ouldammar inaugure un nouveau répertoire dans une nouvelle configuration : le solo. Il enregistre Evas Oudaya au Studio 75 de l’Espace Bleu de l’Institut Français de Rabat. Relevons le dessin d’une fantasia de Josiane Gonzalezqui illustre, avec caractère, le CD.
Ouldammar a composé les six thèmes et les développe souvent par une succession de mouvements aux tempos différents (« Fantasia »). Comme dans ses précédents disques, il ne se fixe pas de contrainte de durée : de sept minutes pour « Oriental Swing » à vingt minutes pour « Nostalgie ».
Le pianiste laisse libre court à son lyrisme (« Aïn Asserdoune »), s’appuie volontiers sur des riffs hypnotique qui évoquent parfoisKeith Jarrett (« Evasion »), reprend des plans proches de la musique classique comme le passage fugué de « Parfum d’Orient » ou le rubato à laFrédéric Chopin de « Nostalgie », le tout parsemé d’éléments rythmiques à base de block chords, accords plaqués, phrases heurtées… (« Fantasia »). Si la plupart des morceaux sont plutôt de facture classique, « Oriental Swing » est un mélange entraînant de formules orientales – trémolos, trilles, dissonances… – et de composants jazz avec la ligne de walking bass jouée par la main gauche.
Dans Evas Oudaya, Ouldammar inscrit davantage sa musique dans la lignée de la musique classique occidentale du dix-neuvième.
Le disque
Evas Oudaya
Tawfik Ouldammar
Tawfik Ouldammar (p).
Sortie en 2008.
Liste des morceaux
01. « Evasion » (13:15).
02. « Aïn Asserdoune » (12:04).
03. « Nostalgie » (20:58).
04. « Parfum d’Orient » (12:33).
05. « Fantasia » (9:03).
06. « Oriental Swing » (7:18).
Toutes les compositions sont signées Ouldammar.

Zelliges
La fin des années 2000 a été une période discographique intense pour Ouldammar : trois disques en trois ans ! Il enregistre Zelliges avec les frères Souissi à l’Espace Bleu, en 2009.
Le disque comporte trois reprises d’Atlas et cinq inédits, et Ouldammar joue les quatre derniers morceaux en solo.
Dans la continuité des albums précédents, les morceaux évoluent par tableaux (« Atlas »), la musique reste mélodieuse (« Camélia ») et les accents orientaux sont toujours présents (« Josy »). En revanche Ouldammar insiste davantage sur le swing (« Sonia ») et le traitement du rythme a évolué. Certes le jeu percussif et la polyrythmie sont toujours présents, mais les frères Souissi font davantage danser la musique avec des touches afro-beat et funky (« Atlas »), des riffs entraînants (« Balade à Tanger »), un chorus de batterie énergique (« Atlas »), une walking bass dynamique (« La pendule »)… Et le piano de soutenir la paire rythmique avec son jeu staccato (« Balade à Tanger ») et ses ostinatos (« Fêtes »), sans oublier le balancement de « Nabilou » qui évoque presque une biguine…
Avec ses rythmes chaloupés, ses morceaux plus courts et ses mélodies chatoyantes, Zelliges porte bien son nom !
Le disque
Zelliges
Tawfik Ouldammar
Tawfik Ouldammar (p), Hamza Souissi (b) et Ali Souissi (d).
Sortie en 2009.
Liste des morceaux
01.       « Atlas » (16:58).
02.       « Balade à Tanger » (8:37).
03.       « Fêtes » (7:45).
04.       « La pendule » (11:43).
05.       « Josy » (10:37).
06.       « Sonia » (4:42).
07.       « Nabilou » (3:22).
08.       « Camélia » (5:01).
Toutes les compositions sont signées Ouldammar.